Laphroaig – Layers of Laphroaig Select Deconstructed

Une analyse de la session de déconstruction du Laphroaig Select, offert à la distillerie. La session se compose de 6 échantillons : Laphraoig Select en plus de 5 samples représentant les composantes à la création du Laphroaig Select.

Premièrement, de devoir analyser et décortiquer une des pires éditions de Laphroaig, déjà ça débute mal… Mis à part l’idée de trouver qu’est-ce qui a cloché, disons que la session débutait avec une strike avant même le premier lancer au marbre. Pour vous donner une idée, les notes de dégustation du Laphroaig Select se retrouvent ici :https://www.quebecwhisky.com/laphroaig-select/

À noter que bien que le taux d’alcool n’était pas indiqué sur les échantillons, il est fort probable qu’ils étaient tous à 40% mais on ne voulait pas nous confirmer sur place.

Définitivement la pire dégustation que j’ai eu à la distillerie Laphroaig à ce jour… Du marketing pas subtil pour deux cennes pour nous faire avaler que ce whisky est le fruit d’une création ingénieuse et d’une qualité irréprochable. J’ai quitté avant la fin de l’atelier et c’était la première fois que cela m’arrivait. Quelle déception provenant d’une de mes distilleries fétiche.

Sample #1 : Virgin American Oak Cask
Le nez est très doux et rond, onctueux et dodu, beaucoup de vanille et de miel, tourbe domestiquée, ensemble bien balancé. La bouche est pleine d’agrumes et d’oranges, texture diluée et flat, ensemble n’offre que très peu d’homogénéité et on ressent la dilution à son maximum. Ça me donne plus l’impression d’une eau aromatisée que d’un whisky. Les accents maritimes sont bien présents avec la touche de sel marin et la tourbe phénolique éventée et presque anonyme, une larme d’eucalyptus se noyant dans un océan de vanille et de miel. Finale rapide et éphémère.

Sample #2 : Ex-Bourbon American Oak Cask
Feeling de bourbon, sucré et crémeux mais aussi bien épicé; toffee, caramel, oranges, abricot. Le nez est tout de même un peu plus franc que le dans le Virgin Oak. La bouche est texturée et les saveurs plus intenses; plus de sel, plus de tourbe et plus d’agrumes. Finale offrant un peu plus de persistance en bouche et des saveurs avec plus de latitude et de pérennité.

Sample #3 : Ex-Bourbon Quarter Cask
La bouche est plus effilée bien que les saveurs soient délavées et ternes; agrumes, oranges, un peu citronné même, avec de bons accents de poivre et d’épices. L’apport du Quarter Cask est bien ressentie, beaucoup de vanille aussi et une touche de bois sec appréciable.

Sample #4 : Oloroso Sherry European Oak Cask
Beau nez rond et fruité, entier et généreux; fruits séchés, petits fruits sauvages, gâteau aux fruits, cannelle et beaucoup d’autres épices surtout en finale. Le jumelage avec les accents maritimes et salins apportent une toute autre dimension à la présentation. Marmelade d’orange et le caramel salé. Manque un peu de punch avec l’alcool timide mais il est indéniable qu’il y a quelque chose d’intéressant dans cet échantillon.

Sample #5 : Pedro-Ximerez Sherry European Oak Cask
Fruits très doux et plus goulus, ensemble plus équilibré aussi, peut-être plus juste comme accord de saveurs. Confiture d’oranges, miel et caramel salé, tourbe en bouche, fraises, framboises et cassis, cerises noires s’accompagnant d’une finale ou le sel de mer picotte sur le bout de la langue et une fumée de tourbe prononcés.

Revue Québec Whisky 2016

André:
Ça fait plus de 15 ans que je gravite autour de l’industrie du whisky et cette année j’ai eu comme un coup de pelle en pleine face. L’industrie est malade. Vous allez me dire ‘’Girard, c’est la cinquantaine qui t’a tappé le coco ou quoi?‘’. Laissez-moi vous expliquer mon point de vue…

Vous trouvez ça normal que Whisky Magasine attribue le ‘’Distillery of the year‘’ à une distillerie (High West) qui ne produit même pas son whisky? Que le prix d’une bouteille double de prix entre 2 livraisons à la SAQ (Balvenie 12 ans et 15 ans, Bookers) sur la simple base de la demande, pas sur un upgrade de qualité, de vieillissement supplémentaire, ou autre. Que l’on considère qu’une production de 30,000 bouteilles peut être appelée ‘’édition limitée’’, que l’appellation ‘’Craft Distillery’’ soit si à la mode…

Ne vous laissez pas berner de cette façon, creusons un peu plus. Constellation Brands achète tellement de pub dans les magazines, il ne faut pas se surprendre que High West remporte la palme dans les publications. Tellement de gens s’abreuvent indument de magazines et de sites web hyper-subventionnés par les distributeurs, agences et distilleries qu’il ne faut pas se surprendre que certains consommateurs ne basent leur achats whisky sur des sources biaisées. Pas surprenant de voir les prix grimper de façon si insidieuse car si un whisky se vend 200$ au lieu de 100$, les gens de marketing ne sont pas caves, autant faire 100$ de plus s’ils en vendent pareil.

Acheter un whisky à 400$ et l’affubler des mots ‘’édition limitée de 30,000 bouteilles’’ ??? À ce compte-là, toutes les versions de Bookers et tous les single barrel sur le marché méritent cette appellation…

La vie en général coûte tellement cher que beaucoup de gens se sont tournés vers des biens de consommation casaniers et que l’on peut partager entre amis. Tout le mouvement ‘’acheter, local, buvez local ‘’ est bien à la mode. Vous avez remarqué comment la bière est rendue hip? Comme la bière n’est pas loin du whisky, beaucoup de nouveaux amateurs rejoindront les rangs d’amateurs de whisky et d’étiqueter les bouteilles avec un mot comme ‘’craft distillery’’ est tellement un hook facile dans le marché actuel. Y’a-t-il quelqu’un qui peut définir la signification du mot ‘’craft distillery’’? Cette appellation n’est pas brevetée de ce que j’en sais. C’est vraiment de la bouillie pour les chats.

Vous allez peut-être trouver que c’est une cheap plug ce qui suit, mais là où je veux vous amener c’est que le site web Quebecwhisky.com reçoit maintenant plus d’un demi-million de visites par an. Notre site est complètement indépendant; aucun lien avec la SAQ, distributeur, agence, distillerie. Personne ne nous paye pour nos évaluations, notre seul revenu est la passion et les commentaires des lecteurs. Personne ne paye nos bouteilles, aucune commandite, INDÉPENDANCE…

Je vous remercie chers lecteurs et trippeux de whisky de votre support et votre appui. Je vous remercie surtout de nous faire confiance et d’être une de vos sources d’information, que ce soit pour vos achats, vos recommandations ou simplement pour le plaisir de partager de l’information et d’avoir un avis indépendant.

Patrick:
Mea culpa. Oui, c’est de ma faute. De ma faute si vous payez aujourd’hui beaucoup plus cher pour vos whiskys, et pas toujours pour une meilleure qualité, comme Macallan avec sa gamme 1824. De ma faute si certains whiskys ne sont pas vendus en ayant en tête ceux qui les boivent, mais ceux qui les collectionnent, tels le « Ice » d’Highland Park. De ma faute si les bons rapports qualité/prix, tels que le Balvenie 12 ans, n’existent plus. Les « No Age Statement » trop chers, tels le Laphroaig Lore? Ma faute aussi!

