Gibson’s Finest 18 ans

40% alc./vol.

André 88%
Nez tout en caramel et en toffee. C’est riche et généreux tant en texture qu’en saveurs. Pacanes et amandes, lot of wood influences, céréales de seigle avec un twist poivré. De la balance, de la diversité, de la générosité. J’aime !

Patrick 84%
Malté et légèrement fruité. Au goût, les fruits (oranges?) envahissent notre espace gustatif pour rapidement disparaître au profit du caramel et d’épices telles un mélange de coriandre, cumin et autre chose plus subtil. Facile à boire, probablement tout aussi facile à mixer dans un cocktail de jus de fruits. Un bon whisky canadien, très typique au goût.

Martin 90%
Roux orangé. Nez: Belle richesse du chêne et du seigle d’entrée de jeu. Une impression de bourbon n’est pas loin derrière. Un peu de toffee peut-être, mais ce sont les céréales grillées qui sont en vedette ici. Bouche: Le doux seigle dans toute sa splendeur. On voit vraiment ici ce que 18 ans de vieillissement sont en mesure de donner. Le maïs complémente bien le reste de l’expérience. Chêne et épices. Finale: Longue, chaude, douce et épicée à la fois. Langoureuse. C’est ça que ça donne la patience. Équilibre: Un excellent dram canadien qui exemplifie bien ce qu’un long vieillissement peut accomplir. Difficile à croire que c’est un Gibson.

RV 87.5%
Une très belle vague où l’on surfe presque sans effort. Rye et fond de maïs mais pas de malt, avec crème caramel de table d’hôte du midi, préparée à 1130h et servie à 1400h. Le caramel se poursuit en bouche mais se mélange à des épices progressivement fortes, qui sont emportées en finale par le ressac de caramel et de bois.

Danfield’s Private Reserve 10 ans

40% alc./vol.

RV 81.5%
Rye mais un peu plus vulgaire au nez que les habituels whiskies contenant en grande majorité cette céréale. En bouche, vanille très franche qui se mélange vers la finale avec de la cannelle. Bonne longueur surprenante pour 10YO. Le genre de whisky pour lequel il est difficile de trouver des fautes, mais pas suffisamment particulier pour vraiment scorer avec ma mémoire.

Black Velvet Deluxe

40% alc./vol.

André 65%
C’est sérieux ? Y’a des gens qui boivent de ça régulièrement ???

RV 63%
C’est nul. Semelle de bottine de travail et vieux baloney. Par contre en bouche ce n’est que Rye éventé sans aucune finale. Deluxe? Est-ce que Deluxe c’est le terme passe-partout quand ce serait beaucoup trop grotesque d’écrire Premium.

Patrick 71%
« Distillé, vieilli et mélangé sous la supervision du gouvernement canadien »… Ok, je veux devenir fonctionnaire!!! Toutefois, peut être pas pour superviser la production du Black Velvet… Le nez dénote un mélange défraîchi de caramel et épices. Au goût, une description de cassonade épicée peu sembler appétissante, mais ne l’est pas tant que ca une fois en bouche. La finale est courte et épicée, mais pas assez.

XXX Shine White Corn Whiskey

44.4% alc./vol.
Embouteillé par la Philadelphia Distilling Co. No sugar, no color, no wood, no bullshit.

RV 85%
Sans briller, satisfait. Vraiment le maïs se fait sentir, mais moins vinaigré que déjà goûté auparavant, avec quelque chose de reposant et doux au nez. La bouche commence par le vinaigre, puis le grain qui devient vraiment mais alors vraiment agricole avant une belle finale juste assez soutenue. Ça ne reste qu’un white dog peu peaufiné, mais surprenant même si l’on est déjà habitué à l’éclair blanche.

Wasmund’s Experimental Single Malt

?% alc./vol.
Petits fûts, 14 mois d’âge, dégusté à la distillerie même.

RV 82.5%
Au nez, un peu trop gênée, mais en bouche orge, orge orge et orge, avec un filet de fumée. Très doux et belle finale fumée en plusieurs waves doux-fort-doux-fort. S’apparentant beaucoup plus avec les single malt d’Écosse que les whiskies américains, c’est un très bon départ sur lequel il resterait à trouver un nez approprié pour être vraiment notable.

Hudson Manhattan Rye (Government Warning)

46% alc./vol.

André 87%
Fruité généreusement, le cerisé s’étire sans fin. Cerises confites, sucre à glacer. Le goût de céréales est intéressant et le tout, jumelé au fruité en général, est une expérience vraiment agréable.

RV 85%
Rye et grain acide avec blé pas encore mûr et levures qu’on ajoute au mash bill, mais qui a tendance à vieillir et à devenir envoûtant à force de respirer. L’arrivée tout en rye est bien soutenue, et la finale légèrement fumée est plus qu’agréable. Le meilleur de la gamme Tuthilltown jusqu’à date.et une autre preuve pour moi que les rye sont vraiment à mon goût, même s’il reste à se débarrasser de l’odeur de levure.

Patrick 82%
Épicé, fruité, très sucré. Légère fumée de soufre, me rappelant des souvenirs exotiques mais qui ne saura plaire à tous. Me fait plus penser à un bourbon qu’un rye.

Hudson New York Corn Whiskey

46% alc./vol.
Distillé deux fois dans des alambics pot still, dans le plus pur style écossais, ce New York Corn est le trait d’union parfait entre les single malts du vieux continent et les american whiskeys. Il devrait rassembler sous sa bannière les amateurs des deux camps. En tous cas, il a tous les arguments pour, à commencer par sa prime jeunesse. À essayer sur un sorbet aux fruits rouges.

RV 84.5%
Corn, poussière et épices. Arrivée vraiment crunchy et légèrement sucrée, qui migre sur les épices. Finale très poussiéreuse et peu subtile, un peu amidonnée. Une bonne bouteille, terreuse et hors norme, un peu comme les chips au carton Cape Cod, où la texture a presqu’autant d’importance que le goût.

Old Crow Traveler 3 ans

43% alc./vol.
Lower shelf whiskey fabriqué par Jim Beam.

André 76%
Toile de piscine avec notes fruitées en background. Pas de backbone ou de ligne directrice. Cire de pommes, un soupçon d’orange et de poivre. Ok, tasted. Next. Les corneilles ne volent pas très haut…

RV 81.5%
Bourbon de basses tablettes qui semble aimer amasser la poussière. Bourbon standard mais sale, sans arrivée réelle, et avec semblable nez. En finale heureusement il y a une touche mielleuse et herbeuse qui s’éloigne du bourbon morne avec un finale d’orge. Pas mauvais mais autrement que pour le prix, peut-être seulement convenable pour le mixer.

Entrevue avec Alistair Walker, Ambassadeur Mondial des distilleries BenRiach et GlenDronach

Entrevue avec Alistair Walker, Ambassadeur Mondial des distilleries BenRiach et GlenDronach, par Fred Laroche, membre du Club de Whisky de Québec.

Traduction de l’entrevue qui s’est déroulée en anglais.


Fred Laroche – Club de Scotch Whisky de Québec: Bonsoir Alistair, comment vas-tu?

Alistair Walker – Benriach / Glendronach: Ça va merci!

FL: C’est ta première fois à Québec n’est-ce pas? Comment t’y sens-tu jusqu’à présent?

AW: En effet, je suis passé à Montréal il y a deux ans et c’était ma toute première fois au Québec mais aujourd’hui est ma première visite dans la Capitale. J’aime beaucoup la ville. On m’a dit que ça aurait l’air très Européen et je trouve que ça ressemble beaucoup à Édimbourg ici, c’est une très belle ville, très attirante.

FL: Très bien. Pour commencer, j’aimerais que tu me parles des whiskies que nous allons déguster ce soir.

AW: D’accord. Tout d’abord, les whiskies que nous allons avoir ce soir ont été sélectionnés sur la base de la disponibilité locale en SAQ. Pour une petite distillerie comme nous, c’est déjà assez remarquable d’avoir une assez grande sélection pour baser une dégustation sur la disponibilité de nos produits localement. Cela dit, nous allons commencer par deux produits de Benriach. Le premier sera le Benriach 20 ans, qui est un whisky assez âgé. Bien que cela puisse paraître étrange de commencer avec un vieux whisky, nous basons nos dégustations sur le style du whisky et je crois que le 20 ans est ce qui se rapproche le plus du style traditionnel des whiskies du Speyside. C’est un gros whisky mais il n’a aucune agressivité. Le second de la soirée sera l’un de la série de finitions en spéciales que nous faisons. Je parle du Benriach 15 ans Tawny Port. Ce whisky termine sa maturation en fûts de porto et il est un bel exemple des expérimentations que nous faisons dans l’entrepôt numéro 30. Les 2 whiskies suivants proviennent de notre récente acquisition, la distillerie Glendronach, que nous avons acheté en 2008. Nous allons déguster le 12 ans, qui est le porteur de drapeau pour Glendronach. Ça fait très longtemps que ce whisky est disponible au Canada et ça a été un des premiers à être vendu sous l’appellation Single Malt dans les années 1860. Nous allons ensuite avoir le 15 ans, qui est une nouvelle expression que nous avons commencé à embouteiller lorsque nous avons acheté la distillerie. La différence entre les deux est que le 12 ans subit une maturation en fûts de bourbons et une finition en fûts de Xéres alors que le 15 ans passe toute sa maturation en fûts de xéres de premier remplissage. Cela lui donne une complexité très appréciable. Les deux derniers whiskies que nous allons déguster sont des Benriach. Ceux-ci sont assez particuliers puisqu’ils sont parmi les rares whiskies du Speyside à être lourdement tourbés. Le premier des deux est un whisky de 10 ans, vieilli en fût de Bourbon, il se nomme Curiositas. Le second fait également parti de nos expressions ayant subit une finition spéciale, il s’agit du Aromaticus Fumosus, qui termine sa maturation en fûts de rhum noir.

FL: Comme tu l’as dit, c’est assez inhabituel de voir un whisky du Speyside être aussi tourbé. Personnellement, ça m’a fait redécouvrir Benriach puisque ma première expérience de ce whisky me le rappelaient comme étant très sucré et très “normal” pour un Speyside. Je suis donc très surpris de voir que vous avez poussé l’expérimentation dans ce sens. Je me demande donc s’il y a eu des occasions où vous n’avez pas obtenu les résultats escomptés ou alors où vous avez été agréablement surpris.