Oui, vous pouvez me blâmer, mettre ma tête à prix, vous servir de ma photo comme cible d’entraînement. Mais avant de vous lancer dans des actions qui pourraient tout de même avoir des conséquences légales pour vous, j’aimerait plaider quelques circonstances atténuantes.

Je me permets donc de m’attribuer le mérite de la diversité des whiskys telle que le monde n’en a jamais connu : Pensez aux embouteillages variés (Dark Origins de Highland Park, Laphroaig Cairdeas, etc), l’explosion du nombre de micro-distilleries (plus de 900 aux États-Unis, bientôt une dizaine au Québec!), la multitudes de nouvelles distilleries en Écosse, en Irlande et au Japon, oui, c’est grâce à moi tout ça. C’est aussi grâce à moi qu’il est de plus en plus aisé de trouver de l’information sur des produits dont le procédé de fabrication était encore entouré de mystère et de magie il y a de ça quelques années à peine.

J’entends déjà certains d’entre vous dire, « heu, Patrick, tu pousses pas un peu fort, là? ». Ma réponse est non, au contraire! Mais je dois admettre que j’avais des complices. Des milliers de complices en fait, éparpillés aux quatre coins de la planète.

Mais laissez-moi vous ramener une quinzaine d’années en arrière, vous allez comprendre : A l’époque, avec mes deux compagnons David et André, nous avons découvert le monde fabuleux des whiskys. La littérature nous indiquait que le vieillissement en fût était une forme de magie ancienne, le bourbon était une potion appréciée par les trolls du Mordor, le whisky japonais semblait faire partie d’une autre dimension quantique mais nous pouvions espérer goûter à tous les scotchs single malts d’ici quelques années. Et c’est là que les ennuis ont commencé. Sans le savoir, des milliers de personnes aux quatre coins de la planète ont entamés la même quête, en même temps. Comme nous, ne croyant pas aux explications provenant des producteurs qui relevaient presque de la science fiction ou du roman d’espionnage de la guerre froide, nous avons commencé à poser de plus en plus de questions… Et à partager les réponses via des livres et surtout, étant de notre temps, via le web.

Ce ne fut pas long que nous retrouvâmes ces gens qui partageaient la même curiosité que nous. Les associations de dégustation et de partage de l’information, tel que Québec Whisky, (avec son Club, sa page web et sa page Facebook) se sont multipliées aux quatre coins de la planète. Il est facile d’imaginer la suite : La vente des produits « ordinaires » a plutôt stagné (comme les whiskys canadiens), voire diminué (dans le cas des blended scotchs), alors que celle des produits plus spéciaux, tels les scotchs single malt, a explosé.

Bref, concernant l’augmentation des prix ou la multiplication des No Age Statement, il ne faut pas croire l’explication simpliste parlant de la croissance de la demande en Asie créant une rupture de stock. A quelques exceptions prêts, c’est de la bullshit. Non, la vraie raison pour tout ça est tout simplement que nous sommes des milliers aux quatre coins de planète à être prêts à payer le prix demandé pour ces bouteilles, tout simplement. Bref, si vous voulez voir le prix de votre dram préféré revenir au niveau d’il y a 10 ans, la réponse est simple : Arrêtez d’en boire, et convainquez un maximum de gens d’en faire autant. Vous ne pensez pas en être capable? Alors faites vous des réserves, car les prix n’ont pas fini de monter! Et pour nous, communs des mortels ayant un revenu moyen, il faudra nous rabattre progressivement sur les NAS, puis les bourbons, les blends… On gardera les single malts pour Noël!

Mon collègue André vous dit que l’industrie est malade? En me basant sur les lignes précédentes, je dirais plutôt que c’est moi le malade. Et vous! Mais sommes-nous vraiment malade? Considérant tous les nouveaux choix que nous avons, et le fait qu’il est de plus en plus facile d’obtenir de l’information au sujet de ceux-ci, je dirais plutôt que nous n’avons jamais été autant en santé! Bref, dans le but tout à fait altruiste de maintenir votre bonne santé, il me fera plaisir en 2017 de continuer mon exploration du fabuleux monde des whiskys, et de vous attirer aussi souvent que possible en dehors des sentiers battus! Mon but sera de vous faire découvrir votre futur dram préféré et qui sait, si nous sommes assez nombreux à nous joindre au mouvement, peut être que le coût de ces single malts que nous aimons trop finira-t-il par revenir à un niveau abordable?

Sur ce, bonne et joyeuse année 2017!

Martin:
Bon, on tourne la page sur 2016. D’habitude j’ai toujours un point de vue sur les choses qui se situe un peu entre celui de mes deux potes Pat et André, et cette année ne fait pas exception à la règle.

On se plaint que les small batch ne sont plus des small batch. Que les limited edition ne sont plus des limited edition. Que les whiskies NAS sont surévalués. Que les craft distilleries ne sont pas vraiment des craft distilleries. Que notre bon vieux single malt coûte plus cher que jamais. Bref que l’année 2016 en whisky était un peu de la marde.

Les gens chient un peu sur 2016 dans tous les domaines, on n’y fait pas exception. Dans le monde du métal à part deux sorties (Amon Amarth – Jomsviking et Twilight Force – Heroes of Mighty Magic) on a aussi eu un peu une année merdique. Le monde en général capotent et mettent sur le dos de Joffrey Baratheon l’hécatombe culturelle de 2016, je parle de Kilmister (IL COMPTE PAREIL), Bowie, Prince, Frey, Emerson, Walsh, Cohen, Lake, Michael, Princesse Leia et j’en passe une trallée.

Et bin faites vous à l’idée, dans tous les cas c’est pas fini. En 2017 il faudrait pas se surprendre de perdre (et je ne le souhaite pas) des McCartney, Dylan, Jagger, Richards (lui yé dû), Ozzy et même Iggy Pop. Les temps changent et on fait juste remarquer un peu plus ces choses-là grâce au côté de plus en plus insidieux des médias sociaux. C’est de même.

C’est pareil avec le whisky. Question de stocks, de demande des consommateurs, d’avarice des géants et de perfidie du marketing, la tangente actuelle va continuer en 2017. Alors faites comme Pat et stockez vos préférés parce qu’une baisse de prix n’est pas à nos portes! Chose certaine, la prolifération de clubs de dégustation et d’amateurs avertis fait en sorte qu’on peut continuer encore l’exploration sur un budget plus normal, comme quoi 2016 n’a pas juste été poche. Whisky Drinkers Unite!

Wow, je me relis et je me rends compte que je suis négatif en simonac… Bof, prenons un autre dram et on aura tôt fait d’oublier tout ça!

Bonne et savoureuse année 2017!

Slàinte!


Distillerie de l’Année

André: AnCnoc/Knockdhu
Rascan, Flauther, Rutter, 22 & 24 ans, le stellaire 12 ans à 75$.. toute une palette aromatique dans une seule distillerie, que dire de plus…

Patrick: Kings County Distillery
Créativité et qualité vont de paire avec tout ce que produit cette distillerie. Visitez Brooklyn, où New York se réinvente, et visitez la Kings County Distillery, où le whisky en fait tout autant!

Martin: Glenlivet
Si on avait eu cette catégorie l’an dernier, je l’aurais aussi donné à Glenlivet. Une belle approche du problème des NAS. Une solide entrée de gamme, sans flusher les classiques avec mention d’âge, plus un ou deux single casks chers mais délicieux par année, on est pas près de les déloger.


Single Malt Scotch Whisky de l’Année

André: Mortlach 75 ans 1939
Un once in a lifetime whisky, j’ai pleuré en dégustant le whisky, c’est l’expérience d’une vie d’avoir la chance de savourer un whisky tel que celui-ci.