AW: Eh bien, je dis toujours en blague que toutes nos ratées sont vendues aux embouteilleurs indépendants… mais bien sûre, je blague (rires). A vrai dire, une grosse partie de l’expérimentation était déjà faite lorsque nous avons acheté la distillerie. Nous n’en sommes propriétaires que depuis 2004 et une grande partie de l’inventaire à notre acquisition avait déjà été distillée en utilisant du malt tourbé. Tu vois, avant nous, Benriach appartenait à Chivas, et à chaque fois que Chivas avait envie de faire une expérience avec sa recette, il semble qu’il faisait toujours cette expérience à la distillerie de Benriach. Le whisky tourbé chez Benriach est né du besoin d’avoir un produit tourbé pour certains mélanges. Au lieu de l’acheter dans une autre distillerie, ils ont décidé de le faire chez Benriach puisque la distillerie avait se propre surfaces de maltage. Une autre chose que Chivas a fait à la fin des années 90 avec quoi nous allons très prochainement lancer un nouveau produit, c’est qu’ils ont installé un alambic supplémentaire dans la distillerie à un certain point pour faire un spiritueux à triple distillation. Ils n’en n’ont fait qu’une seule fois mais en très grande quantité. Nous ne savons pas pourquoi ils ont fait ça puisqu’ils ne s’en sont jamais servi mais il date de 1998 et nous allons le lancé sous le nom de Benriach Horizons, à 50% d’alcool, 12 ans d’âge. Ce sera le premier whisky à triple distillation chez Benriach. En ce qui concerne les expérimentations, je suis conscient qu’il est important de faire très attention avec ça parce qu’un whisky prend de la valeur à son âge seul, si on lui apporte une finition en barrique et que ça en réduit la qualité, eh bien c’est difficile de corriger le tir après ça!

FL: Tu dois balancer ton travail entre Benriach et Glendronach. Comment parviens-tu à répondre aux besoins des marchés respectifs des deux distilleries?

AW: C’est assez difficile en fait. Je vais t’avouer que mon cœur penche un peu vers Benriach parce que c’est avec cette distillerie que nous avons commencé. Nous travaillions déjà avec Benriach depuis 4 ans avant que l’offre pour Glendronach ne soit déposée. Nous essayons vraiment de partager nos effectifs à parts égales entre les deux compagnies. Ce qui rend les choses difficile est que Glendronach est un whisky qui est beaucoup plus facile à vendre puisqu’il avait déjà une très bonne réputation dans la plupart des marchés d’exportation. Lorsque nous avons acheté Benriach, c’était très difficile à vendre parce qu’il n’y avait qu’un seul embouteillage qui avait été fait et c’était un vieil embouteillage de 10 ans. En revanche, ce qui est bien avec Benriach, est que nous avions à notre disposition toute cette variété de whisky alors que personne n’avait la moindre attente alors nous avions tout pour prendre les gens par surprise. Avec Glendronach, il y avait cette attente que ça doit subir une maturation en fûts de Xérès.

FL: Parlons de géographie. Je trouve que le Glendronach 12 ans est très particulier avec sa finale très sèche et saline pour un whisky du Speyside. Ce n’est définitivement pas le cas avec Benriach. Est-ce que tu crois que la localisation a quelque chose à voir là-dedans?

AW: Je ne crois pas que la localisation soit vraiment importante aujourd’hui puisque tu peux maintenant faire du whisky hautement tourbé en plein speyside. Il y a même des barrières traditionnelles qui sont tombées, des tabous, en quelques sortes! Une chose que je voudrais cependant dire, et je vais revenir à Glendronach ensuite, c’est que, lorsque nous faisons du whisky tourbé avec Benriach, nous prenons soin de se procurer de la tourbe qui vient du nord-est de l’Écosse, là où la distillerie est localisée. Je crois que c’est important de conserver cet aspect unique qui vient effectivement de la géographie. En ce qui concerne Glendronach maintenant, nous utilisons la même orge pour les deux distilleries. Les sources d’eau des deux distilleries sont très similaires. Les deux proviennent de sources sous-terraines avec une très haute teneur en minéraux. À partir de là, la différence est dans le vieillissement, principalement. Pour Glendronach, nous choisissons des fûts de chêne européen de très haute qualité puisque nous avons une réputation à respecter.

FL: Vu ton expérience relativement courte dans le monde du whisky, quels sont les territoires les plus surprenants pour toi de faire affaire avec eux?

AW: Oh, il y en a plusieurs. J’ai été très surpris d’apprendre que nous vendions beaucoup de whisky au kasakstan. Je n’aurais jamais cru que c’était un endroit propice pour le marché du Whisky. Pourtant, c’est un endroit avec beaucoup de mineurs, qui ont les moyens de se payer du whisky. Puisque le whisky est un produit qui stimule les aspirations, c’est souvent un produit auquel ces gens pensent quand ils se tournent vers l’occident. Il y a la Russie aussi. J’ai fait une dégustation là-bas, à Sochi, où se tiendront les jeux olympiques de 2014. Nous avons même fait la dégustation directement sur la plage là-bas, en plein été.

FL: Est-ce que ces visites te donnent du fil à retordre côté langage?

AW: En règle générale, pas mal tous les endroits que nous visitons sont à l’aise avec l’anglais. Il y a quelques exceptions où nous avons recours à un traducteur et ça devient extrêmement difficile de faire une dégustation quand le rythme se fait constamment briser par la traduction. Je ne vais pas souvent au Japon mais, à ma connaissance, on a souvent besoin d’un traducteur là-bas aussi. À part de ça, je te dirais que j’ai l’impression que tout ceux qui ont développé un goût pour le whisky savent également comprendre le vocabulaire qui s’y rattache en anglais.

FL: Tu fais des dégustations en privée comme celle avec nous ce soir mais il y a aussi des gens qui se rendent sur place pour déguster à la distillerie. Comment cela se passe-t-il dans le cas de Benriach et Glendronach?

AW: En fait, seule Glendronach est vraiment ouverte au public. Je ne suis pas directement impliqué dans les visites et les dégustations à la distillerie. Cependant, je sais que ce n’est pas exactement une tâche facile d’attirer les gens chez Glendronach parce que la distillerie n’est pas sur les chemins le plus populaires de l’Écosse et qu’il s’agit d’un détour, peu importe d’où tu arrives ou vers où tu te diriges. Il y a tout de même des gens qui viennent, parfois ne ce serait-ce que pour tuer le temps pendant une heure, ou alors dépenser plusieurs milliers d’Euros dans la boutique de la distillerie! Il y en a vraiment de toutes les sortes. En ce qui concerne Benriach, ça fonctionne un peu différemment parce que la distillerie n’est pas ouverte au public. Il y a une demande pour ça et nous organisons quelques visites privées mais c’est réellement du cas par cas. C’est une activité très prisée des clubs de Whisky à travers le monde et c’est le genre de foule que nous aimons attirer.

FL: J’aimerais terminer en apprenant un peu quel genre de whisky tu aimes boire. Est-ce que tu en as un en particulier que tu préfères?

AW: Je ne sais pas s’il y en a un seul que je préfère. Il y en a plusieurs que je trouve excellents et dont je ne refuse jamais un verre. Par exemple, je crois que Balvenie fait un excellent whisky et représente vraiment bien le meilleur de ce que le Speyside a à offrir. Pour mois, les whiskies tourbés sont des whiskies d’hiver. Je les aime du début de novembre jusqu’à la fin de février. J’adore le Lagavulin 16 ans et à peu près tout ce que Coal Ila a produit. En ce qui attrait nos propres whiskies, le Benriach 16 ans est celui que je rapporte le plus souvent à la maison. Ce n’est pas le plus dispendieux de notre ligne mais c’est celui que je préfère.

FL: D’accord, merci pour ton temps et bonne soirée parmi nous!

AW: Merci à vous et merci de supporter nos produits!

Entrevue avec Jim McEwan, Master Distiller chez Bruichladdich

Entrevue avec Jim McEwan, Master Distiller chez Bruichladdich, par Fred Laroche, membre du Club de Whisky de Québec.

Traduction de l’entrevue qui s’est déroulée en anglais.


Fred Laroche – Club de Whisky de Québec: Bonjour Jim, comment ça va?

Jim McEwan – Bruichladdich: Ça va très bien, merci.

FL: Excellent. La première chose dont j’aimerais parler avec toi, c’est la dégustation d’hier. Si ça ne t’ennuie pas trop, j’aimerais que tu me parles des produits que nous avons dégustés en donnant ton impression sur chacun par rapport à ce que tu espérais réaliser. Commençons donc par le Bruichladdich Organic.

JMc: Avec le Bruichladdich Organic, ce que je comptais faire, c’était de permettre aux gens de réaliser qu’il y a une différence significative entre le whisky produit à partir d’orge organique par rapport à du whisky produit à partir d’orge régulier. La texture du spiritueux et la saveur du malt sont définitivement plus apparentes. Nous sommes le plus gros fabriquant de whisky organique en Écosse, même s’il n’y en a que deux, soient Bruichladdich et une compagnie du nom de Gordon & MacPhail. Même si le produit est plus dispendieux à l’achat, j’estime que c’est justifié puisque c’est pratiquement deux fois plus dispendieux de s’approvisionner en matière première organique. La culture d’orge organique est contrôlée de façon très stricte en Écosse. C’est un whisky qui est plutôt jeune mais, comme je le dis souvent, c’est un peu comme voir grandir un enfant, même s’il est jeune, il est facile de réaliser qu’il a du potentiel.

FL: L’enfant n’a pas besoin d’être très âgé pour réaliser qu’il s’agit d’un prodige…

JMc: Exactement, voilà une façon très juste de le dire. On regarde ses enfants grandir et on est capable de comprendre d’où ils partent et le potentiel qu’ils ont. Puisque le whisky n’a pas passé beaucoup de temps dans le fût, d’ailleurs il est question de fût de chêne américain ici, le chêne n’a pas eu le temps d’avoir une très grande influence sur le whisky. Ce sont encore les saveurs du malt et le côté fruité du spiritueux, choses que tu n’aurais pas nécessairement à 12 ans. Voilà pourquoi il est intéressant d’essayer des whiskies plus jeunes. Tu en retires le fruit de la distillation, avant même que le chêne ne s’en mêle. C’est donc une très bonne expérience à faire.

FL: Poursuivons donc avec le Bruichladdich Waves, que nous avons goûté en deuxième.