Patrick: Ardbeg Dark Cove
Comme quoi qu’on peut faire quelque chose de bien avec des No Age Statement.

Martin: SMWS 29.144 Laphroaig 22 ans
Avec la plupart des gros joueurs qui s’enflent la tête et qui nous servent des NAS moyens à des prix de fou, les single casks sont une valeur sûre sur laquelle se rabattre. Pour le moment. La SMWS n’est pas si accessible que ça (logistiquement et financièrement du moins) mais ses embouteillages fracassent la baraque à coup sûr.


Blended Scotch Whisky de l’Année

André: Compass Box Lady Luck
Toute la sagesse et le savoir-faire du blending dans une seule bouteille. Savoureux.

Patrick: Storm Blended Malt Scotch Whisky
Oui, il n’y a pas que les single malts dans la vie. Et quoi que la plupart des blends soient une exécrable façon de ruiner notre budget, certains blends n’ont pas à rougir de la comparaison avec les single malts, au contraire.

Martin: Compass Box the Lost Blend
Toute la sagesse et le savoir-faire du blending dans une autre bouteille que celle qu’André a choisi.


Canadian Whisky de l’Année

André: Canadian Rockies 35 ans
Le plus vieux whisky Canadien jamais mis sur le marché, directement du fût, embouteillé à plus de 78% d’alcool. Damn…

Patrick: Crown Royal Hand Selected Barrel par Davin de Kergommeaux
Ca fait des années que je le dit, Diageo a un stock de whisky canadien extraordinaire, mais Crown Royal étant l’un des meilleur vendeur au monde, ça semble tuer leur motivation à faire quelques efforts que ce soit.

Martin: Crown Royal Hand Selected Barrel par Davin de Kergommeaux
Single Cask, Single Cask, Single Cask. Choisi à la main par LA référence en whisky canadien Davin de Kergommeaux. Comme quoi Crown Royal fait parfois aussi de la bombe.


American Whisky de l’Année

André: Bookers Batch C04-J-19
Le bourbon parfait, à tout point de vue, case closed.

Patrick: Kings County Rye
Vive les micro-distilleries créatives! Ex-æquo : Booker’s Batch #C04-J-19, aussi bon qu’un bourbon peut l’être!

Martin: George T. Stagg 2012
Un whisky de 2012? Publié sur le site en 2014? Oui bin moi j’y ai goûté en janvier 2016, pis il m’a mis sur le cul. Il y a sûrement des bouteilles encore en circulation dans certains dépanneurs crados des États-Unis. La chasse est ouverte!


World Whisky de l’Année

André: Creative Whisky Co Irish Whisky 13 ans Cask Strength
La renaissance du whisky Irlandais? C’est crissant de voir autant de whisky Irlandais ennuyeux sur le marché quand tu tombes sur un whisky comme ça.

Patrick: Mars The Revival 2011 Kogamatake
Le futur du whisky japonais. Restez à l’écoute!

Martin: Creative Whisky Co Irish Whisky 13 ans Cask Strength
Un sublime cask strength irlandais. Mais encore une fois un embouteilleur indépendant remporte la palme sur une flopée d’embouteillages officiels. Un bien beau témoignage sur tout ce qu’on vous raconte depuis le début de cet article.


Revue Québec Whisky 2015

André:
Ce que je retiens de 2015; l’explosion exponentielle des prix des single malts versus une qualité qui ne suit pas toujours la courbe ascendante des prix et un marché qui cherche toujours à suivre la demande en passant aux No Age Statement.

Mon coup de barre, vers novembre, la parution au Canada du Laphroaig 15 ans à 185$… avec –avouons-le – un résultat discutable. L’augmentation insidieuse des prix depuis une dizaine d’années est difficile à comprendre. En fouillant dans ma whisky room, il m’arrive de tomber sur des bouteilles achetées voilà une décennie qui ont encore les étiquette de prix et lorsque je compare aux prix du marché actuel, je dois avouer qu’Il m’arrive d’être abasourdi. Ce même Laphroaig 15 ans (de qualité fort supérieure) que j’avais payé 75$ dont j’avais eu la bonne idée d’acheter 2 bouteilles…

Mon coup de pelle : L’imbroglio autour des deux dernières parutions de Compass Box à qui l’on reprochait de « dévoiler » les recettes composant leur derniers opus… What? Cum on!!! On reproche de dire aux acheteurs ce qu’il boiront dans leur dernier achat? Sérieusement, de quoi laisser un doute sur ce qui compose votre whisky préféré, surtout à l’aube du tsunami « No Age Statement »… C’est comme si on avait peur de nous dire « on vous vend d’la merde mais on veut pas vous le dire »… Pour le moins… douteux. Laisser le choix oui, l’imposer, peut-être pas, mais interdire ?

Encarcanné dans les limitantes imposées par la SWA, les distilleries pourraient au moins faire preuve de diligence et d’originalité dans les noms attribués aux dernières éditions : Chairmans Reserve, Distillers Selection, Founders Choice ou Reserve… Sérieusement?!?! Un whisky NAS Grand Public : Le meilleur choix du distillateur ou du président ou du distillery manager? You kidding??!?! Tout comme l’appellation Limited Edition, qui a le dos large et qui est une notion très élastique pour certaines distilleries. Tsé quand la batch à 18,000 bouteilles, lâchez nous avec le Limited edition…
La tendance des marché est pourtant de plus en plus au cocooning et aux plaisirs sédentaires (disons). Les gens sont friands de produits du « terroir », de nourriture locale, de vins et de bière. Le saut pour passer au whisky est donc presque naturel pour bien des consommateurs qui ont appris à respecter les alcools forts quel qu’ils soient. Mais comment attirer un nouveau public dans la vingtaine à débourser un 100-150$ sur une bouteille de single malts, en plus de faire face à une demande si agressive sur le marché?

D’où l’engouement pour les produits locaux, les bourbons et les whiskies de micro-distilleries qui sont fort abordables. (sauf quelques exceptions comme le Van Winkle pour exemple). Il faut savoir patiner pas mal pour trouver solution à ce problème et les distilleries Écossaises ont trouvé leur salut dans les whiskies sans mention d’âge.

C’est aussi là que le club de whisky trouve toute sa valeur. Pour un prix raisonnable, les gens peuvent goûter à plus de 100 whiskies par années et décider d’investir leur 100-150$ sur un bull-eye whisky, un sure-shot sans avoir à le regretter.

Je lève mon chapeau aux distilleries Aberlour, avec les stellaires Abunadh qui demeurent selon moi un des meilleur deal sur le marché (si vous passez aux USA, plusieurs États le vendent environ 60$… imaginez…) et à Glenlivet qui avec son Founders Reserve a réanimé cette distillerie presque sur le respirateur artificiel. De plus le Nadurra Sherry CS et les 2 single cask sont à mon avis les meilleurs présenté par la distillerie depuis des lustres et sont de loin supérieurs aux 18, 21 et même le 25 ans d’âge de la même distillerie.
Ardbeg, qui est passée sous le radar de la polémique NAS et qui nous refilait des whiskies sans mentions d’âge depuis bien avant Macallan, mais qui demande maintenant près de 170$ pour un whisky sans mention d’âge joue sur une limite bien dangereuse.
Malheureusement, les éditions 200eme anniversaire des distilleries Ardbeg et Laphroaig sont presque un mauvais présage de l’univers du whisky Écossais et nous offrent peu de raisons de lâcher son fou et de célébrer…

Ma plus grande déception, Auchentoshan… à toute les fois que j’ai un échantillon que je dois évaluer, j’en repousse presque le délais. La série Valinch, le American Oak… ouch… On a presque plus à se demander pourquoi il n’existe pratiquement plus de distilleries dans le Speyside avec des éditions du genre. Sinon, les distilleries sont à s’adapter aux nouvelles lois du marché. Certaines s’en tirent bien, d’autres avec plus de difficultés.