JMc: Eh bien, ce n’est pas tout le monde qui aime la tourbe. Je viens de la capitale de la tourbe moi-même et je me limite toujours à 2 ou 3 verres de whiskies tourbés dans une dégustation parce que je ne suis pas vraiment du type à boire des whiskies hautement tourbés pendant toute une soirée. Il y a beaucoup de gens comme ça. Waves est un whisky qui est beaucoup fruité et il est plutôt jeune. Nous y avons incorporé certains whiskies plus vieux pour lui apporter une dimension plus mature. J’ai d’abord fait vieillir le whisky dans des fûts de chêne américain pour lui donner cette charmante saveur de crème brûlée et de sucre brun. Ensuite, j’ai utilisé des fûts de vin de Syrah Héritage pour une courte durée pour lui donner des arômes de fruits rouges. Finalement, j’ai ajouté du whisky Port Charlotte pour lui donner un élément de tourbe. J’ai essayé d’atteindre plusieurs buts avec ce produit et l’un d’entre eux était de pouvoir offrir un produit aux gens qui aiment les whiskies légèrement tourbés. Il est très bon après le souper. Il est très bon à déguster comme ça au bar. Ce qui le rend unique, c’est qu’il n’y a pas vraiment de whiskies moyennement tourbés sur Islay. C’est tout ou rien. Je crois que ce n’est pas nécessaire de sauter directement du haut de la clôture vers la piscine, il y a ceux qui aiment s’y tremper à leur rythme. C’est donc une bonne expérience pour une initiation à la tourbe.

FL: Nous avons ensuite eu le Bruichladdich 1998 Oloroso Finish.

JMc: C’est un whisky vieilli en fût d’un vin de xérès appelé Palo Cortado. C’est un vin de xérès de type intermédiaire, pas trop lourd. Les Oloroso trop lourds ont tendance à dominer le whisky. L’année 1998 était une année pendant laquelle la distillerie n’a opéré que pendant 2 semaines alors que je n’étais pas encore dans le décor. Je suis arrivé en 2000. J’étais très heureux d’apprendre que les gens de Bruichladdich à cette époque avait conservé du whisky et l’avait mis dans ces fûts puisque ça fonctionne très bien. Nous avons donc le mariage entre une production de malt très rare et des fûts qui sont également rares puisque les fûts de Palo Cortado ne courent pas les rues! Tu obtiens donc toutes les magnifiques saveurs du xérès comme la prune, les dates, la sultane… Tu as aussi une belle présence de chêne parce que les fûts de xérès sont faits avec des planches très épaisses. Tu obtiens donc un whisky de 12 ans qui semble beaucoup plus mature puisque le xérès l’adoucie et on y trouve une très forte présence de chêne. C’est très facile à boire mais en même temps, le caractère du malt est très vif puisqu’en bout de ligne, il est question d’un whisky de 12 ans. J’aimerais ajouter que les whiskies vieillis en fût de xérès n’aiment pas l’eau. Quand tu ajoutes de l’eau à un whisky qui sort d’un fût de xérès, c’est un peu comme si tu crevais un pneu, tout s’envole et ce qui te reste est à plat. C’est une réaction très étrange. Si vous dégustez un Bruichladdich provenant d’un fût de xérès, laissez-lui le temps de s’ouvrir, ne le forcez pas avec de l’eau. C’est mon conseil pour les gens qui goûteront au Bruichladdich 1998 Oloroso Finish.

FL: Ensuite nous avons eu une excellente bouteille, le Bruicladdich Legacy V – 33 ans…

JMc: Eh bien, c’était un très beau geste de la part de Wayne [Barr], membre du club de scotch [Club de whisky de Québec], que d’apporter cette bouteille. Wayne a visité la distillerie et a fait ce que nous appelons l’ ” Académie Bruichladdich ”. Il aime beaucoup Bruichladdich et il est venu passer une semaine avec nous pour fabriquer du whisky. Il avait acheté cette bouteille et il l’a emmené à la dégustation pour la partager avec le club, chose que je trouve très généreuse. Toutes ces bouteilles sont déjà écoulées. Ce sont les collectionneurs qui les ont maintenant et ça vaut plusieurs centaines de dollars. Il s’agit d’un mélange de whisky de l’année 1968 vieilli en fûts de bourbon, de 1970 également vieilli en fûts de bourbon et de whisky de 1972, qui lui était vieilli en fût de xérès. Le Legacy V a été embouteillé à 40,7% d’alcool par volume. Si nous avions attendu six mois de plus, nous n’aurions pas pu le vendre puisque le produit final aurait descendu en dessous de la limite permise de 40%. Nous étions donc très près de le perdre. Par contre, je le suivais de près et je voulais vraiment voir jusqu’où je pouvais l’amener. En lui goûtant, on remarque qu’il est très sophistiqué en bouche. Il n’avait pratiquement pas d’attaque. On aurait pu penser qu’à cet âge, il serait très lourd mais ce n’est pas le cas. C’est principalement dû au rôle des fûts de bourbon puisque, s’il avait s’agit de fût de xérès exclusivement, l’influence du chêne aurait été démesurée. J’adore ce whisky. C’est un whisky très dangereux. Tu pourrais boire une bouteille entière sans t’en rendre compte tellement il descend bien et qu’il n’a pratiquement pas d’attaque. C’est définitivement un whisky de fin de soirée ou alors une bouteille à partager entre amis. Plus spécifiquement des amis qui s’y connaissent et qui savent apprécier le bon whisky car ce n’est pas une bouteille qu’il faut gaspiller. C’est l’essence même du Single Malt, on l’apprécie davantage quand on le partage avec d’autres qui savent l’apprécier. C’était un plaisir pour moi de le partager avec vous.

FL: En ce qui me concerne, j’ai trouvé qu’il était excessivement séduisant au nez. Je me retenais de le goûter parce que je ne pouvais m’arrêter de le sentir!

JMc: Il était tout en douceur et en subtilité. Tu vois, nous venions de goûter des whiskies très jeunes et nous passions à un autre extrême qui avait plus de 30 ans d’âge. C’est donc très différent. Au nez, c’était magnifique. Normalement, à cet âge, on aurait pu s’attendre à ce que le chêne domine mais le fruit était encore pourtant très présent. C’est un peu comme ces vieillards que l’on voit se promener les épaules basses alors que parfois on voit un homme de 70 ans ou plus qui est encore bien en vie et plein de vigueur. Ce whisky est encore plein de vie! Cela est entièrement dû au fait que les fûts utilisés étaient de première qualité. Si ça avait été des fûts de troisième ou quatrième remplissage, le whisky ne se serait jamais rendu à ce stade. Ce sont les fûts de très haute qualité qui ont permis au whisky de bien terminer le voyage. En bout de ligne, c’était du malt de bonnes années, dans de très bons fûts, et nous les avons sortis juste à temps!

FL: Ce qui nous amène au Bruichladdich Peat. À moins que je ne me trompe, ceci deviendra une des expressions régulières de Bruichladdich, n’est-ce pas?

JMc: C’est exact. Pour le Peat, j’utilise du Port Charlotte et du Octomore. Octomore est le whisky le plus tourbé du monde à 167 PPM. Il y en a plusieurs qui considéraient le Ardbeg comme étant le plus tourbé avec ses 50 PPM mais ce n’est plus le cas. Nous avons décidé d’expérimenter pour le Octomore. Nous ne savions pas vraiment ce qui allait se passer mais nous étions conscients qu’il y avait de la demande pour de la tourbe. Nous étions très satisfaits du résultat parce que finalement, le goût de tourbe, c’est très bon! Par contre, si tu ne parviens pas à maintenir une bonne couche des saveurs de base du whisky, tout ce qui te reste, c’est la rudesse de la fumée. Alors, ce que tu as, c’est un monstre. Il y a certains goûts de fumée qui sont très rudes et ça ressemble un peu à la fumée d’un cigare de basse qualité. Il aura beau être aussi gros que possible et produire autant de fumée qu’il le peut, il est tout de même de basse qualité. L’idée avec Peat était d’utiliser un mélange des trois spiritueux que je produis, soit le Bruichladdich, le Port Charlotte et le Octomore, pour créer un whisky à 35 PPM de tourbe qui allait maintenir la beauté du fruit comme saveur de base. Nous sommes les distillateurs les plus lents du monde. C’est normal puisque notre équipement est très vieux et que nous ne pouvons pas vraiment nous permettre de le pousser sans risquer de le briser. Nous travaillons lentement et nous en retirons un fruité très naturel. Ce que tu obtiens avec Peat, ce sont de bonnes saveurs de fumée, sur une fondation de saveurs de fruits. C’est un whisky jeune, encore une fois, alors l’influence du bois n’est pas trop présente. Chez Bruichladdich, nous essayons toujours d’apporter un peu de distinction et de subtilités et non seulement que de la fumée. Je crois que nous y sommes parvenus et je l’aime beaucoup, personnellement.

FL: Ce qui nous amène au dernier whisky de la soirée, le Bruichladdich Port Charlotte PC7.

JMc: Port Chalotte était une distillerie située à 1 mile de l’endroit où nous sommes situés. La distillerie a été construite en 1825 et a été fermée en 1925. C’était une très grosse distillerie. Nous possédons ce qu’il reste des bâtiments de cette distillerie. Rebâtir la distillerie comme elle était, à l’endroit où elle était, est un de mes rêves. Il n’y a plus qu’un seul homme encore en vie qui a goûté au Port Charlotte dans le temps. Son nom est Rody et il doit avoir plus de 80 ans. Je lui ai demandé à quoi il ressemblait et il m’a répondu qu’il était très tourbé mais qu’il avait beaucoup de goût, un peu comme Lagavulin. Il m’a dit que c’était parmi les bons whiskies. C’est tout ce que j’avais comme description pour travailler avec! J’ai dû faire plusieurs ébauches et lui faire goûter, ce qui était une lourde tâche à demander à un vieillard de 80 ans qui ne peut même pas se souvenir de son nom! J’en suis donc arrivé au PC5 et les gens l’ont adoré! Dans le livre de Jim Murray, il a reçu 95 points. J’ai conservé la même recette et j’en suis maintenant au PC6, PC7 et PC8! Paul Pacault, un auteur américain, possiblement le meilleur auteur sur le whisky au monde, a récemment donné la note de 95 au PC8 et ça, ça me fait plaisir. Le Port Charlotte obtenait 95 à 5 ans de maturité et il l’obtient encore à 8 ans. J’espère donc que le PC va s’améliorer encore avec la maturité. Le Port Charlotte vieillit en fût de chêne américain exclusivement. J’adore le chêne américain. J’aime les saveurs de crème brûlée et la vanille. Port Charlotte et Octomore sont mes enfants. Je les ai conçus. Je les tiens par la main et je les guide à travers la vie. Bien entendu, je vais bientôt prendre ma retraite, mais quand je vais le faire, je serai capable de laisser aller mes enfants et leur dire : “ allez, continuez à bien grandir ”. Fabriquer du whisky est une chose très émotionnelle puisque tu en retires une grande fierté. Tu veux qu’il soit une réussite comme tu veux que ta famille connaisse la réussite. Quand je regarde Port Charlotte, j’en suis extrêmement fier. Je crois que ça va devenir un grand whisky. Quand Port Charlotte atteindra les 25 ans d’âge, je ne serai probablement plus là. Ce whisky, que j’ai créé il y a 8 ans, dans 17 ans d’ici, alors que je serai au ciel ou en enfer, je veux que les gens se disent: ”Il a fait du bon travail, le bonhomme!”. Donc, lorsque je prendrai ma retraite d’ici un an ou deux, je vais pouvoir le regarder aller et me dire que je n’ai pas si mal fait! Comme tu peux le comprendre, je n’aborde pas cela simplement comme un procédé de fabrication, c’est la vie!