Côté personnel, j’ai eu la chance de savourer certains des whiskies les plus rares depuis que je gravite dans le monde du whisky; Glenmorangie 1963, Glen Grant 50 ans, Highland Park 1968 et 78, certains grain whiskies des années 60, une dégustation de 5 éditions de la distillerie Dallas Dhu des années 70 et 80… en plus de rencontrer des gens passionnés qui travaillent dans le métier. Y’a bien le whisky qui est intéressant mais les gens qui le conçoivent offrent souvent « le petit plus » à votre expérience de découverte alcoolisée. Y’a pire comme hobby vous me direz…

Voici donc mon palmarès perso de mes découvertes whiskies de 2015. Mais peu importe les résultats de cette année, si vous me demandez « Quel est ton meilleur whisky à vie? », je vous répondrai soit « celui que j’ai dans la main ou le prochain que je dégusterai » !

Il faut s’ouvrir aux découvertes, oser des pays producteurs souvent délestés (Inde, Suède, Australie, Taïwan, etc), des types de whiskies différents (rye, bourbons, blends) ! Vous passez probablement à côté de belles surprises si vous vous privez de sortir des sentiers battus. Ce qui est agréable du monde du whisky, c’est qu’on y trouve toujours quelque chose de nouveau ou de meilleur, c’est comme un film de Star Trek alcoolisé… Osez jeunes Padawans!

Patrick:
2015 fut marquée par la continuité des tendances observées ces dernières années, pour le meilleur et pour le pire. Globalement, les ventes de scotch sont en baisse tant au niveau volume qu’au niveau valeur, ce dont il ne faut pas se surprendre compte tenu de la multiplication des micro-distilleries aux États-Unis et en Europe, et surtout de la renommée croissante des whiskys américains, (les bourbons en particulier).

Si on pousse un peu plus loin notre analyse, on constate toutefois que ce sont les blends écossais qui sont surtout en perte de vitesse, alors que la catégorie single malt demeure en croissance. Le marché de Québec en est un bon exemple, la SAQ Signature enregistrant une croissance de ses ventes de plus de 250% pour ses différents whiskys.

Bref, ceux qui espèrent une accalmie au niveau des prix de leur scotch favori seront déçus. Mon conseil : Tournez-vous vers les bourbons et les whiskys canadiens pendant qu’il est encore temps! Le seul problème de ce conseil est le choix pathétique offert à ce chapitre par notre monopole d’état! L’exemple le plus flagrant est l’incurie démontrée par la « VP Spiritueux » de la SAQ : Sans même y goûter, elle refusait d’offrir à sa clientèle captive le premier « rye » québécois sous prétexte que les gens n’aiment pas le rye et ce, au même moment où Whisky Magazine et Whisky Advocate publiaient des reportages démontrant la croissance phénoménale de cette catégorie.

Bref, je me répète, mais qu’est-ce que l’État fait dans la vente de détail? La bière est déjà vendue dans les épiceries et les dépanneurs, ce qui n’empêche pas le gouvernement de prélever ses taxes, mais permet d’obtenir des prix tout de même compétitifs et surtout, une diversité de produits incroyable!

Je me dois toutefois de reconnaître une chose : Oui, les exécutifs de la SAQ ne semblent penser qu’à préserver leur privilèges, mais le niveau de compétence en matière whisky des employés sur le plancher est partout en croissance, et généralement plus que respectable. Bravo!

Quelques items en vrac :

Malheureusement, les whiskys japonais sont maintenant quasi-impossible à trouver. Partout, les « no age statement » remplacent des whiskys autrefois adulés et je n’ai aucun espoir de voir la situation s’améliorer dans les prochaines années.

Heureusement, les producteurs de whiskys américains et canadiens nous offrent de plus en plus de produits excitants, le tout à un coût qui demeure raisonnable. Aussi, l’explosion mondiale du phénomène des micro-distilleries nous assure qu’il y aura toujours plus de nouveaux whiskys avec des saveurs inédites! Que demander de plus?

La SAQ : A quand une commission Charbonneau sur le fonctionnement de la SAQ? Mes discussions avec différents intervenants du marché des alcools aux Québec portant sur l’opacité du processus d’acquisition de produits par la SAQ m’a mené vers la conclusion suivante : Ou bien les gens en charge font preuve d’une incurie incroyable, ou bien ils sont corrompus.

En conclusion :

En 2016, le Club de Scotch Whisky de Québec, ainsi que son portail quebecwhisky.com, vous permettront encore de naviguer au travers de l’incroyable diversité du monde des whiskys. A un coût raisonnable, vous pourrez déguster des scotchs qui ne sont pas à un coût raisonnable et surtout élargir vos horizons en découvrant de nouveaux whiskys des quatre coins de la planète!

Au plaisir de vous revoir et de partager un bon dram ensemble! Slainthe!

Martin:
Quelques points m’ont marqué en 2015. Difficile de passer sous silence le couronnement controversé en novembre dernier du meilleur whisky au monde selon l’expert Jim Murray, le bien de chez nous Crown Royal Northern Harvest Rye. Pour y avoir goûté moi-même, purement basé sur la valeur du dit whisky je dois à priori me prononcer en désaccord. Vous pourrez le voir par vous-même en comparant nos critiques sur quebecwhisky.com avec le dram que vous aurez devant vous, le produit faisant très bientôt son apparition en SAQ à prix d’ami. Évaluation honnête? Possibilité d’enveloppe brune sous la table? À vous de juger.

Mais chose certaine, s’il y a un point positif dans tout cela, c’est que ça va peut-être pointer un spotlight bien mérité sur les whiskies canadiens, trop souvent oubliés ou relégués au rang de whiskies de seconde zone. Plusieurs perles peuvent être façilement découvertes si on en connait l’existence, je pense notamment aux Forty Creek et Highwood Distillers de ce monde.

Sur un autre ordre d’idées, je vais suivre mes collègues et aborder le sujet des No Age Statement. Bien que l’industrie soit confrontée à cette nécéssité qui peut être vue par certains comme une tendance, ce ne sont pas toutes les distilleries qui affrontent le défi de la même façon.

Je tairai le nom de certains producteurs qui n’ont vu dans cette crise qu’une occasion de gonfler des prix déja exorbitants pour des embouteillages qui ne cassent tout simplement pas la baraque.

Je me dois cependant de souligner les efforts réussis de Glenlivet, qui a su attaquer le problème avec une intelligence, une candeur et une transparence que peu de leurs concurrents ont eu. Chapeau au Founder’s Reserve qui garnit bien la base de la pyramide en offrant un single malt NAS honnête à un prix qui l’est tout autant. Ils avaient bien préparé le terrain quelques mois auparavant avec leur Guardians’ Chapter et l’introduction de leur excellente gamme de single casks. Toutes de belles nouveautés qui éclipsent aisément le reste des embouteillages à mention d’âge, sauf peut-être le solide 15 ans French Oak, en plus d’injecter une bonne dose d’adrénaline à une distillerie qui commencait à stagner depuis un bout de temps avec plusieurs de ses homologues écossais. Bravo Glenlivet!