FL: Tu fais beaucoup d’expérimentations avec les fûts et les recettes. Est-ce qu’il y a un certain moment où tu n’as pas obtenu les résultats que tu escomptais avec un whisky?

JMc: C’est arrivé assez souvent en fait, mais nous faisons les expérimentations en petites quantités. De toute évidence, nous ne pouvons pas nous permettre de faire un essai avec une trentaine de fûts et se rendre compte à la fin que nous nous sommes trompés! Nous serions fermés! J’ai un petit atelier dans lequel je fais des expérimentations en mariant différents fûts, en y ajoutant de l’eau et ainsi de suite. Tous les produits que je rends disponibles sont pas mal recherchés en fait. J’ai déjà été mélangeur en chef pour Bowmore et j’ai déjà fabriqué et réparé des barils alors je connais très bien les barils, je les comprends bien. Je sais ce que je fais. Après 47 ans d’expérience, il y aurait un sacré problème si je n’avais pas au moins une idée de ce que je fais. Il y a un jeune homme qui travaille avec moi, du nom d’Allan Logan, et il a un très bon nez, il sait ce qu’il fait et surtout, il aime ça. J’ai pour mon dire que si tu n’aimes pas ça, tu es aussi bien de laisser tomber. Souvent, je regarde les Français avec le vin, la passion qu’ils ont et l’exubérance avec laquelle ils en parlent, et je trouve cela très inspirant. C’est pourquoi j’aime utiliser des fûts de vin de haute qualité. J’essaie de stimuler et d’enseigner cet intérêt chez les plus jeunes qui travaillent avec moi en les invitant à chaque fois que je tente quelque chose ou avant chaque embouteillage pour recueillir leurs commentaires et leurs impressions. Cette pratique n’est pas vraiment commune dans le monde du whisky. Normalement, c’est réservé au mélangeur en chef exclusivement. Mais, pour moi, c’est très important que la rétroaction se fasse avec des gens! Parfois, je leur dis : “ C’est bon, tu connais la recette, va la préparer et si tu crois y être arrivé, nous y goûterons ensemble! ”. Ça stimule beaucoup la confiance en soi et c’est très important pour moi que cette tradition se passe! Tu sais, toutes les distilleries sont modernisées aujourd’hui avec des ordinateurs. Il y a même des endroits où ils mettent un échantillon dans un ordinateur et l’ordinateur affiche une modélisation graphique des propriétés du whisky et, tout ce que le mélangeur en chef a à faire, c’est de faire en sorte que le produit se rapproche le plus possible de cette courbe étalon. On appelle ça la “gastromatography”. Bruichladdich est la dernière distillerie traditionnelle.

FL: Tu as de l’expérience dans à peu près toutes les étapes de la fabrication de whisky. À ton avis, quelle est l’étape qui aura le plus d’influence sur le caractère d’un whisky?

JMc: Ce sont les fûts, et de loin! J’irais même jusqu’à dire que 60 à 70% de la saveur du whisky provient du chêne. Il est très important de se procurer les meilleurs fûts et c’est exactement ce que nous faisons. Un baril est comme une mère pour le whisky. Si la mère est en santé pendant la grossesse, l’enfant sera en santé. Si la mère fume et boit pendant la grossesse, et bien l’enfant aura des problèmes. Tenir une distillerie, c’est un art. Il est difficile de mettre en perspective l’influence de tout ce que tu peux faire quand tu distilles du whisky mais toutes ces petites choses entrent dans l’art de la création du spiritueux. Nous ne pouvons pas affirmer qu’utiliser de l’eau d’Islay fait une différence de 1 ou 2 pourcent, cependant, nous croyons fermement que ça fait une différence. Nous croyons que ça fait une différence de faire vieillir le whisky directement sur Islay. Nous le croyons.

FL: Lorsque nous goûtons du whisky, il arrive que nous employions des termes descriptifs très étranges. Quels sont les termes les plus bizarres que tu as lus ou entendus à propos d’un de tes produits et quels termes étranges as-tu toi-même utilisés?