Pour ce qui est de mes choix pour l’année, je me rends compte avec un peu de recul que j’ai été un peu sévère avec 2015, mais bon.

Sur ce medames et messieurs, une bonne et heureuse année 2016, et surtout, Sláinte Mhath!


Meilleur Whisky de 2015

André: Bowmore Springtide

Patrick: Douglas Laing Timorous Beastie

Martin: Bowmore Springtide


Meilleur Single Malt Scotch Whisky

André: Bowmore Springtide

Patrick: Bowmore 15 ans Laimrig 4e Édition

Martin: Bowmore Springtide


Meilleur Blended Scotch Whisky

André: Compass Box The Lost Blend

Patrick: Douglas Laing Timorous Beastie

Martin: Douglas Laing Scallywag


Meilleur Whisky Canadien

André: Still Waters Stalk & Barrel Rye Cask #17

Patrick: Legacy Small Batch Canadian Whisky

Martin: Canadian Club Chairman’s Select 100% Rye


Meilleur Whiskey Américain

André: High West « A Midwinter Night’s Dram »

Patrick: Blade and Bow 22 ans

Martin: Buffalo Trace Experimental Collection Rye 12 ans


Meilleur Whisky du Monde (autres pays)

André: Teeling Silver 21 ans 1991 Sauternes Finish

Patrick: Nikka Taketsuru 17 ans

Martin: Amrut Single Cask – Sherry Cask SAQ


Meilleur rapport qualité/prix en SAQ

Patrick: Forty Creek Barrel Select

Martin: Forty Creek Barrel Select


Meilleur « Aurait dû Gagner un Prix »

Patrick: Orphan Barrel Barterhouse 20 ans

Martin: Glenlivet Founder’s Reserve


Revue Québec Whisky 2014

André:
Année de consolidation, année de bouleversements, année de changements annoncés ou non.

Au Canada, je retiens la vente de Forty Creek au groupe Italien Campari. La belle histoire de John Hall prend des proportions (à moindre échelle) telles que l’on a vu pour bien des distilleries Écossaises… Ne s’étant jamais limité au whisky communément distribué sur le marché, l’inventivité et l’audace de John Hall ont finalement payé (près de 186 millions de $…) mais Hall est toujours à la barre du navire Forty Creek ! Je salue aussi haut et fort la marée de nouvelles micro-distilleries qui s’étends partout (sauf au Québec – pour l’instant… Les distillateurs Subversifs?), dont une liste exhaustive se retrouve ici. Nul n’est prophète dans son pays mais il n’appartient qu’à nous de propager la bonne nouvelle des excellents whiskies Canadiens!

Du côté américain, je déplore une latitude de la réglementation sur le whisky qui ne permet pas de savoir exactement la provenance du liquide dans certaines bouteilles. Les Lock Stock et Whistle Pig de ce monde sont de bien bons whiskies mais proviennent du Canada et ça, c’est encore difficile à savoir. Même si cette même problématique se reflète elle aussi au Canada de manière différente (beaucoup de whiskies Canadiens étant des mélanges de plusieurs distilleries) l’avalanche de nouvelles parutions du côté USA profite indument à certaines distributeurs qui se font passer pour des distillateurs et ce à tort… pour l’industrie. Mention spéciale à la saga Tate-Balcones; l’argent et la passion font parfois très mauvais ménage. Histoire à suivre…

Côté mondial, que de découvertes… English Whisky Co, ondée de whiskies Japonais, les Kavalan, la renaissance des whiskies Irlandais (teeling)… Malheureusement, bien des gens ne prêchent que par les single malts Écossais, quelle tristesse.

Est-ce que la bulle whisky du côté Écossais a atteint son apogée ?
Si ce n’est le cas, il ne tarde avant que son industrie frappe un mur. Avec des prix exorbitants, plusieurs amateurs crient au vol – avec raison – d’autant plus qu’on en profite pour nous refiler de plus en plus fréquemment des expressions NAS (no age statement) et ce sans que le prix (et souvent la qualité) ne suive. On a décrié haut et fort le « move » de Macallan alors que Ardbeg et Laphroaig nous faisaient déjà la passe depuis quelques temps. Mais l’industrie Écossaise est maintenant en fort mauvaise posture, ayant fait gorge chaude de son expérience et de son histoire de plus de 200 ans alors que les nouveaux venus (Mackmyra, Balcones) arrivaient sur la marché avec moins d’une décennie derrière la cravate et étaient encensés par les critiques. Un Ardbeg Supernova sans mention d’âge à 300$, un Laphroaig Select sans mention d’âge aux environ du même prix que le 10 ans… Cum on ! Mais avec des méga transaction du style Beam-Suntory cette année, il ne tarde que presque toute l’industrie soit la main mise de quelques « majors » et que nous ne soyons « écouillés » financièrement en achetant une bouteille.

J’ai eu la chance de goûter à plusieurs de mes meilleurs whiskies à vie cette année, le Kavalan Solist Sherry, les Teeling 26 ans, Ardbeg Supernova (ironiquement même après avoir écrit ce qui se trouve plus haut) mais évidemment, ceux-ci ne se retrouveront pas en SAQ. De toute façon, il suffit de voyager pour comprendre que l’on est mieux de s’approvisionner ailleurs qu’au Québec… Bonne année 2015 !

Patrick:
La première chose à noter des mes choix des meilleurs whiskys 2015 est que les plus doux du lot tirent 45% d’alcool. Je suis conscient qu’il y a un public pour les whiskys « lights » (tout comme les bières lights), mais ce public étant déjà fort bien servi par des marques établies, je ne comprends pas l’industrie d’avoir encore lancé cette année des centaines de nouveaux produits dilués à 40% et pour la plupart, insipides. Au moins, la plupart de ces whiskys sont confinés a monde des Dutyfrees…

Je me dois aussi de souligner l’excellent travail de la nouvelle compagnie Beam Suntory qui a su remporter la moitié des « prix » de mes meilleurs whiskys via des nouveautés de Bowmore, Cutty Sark et Knob Creek. A mentionner, ces trois produits présentent des taux d’alcool de 50% et plus : malgré la taille de cette multinationale, ce ne sont pas les comptables qui commandent le robinet d’eau! Les comptables de Beam Suntory ne semblent pas non plus contrôler le positionnement marketing (à l’exception de Macallan), car deux de ces produits se vendent à 50$ ou moins à la SAQ, ce qui en fait de véritables aubaines!

Bref, 2014 fut une belle année, compte tenu des nombreuses nouveautés intéressantes : Nous vivons une à époque extraordinaire! Évidemment, l’appétit démesuré de profits de certaines marques (Dalmore, etc) ainsi que celui de notre monopole d’État viennent gâcher un peu le paysage. Toujours est-il que pour les premières, il est facile de trouver des produits offrant des meilleurs rapports qualité/prix et que pour la seconde, il s’agit de profiter au maximum de nos voyages à l’extérieur de la Belle Province.

2015 s’annonce prometteuse, avec en premier lieu le projet de loi 395 au Québec (Loi modifiant la Loi sur la Société des alcools du Québec et la Loi sur les permis d’alcool) qui devrait mettre quelques onces de bon sens dans notre législation sur l’alcool qui date des années 1920. Bon, en fait, il serait temps de tout jeter à la poubelle et de recommencer à zéro (en premier lieu, abolir le monopole de la SAQ et la RACJ), mais il s’agit d’un bon petit pas dans la bonne direction. Ailleurs dans monde, des législations plus intelligentes permettront l’éclosion de nouvelles distilleries et nouveaux spiritueux que j’ai bien hâte de découvrir!

Sur ce, je vous souhaite à toutes et à tous, ainsi qu’à vos proches, une bonne et heureuse année 2015!

Martin:
Bon et bien on est rendu à ce temps-là de l’année. Le temps des reflections sur ce qui vient de passer. Je risque d’avoir moins de verve et d’éloquence que mes collègues ci-haut, mais bon…

Quoi dire de 2014? Parmi mes meilleurs de choix de l’année, un seul se retrouve actuellement en SAQ, et c’est bien parce que sa catégorie le requiert implicitement. Ce sera à mon avis une requête éternelle, on aura beau râler sur bien des aspects de notre sympathique monopole d’État, reste que le choix et la variété en matière de spiritueux (entre autres) sera toujours son pire défaut. Il suffit de mettre le nez en dehors de la province pour en être convaincu. Bien que ça ne parle pas que de cela, je vous invite à vous farcir cette apologie… courte mais appropriée.

Je pourrais aussi parler, cette fois-ci à la grandeur du monde des whiskies, de la mode des NAS, ou No Age Statement (Sans Énoncé d’Âge). Mais force est d’admettre que ce n’est plus simplement qu’une mode. Depuis la nuit des temps, l’âge indiqué sur la bouteille d’un whisky était gage de sa qualité, de sa rareté, et de bien d’autres trucs. De nos jours on voit de plus en plus d’embouteillages NAS, surtout provenant du marché écossais, ce qui nous indique que les réserves des distilleries baissent pas mal plus qu’ils n’avaient escompté. Certains réussiront à nous faire passer la pilule, d’autres non. Une chose est certaine, l’industrie entière du whisky met les voiles inéluctablement dans cette direction et si ça vous fait trop chier, vous n’aurez pas bien d’autres choix que celui d’arrêter de consommer du whisky.

Mais ce que je retiens principalement de 2014 c’est que ça ne nous a pas empêchés d’avoir une année sacrément bien remplie de nouveautés et de plaisir… Merci à tous!

Sláinte et Bonne année 2015!


Meilleur Whisky de 2014

André: Teeling Whiskey 26 ans Vintage Reserve 1987

Patrick: Nikka Coffey Malt

Martin: Pappy Van Winkle Family Reserve 15 ans


Meilleur Single Malt Scotch Whisky

André: Cadenhead Caperdonich 35 ans 1977

Patrick: Bowmore 10 ans The Devil’s Casks Batch 1

Martin: Highland Park 15 ans Loki


Meilleur Blended Scotch Whisky

André: Compass Box Peat Monster 10th Anniversary

Patrick: Cutty Sark Prohibition Edition

Martin: Compass Box Flaming Heart 4th Edition 2012


Meilleur Whisky Canadien

André: Highwood Distillers Ninety 20 ans

Patrick: Still Waters Stalk & Barrel Single Malt Whisky Cask #11

Martin: Forty Creek Evolution 2014


Meilleur Whiskey Américain

André: Pappy Van Winkle Family Reserve 20 ans

Patrick: Palm Ridge Reserve – Batch 32

Martin: Pappy Van Winkle Family Reserve 15 ans


Meilleur Whisky du Monde (autres pays)

André: Teeling Whiskey 26 ans Vintage Reserve 1987

Patrick: Nikka Coffey Malt

Martin: Kavalan Solist Sherry Cask Strength


Meilleur rapport qualité/prix en SAQ

André: Cutty Sark Prohibition Edition

Patrick: Cutty Sark Prohibition Edition

Martin: Cutty Sark Prohibition Edition


Meilleur « Aurait dû Gagner un Prix »

André: Kavalan Solist Sherry Cask Strength

Patrick: Knob Creek Rye

Martin: Ardbeg Supernova 2014


Revue Québec Whisky 2013

Introduction

André:
Année bizarre que 2013, les deux solitudes du whisky étant séparées plus que jamais. D’un côté, les major avec leurs prix faramineux, des éditions de Dalmore à 10000$ pièce, les releases de Diageo à 500$ pour des 10 ans d’âge. D’un côté, des distilleries jouant la carte du savoir faire reposant sur des siècles de production, de l’autre, des micro distilleries et de nouveaux producteurs de pays quelquefois insoupçonnés, nous livrant de petites perles fort abordables en nous ramenant à l’essentiel, c’est-à-dire au contenu de la bouteille. Bien que mon whisky de l’année est une bouteille à plus de 600$, j’ai souvent été désarçonné par des whiskies plus qu’abordables, souvent sans mention d’âge (Aberlour Abunadh, Mackmyra) et j’ai aussi pu trouver réconfort dans de grands classiques redécouverts (Balvenie, Laphroaig). Même vague du côté américain qui déferle à la vitesse grand V où à chque fois que j’ai la chance de traverser la frontière, je me retrouve devant un étalage de nouveaux producteurs ayant apparu sur le marché, avec toutefois une variante au niveau des prix, les whiskies américains ayant toujours été relativement abordables. On joue ici une carte différente, on teste les limites des règlements de l’industrie, on explore le monde des céréales (Koval Millet), on bénéficie de la latitude de l’industrie. Du côté Canadien, la SAQ nous préserve de découvrir de savoureuses éditions disponibles partout ailleurs au Canada (Forty Creek) et évite bien d’encourager le commerce « local » en évitant de nous proposer la découverte de nouveaux pionniers (Stillwater) ou de vieux routard méconnus ici (Alberta Premium). J’ai eu la chance de découvrir de divines parutions qui pourraient convertir le plus obtus des amateur de single malt aux whiskies Canadiens (Highwood Distillers – LB Distillers – Mastersons – Whistle Pig) évidemment non disponibles ici. À souligner, l’arrivée prochaine de nouveaux venus dont nous avons eu la chance de goûter les échantillons « work in progress », le Stillwater rye, le divin Shelter Point, le singulier Pemberton. Avec des Highwood Distillers Calgary Stampede 25 ans à 60$ la bouteille, un Alberta Premium 30 ans à 49$… le marché des whiskies Canadiens ne demande qu’à se livrer aux amateurs de whiskies. Pouvons-nous blâmer le protectionnisme Écossais? Jamais l’industrie du whisky Écossais n’aura été aussi près d’une remise en question aussi drastique, déchirée entre une demande implosante, de la problématique grandissante de la gestion des stocks et des barils (influant sur la qualité des barils), de l’explosion faramineuse des prix. Peut-on aussi blâmer le consommateur de tenter de trouver des alternatives à cette montée exponentielle du prix des single malts?

RV:
Plus que jamais, la mondialisation des whiskies: des distilleries artisanales américaines continuent de se matérialiser un peu partout, mais la même chose du côté canadien, de l’Europe et de l’Asie. Du côté de l’Écosse, on semble encore très frileux, (peut-être dépouillé d’une couche d’imagination par les règlements SWA) mais on a quand même droit à des éditions standards (Glen Garioch) très intéressantes. Et comme la mondialisation n’apporte pas que des bonnes choses, encore cette année nous avons eut droit à des whiskies-marketing; après tout pourquoi les financiers des distilleries s’arrêteraient de créer de faux whiskies rares douteux lorsqu’ils se vendent si bien, même si le soin semble plus être sur le contenant que le contenu (que feront-ils lorsqu’il ne restera de dieux au Valhalla?). Et difficile de justifier l’augmentation totale d’un range malgré les pseudos-raisons de sélection de barils des rois de l’autosuffisance distillée (un indice: leurs nouveaux whisky ne sont ni de beaux joyaux ni de précieux métaux). Il faut donc savoir apprécier les grands classiques (après plus de 1500 autres whiskies, le Lagavulin reste mon favori) et les valeurs sûres (le Bunnahabhain 12 ans ayant été ma « petite bouteille facile » favorite).