JMc: Un des pires termes descriptifs que j’ai entendus a été utilisé pour un produit que j’ai fait qui s’appelle le X4. C’est un whisky distillé 4 fois. Un écrivain écossais très reconnu a été invité à une dégustation à l’aveugle dans laquelle il y avait un whisky taïwanais de 3 ans, le X4 ainsi que des whiskies bas de gamme qui n’étaient pas particulièrement bons. C’était une espèce de test arrangé, si tu veux. Je crois bien qu’il avait trop bu avant la dégustation parce qu’à la toute fin, lorsqu’il s’est fait demandé lequel il avait préféré, il a choisi le whisky taïwanais de 3 ans d’âge. Lorsqu’on lui a dit ce que c’était en réalité, il a dit : “ Mon dieu, vous plaisantez? ”. Et bien non, ce n’était pas une plaisanterie, cet homme avait vraiment choisi un whisky taïwanais devant des whiskies écossais. Cet homme, qui gagnait sa vie grâce au whisky écossais, venait de désigner le whisky taïwanais comme étant le meilleur. Il avait clairement trop bu car il avait répondu avec cet air convaincu que certains ont quand ils sont ivres. Il a ensuite décrit mon X4 comme étant de l’huile à machine à coudre. Un whisky à 63,4% d’alcool, distillé 4 fois, possiblement le whisky le plus pur de l’écosse, et il le décrit comme de l’huile à machine à coudre. Inutile de dire que ce n’est pas l’écrivain le plus populaire de l’Écosse en ce moment!

En ce qui me concerne, la pire expression descriptive que j’ai utilisée ou que j’utilise de temps à autre, c’est “ vomit de bambin ”. Tu sais ce lait chaud et sûr qu’un bébé vomit de temps à autre? Et bien parfois, un whisky devient aussi déplaisant que ça et ça arrive quand tu utilises un fût qui est épuisé, dont le bois s’est ramollit. Dans ce temps-là, le whisky devient sûr. Cela dit, les gens ont entièrement le droit d’utiliser les mots qu’ils veulent parce que chacun ne mange pas et ne boit pas la même chose. En bout de ligne, c’est très simple. La seule chose que nous voulons réellement savoir, c’est est-ce que ça sent bon et goûte bon ou pas? C’est aussi simple que ça. Pas besoin de dire que ça goûte la noix de coco fraîchement ouverte pendant que le vent de Sibérie soufflait dessus… c’est de la foutaise la plus totale! On s’en fiche! Tu n’as pas besoin d’essayer de m’impressionner. Ce que je veux savoir c’est : Est-ce que c’est du bon whisky ou pas? Parfois, j’ai l’impression que c’est de la masturbation verbale, tu comprends? Il faut faire attention avec ça. Tu sais ce qu’on dit, la masturbation rend aveugle!

FL: La dernière chose dont je voudrais parler avec toi, c’est le futur de Bruichladdich. Tu parles de prendre ta retraite mais j’imagine que tu ne couperas pas les ponts de façon brusque. Quels sont tes plans à moyen et à long terme?

JMc: Il y a 4 semaines, j’ai fait du gin! J’ai fait du gin traditionnel chez Bruichladdich. C’était très excitant. J’ai utilisé 21 plantes de l’île d’Islay et j’ai produit un superbe gin! Il a reçu de très bons commentaires de la part de plusieurs spécialistes du gin. Il y en a même un qui l’a décrit comme étant l’un des 3 meilleurs gin qu’il a bu! Pourquoi avoir fait ça? Simplement parce que Bruichladdich a besoin de plus d’argent. Nous avons besoin d’argent pour passer au prochain niveau. Nous avons besoin d’argent pour construire des nouveaux entrepôts pour nos fûts, pour faire de la maintenance sur notre distillerie. Nous avons donc besoin d’argent rapide. L’avantage du gin, c’est que je peux le produire aujourd’hui et le mettre en tablette dans un mois. Quand tu es distillateur, tu peux distiller n’importe quoi. J’ai été très chanceux d’avoir ce vieil alambique qui traînait. Il était affreux et hors d’usage. Je l’ai remis en état de fonctionner et je l’ai nettoyé et je l’ai même baptisé “ Ugly Betty ”. Je ne savais pas du tout comment il allait se comporter. Je n’ai jamais dansé avec une grosse Betty avant. J’étais un peu appréhensif et je me demandais si elle n’allait pas exploser ou me marcher sur les pieds, tu comprends? Peut-elle danser, cette grosse Betty? Quand j’ai commencé la distillation, ça a duré 15 heures. Nous avons dansé pendant 15 heures. C’était très régulier et fluide comme distillat. C’était beau à voir. Elle n’a pas fait de mouvement brusque. Le produit résultant est un gin magnifique. C’était ma première fois dans le gin. Il y a beaucoup de premières fois chez Bruichladdich. C’est ce que nous faisons, nous expérimentons. Il y a tellement de gens conservateurs qui racontent toujours les mêmes histoires mais moi, je m’en fous. Tu pourrais penser qu’à mon âge, je porterais attention à ce que les autres pensent de moi mais en vérité, je n’en ai rien à foutre. Les gens auront bien beau dire que je suis fou d’essayer telle ou telle chose mais j’ai les couilles pour le faire et surtout, l’équipe pour le faire. Je peux vraiment dire que j’ai mené une vie remplie et je continue à la mener pleinement, et je n’ai que très peu de déceptions! Dans une vingtaine d’années, tu seras assis à quelque part à boire un whisky de Bruichladdich et tu vas te souvenir de notre discussion et tu souriras en te disant que j’avais raison!

FL: C’est probablement le cas! Merci beaucoup pour cet entretien Jim, ce fût un plaisir.

JMc: Merci à toi et au Club.

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