Patrick:
Allons-y pour les “plus” et les “moins” de 2013… Les « plus » : Les artisans qui nous créent de superbes whiskys originaux aux quatre coins de la planète. En premier lieu les courageux entrepreneurs qui lancent des micro-distilleries aux quatre coins du monde : leur expériences nous font découvrir la richesse insoupçonnée de notre alcool favori. Ensuite, les employés des distilleries établies depuis des siècles qui haussent continuellement la barre de la qualité: les whiskys médiocres se font de plus en plus rares à notre plus grand plaisir. Les « moins » : L’industrie, autant les producteur que « le » distributeur québécois. L’industrie, pour nous vendre à un prix éhonté des bouteilles qui, bien qu’elles soient de très bonne qualité, coûtent à produire une fraction du prix qu’elles sont vendues. Du capitalisme comme on aime l’haïr. Ensuite, la SAQ, ce monopole d’État des années 1920… Qui existe encore aujourd’hui simplement à cause du manque de courage du gouvernement qui n’ose pas affronter les puissants lobbys représentant tout ceux qui s’enrichissent au dépends du peuple québécois, qui paie trop cher pour un choix trop limité. Du socialisme comme on aime l’haïr. Aussi, je ne saurais passer sous silence la nouvelle tendance des « no age statement ». Je suis d’accord avec le principe qu’il n’est pas nécessaire d’attendre 10 ans ou plus pour déguster un whisky de qualité. Toutefois, cette nouvelle façon de faire fera en sorte que nous nous retrouverons à payer des prix abusifs pour boire de bons whiskys, alors que ceux-ci étaient jusqu’alors vendu à un prix raisonnable compte tenu de leur jeune âge.


Déception de l’année

André:
Pittyvaich 20 ans
Se faire escroquer de la sorte, y’a des gens qui vont en prison pour moins que ça. Aussi à souligner, l’infâme Bastille 1789 mais à un prix raisonnable.

RV:
Pittyvaich 20 ans
Une triple déception: après des années à lire les désastreuses évaluations de Jackson et Murray à propos du liquide s’écoulant de cette distillerie, enfin j’ai pu gouter à un . Certes, il n’est pas bon; difficile de trouver du positif et au-delà du goût, le prix exorbitant en fait qu’un whisky à gouter de manière fortuite. Mais ce qui est une plus grande déception, c’est qu’il n’est pas si mauvais (très mauvais, mais pas extrêmement). Quand un whisky ne réussit même pas à décevoir totalement, on le réserver pour les blends… ou la fermeture de sa distillerie.

Patrick:
Pittyvaich 20 ans
Peut être pas le pire au goût, mais définitivement le pire rapport qualité/prix que j’aie jamais vu. Comment peut-on oser vendre un produit si infecte à un prix si élevé? La distillerie a beau être fermée, elle l’a justement été car elle n’arrivait pas à produire un produit de qualité. De vendre le contenu des quelques futs restants à un tel prix démontre que Diageo prends ses clients pour des cons. Et ces derniers semblent lui donner raison puisque les bouteilles finissent tout de même par s’écouler…


Meilleur achat / prix SAQ

André:
Glen Garioch 1995
Si vous ne l’avez pas encore en main, c’est le must have de 2013. Noté plus de 90% par les 3 évaluateurs du site. Une qualité d’exécution rêvée pas plusieurs pour un prix dérisoire.

RV:
Shell Super sans plomb
Le meilleur whisky qu’on peut se procurer au Québec? On passe chez Shell pour faire le plein et on se sauve au New Hampshire ou dans l’état de New York pour acheter des bouteilles à la moitié du prix. Ou alors des bouteilles non disponible au Québec parce que le producteur est trop petit pour s’attaquer aux règles et à la voracité des dirigeants SAQ. Et ne surtout pas oublier de faire le plein avant de revenir: avec l’argent sauvé sur les taxes sur l’essence, vous pourrez vous payer un petit bourbon sympa, le tout bien sûr acheté directement et simplement au dépanneur du poste à essence.

Patrick:
Les rhums de la série « Plantation »
Une belle diversité de saveur, des nouveautés fréquentes, une qualité constante, et un prix raisonnable. Au niveau whisky, je n’ai toutefois rien de trouvé qui réunissait ces quatre conditions.


Meilleur whisky d’ailleurs (whiskies du monde)

André:
Michel Couvreur Candid
Découverte méconnue de bien des amateurs, parfois à cause du prix de certains embouteillages, on aura découvert cette années de beaux embouteillages de Michel Couvreur, qui aura su pousser l’utilisation des fûts de sherry à son paroxysme. Dommage que cette année, nous ayons aussi perdu ce personnage hors-norme du milieu du whisky. Je lève encore un verre à votre santé M Couvreur. C’est certes un bel héritage que vous nous avez laissé…

RV:
Michel Couvreur Candid
Après le Blossoming Auld Sherried de l’an dernier, le regretté Michel Couvreur nous as sorti une édition jeune et surprenante; toujours son vieillissement en sherry, mais cette fois-ci avec un distillat qui semble directement venir d’Islay, de Bowmore probablement. Un prix peut justifiable de 140$ pour un whisky qui semble ne même pas faire les dix ans, mais un goût qui m’a fait mes gros sous de Séraphin. Peut-être vaudrait-il en acheter quelques bouteilles? Les tableaux de Dali se vendait pas très chers immédiatement après sa mort.

Patrick:
Michel Couvreur Candid
J’espère que la concurrence sur ce front inquiète un peu nos amis écossais. Mon choix pour cette catégorie fut agréablement difficile compte tenu de la qualité et du choix qui vont sans cesse en croissant. Enfin, toujours est-il que mon choix de l’année est né en Écosse, mais a été élevé de main de maître en France par l’équipe du regretté Michel Couvreur.


Meilleur whisky canadien

André:
Highwood 25yo Calgary Stampede (6,000 bottles limited edition)
Mon choix initial était le Whistle Pig 10yo mais dû à l’ambigüité crée par la provenance du dit nectar distribué aux USA… Superbe création ce Highwood 25ans, avec ses notes de pâtisseries et de pain, sa texture soyeuse et crémeuse et son prix dérisoire de 52$…pour un 25 ans d’âge. Ma plus haute note au CWA 2012/2013 à l’aveugle.

RV:
Stillwater Stalk and Barrel #3
Difficile de ne pas flancher pour une distillerie qu’on a pratiquement vu naître, mais lorsqu’à gauche et à droite je vois les autres critiques encenser leur création, je sens que mon attachement pour leur liquide est justifié. De plus, à l’instar des whiskies de Forty Creek, leurs nouveaux whiskies sont définitivement hors du stéréotype « good ole canadian rye ». Une bouteille (à mon avis un peu rétrograde côté design) à découvrir, en version cask strength ou même l’édition normale.

Patrick:
Forty Creek Heart of Gold Reserve – 2013 Special Release
Vous ne savez pas de quoi je parle? C’est normal, il est disponible dans 9 provinces canadiennes… Bref, « coast-to-coast », sauf au Québec. Enfin, toujours est-il que ce rye whisky est une autre réussite de notre ami John K Hall. J’aimerais bien le voir continuer à expérimenter avec d’autres types de whisky… A quand le single malt ou le « bourbon canadien »?


Meilleur whiskey américain

André:
George T Stagg 2013 Edition
Après avoir attendu 12 ans avant de mettre une bouteille, je me suis dit que ça a avait valu la peine d’attendre afin d’avoir un bagage qui m’aura permis d’en apprécier la qualité. Une bombe américaine livrée à un taux d’alcool décoiffant de plus de 70%.

RV:
Balcones Brimstone
Après quelques années d’expérimentation certes hors normes, Balcones me couple le souffle avec son Brimstone. Tel que le Black Dog de MB Roland, Chip Tate s’attaque à la fumée d’une manière toute originale, et ce que l’on retrouve dans le Brimstone n’est pas une imitation d’Islay mais une symphonie de la fumée dans un tout autre registre, plus métal que végétal. Originalité, surprise, force.

Patrick:
Balcones Baby Blue
Original, suave, éclatant et « fun ». Non seulement le meilleur américain, mais un finaliste au meilleur whisky de l’année.


Meilleur Whisky de 2013

André:
Bowmore 1985-2012 26 ans – Édition limitée
Pas de doute, Islay… La tourbe envoûtante vous caresse le nez dès le départ et les fruits du fût de sherry – enrobé de chocolat noir – tendrons rapidement la main aux notes maritimes afin d’entamer ce long slow cochon. Les embruns salés applaudiront la réunion de ces éléments réunis avec un équilibre incroyable. La texture en bouche est crémeuse et soyeuse, l’alcool espionne dans un coin discrètement, d’autres couples se joindront à la danse; oranges et chocolat, fruits rouges et sherry, sel et tourbe, mélange de miel et de toffee chauffé également. La finale est en tout en développement, l’alcool prendra un peu de vigueur, le sel gagnera en importance avant le retour des fruits rouges et des cerises marasquin. L’équilibre parfait de tout les éléments… Simplement inoubliable.

RV:
Finger Lakes Peated Experiment
La fumée était à l’honneur cette année il faut croire: encore plus que le Brimstone, le whisky que j’ai le plus aimé cette année fut sans contredit l’expérience que fait actuellement la distillerie artisanale Finger Lakes avec la tourbe. Un tour de force en plus car le grain ou la tourbe est toute américaine et non pas importé d’Europe. Mais ce qui fait encore plus sa force et la force du bois qui s’exprime si bien au travers de toute cette tourbe. La bouteille dont j’attend le plus l’arrivée en tablette dans les années futures.

Patrick:
Bowmore 1985-2012 26 ans Édition limitée
Ma distillerie culte a encore méritée sa place dans mon cœur en nous offrant ce sublime nectar. Dans la catégorie « whisky to live for ». Aussi, mention spéciale à Macallan pour leur 1955 : compte tenu de la rareté du produit, je trouvais un peu injuste de le nominer.

Revue Québec Whisky 2012

Introduction

André:
Année de « Faux pas » et d’essais douteux? Bousculés par l’apparition grandissante de nombreuses microdistilleries de part le monde, le marché Écossais tente de se renouveller. Celles-ci n’étant pas soumises aux mêmes lois et n’ayant pas à suivre une idéologie historique (parfois intouchables) des vieilles distilleries, ont le champ libre à l’essai. Après de multiples efforts parfois réussis, parfois douteux de Bruichladdich, la distillerie aurait trouvé sa niche. Personnellement, je trouve que celle-ci n’est pas encore bien définie et qu’arrivera-t-il avec l’après McEwan ? Et Laphroaig qui tente de réinventer son classique en essayant l’affinage en fût de PX (fail) et le douteux Ardbeg Galiléo Marsala Cask ou on espère poursuivre les bons résultats d’affinage de Glenmorangie en les appliquant à Ardbeg (fail #2). L’industrie Écossaise doit se réinventer, cela devient une priorité.

RV:
Après des centaines de whiskies et 10 ans d’expérience, 2012 a été un retour aux sources. Beaucoup de ceux qui m’ont le plus marqué ont été les éditions standards ou les nouvelles versions (batches) de vieux classiques. Certes le marché est toujours en mutation, il y a encore quelques éditions où le marketing dépasse le goût (entre autres la série des très ordinaires HP Saint-Magnus, Thor et autres déités douteuses) ou bien où un revendeur a dû acheter un baril 1$ parce que teinté de sulphure (Old Malt Cask et son infect Mortlach 21YO). Toutefois j’ai encore eu droit à plusieurs surprises, autant du côté des nouveaux (King’s County Bourbon) que des anciennes (Glenglassaugh Revival), même des revendeurs avec le scintillant Linkwood Côte Rôtie, peut-être le meilleur whisky embouteillé par une tierce compagnie de ma vie.

Patrick:
Somme toutes, 2012 fut une belle année pour les consommateurs de whiskys du monde et du Québec. Au niveau choix, le nombre de micro-distilleries explose, ainsi que le nombre d’embouteillages généralement intéressants provenant de nos distilleries favorites (contrairement à André, j’adore l’Ardbeg Galileo!). Même notre monopole d’état favori, la SAQ, nous a offert cette année plus de nouveautés que jamais (bon, nous sommes encore loin de pouvoir dire que le choix y est intéressant, mais il y a tout de même une légère amélioration). Nous pourrions nous plaindre que les prix suivent une courbe ascensionnelle motivée par l’appât du gain des actionnaires et des gouvernements… Mais les lois du marché indiquent que nous sommes malheureusement toujours prêts à sortir quelques dollars de plus pour nos bouteilles favorites. Bref, ma conclusion est que tant qu’il s’ouvrira régulièrement de nouvelles distilleries, nous pourrons considérer que tout va pour le mieux (mis à part notre budget personnel).


Déception de l’année

André:
Le contenant plus que le contenu
Cette dernière année aura vu de belles mises en marché livrant des produits parfois fort ordinaires, surtout pour le prix demandé. Le Highland Park Thor, en particulier qui m’a déçu au plus grand point et mes attentes étaient grandes il faut le dire, Highland Park étant ma distillerie fétiche. Un peu la même chose pour le nouveau Bruichladdich 10 The Laddie Ten, vanté par plusieurs sur le net mais qui m’aura laissé sur ma faim. Aimer le whisky c’est aussi un plaisir pour les yeux et pour la présentation mais au final, c’est ce qu’il y a dans mon verre versus ce qu’il reste dans mon porte feuille qui sera le dernier juge et cette année aura été de celles où j’en aurai eu souvent peu pour le prix déboursé.

RV:
Glenfiddich, en générale et en particulier
Après le 102 proof, je m’attendais à du renouveau de la part de Glenfiddich, quelque chose qui fasse que lorsque je vois une de leurs bouteilles, je puisse voir autre chose qu’un single malt pour bars qui ne s’y connaissent pas en whisky. Toutefois, le Age of Discovery me prouve à quel point cette distillerie fait dans l’anodin, le malt ennuyeusement poussée à sa plus anonyme forme. D’accord, l’emballage est très rétro chic, mais un meilleur marketing et une facture facilement 100$ trop cher n’excusera jamais un whisky pas vraiment meilleur que leur réserve spéciale (tout de même à 47$ en SAQ, prix qui malgré toutes les taxes commencent à être trop cher pour un single malt moins bon que certains blends ordinaires).

Patrick:
Me faire prendre pour un con
Les distilleries qui persistent à sortir des nouveautés au taux d’alcool minimum prévu par la loi, soit 40%. Les consommateurs étant de mieux en mieux éduqués sur les critères qui font d’un whisky un produit de qualité, j’ai l’impression de me faire prendre pour un con lorsque je vois Glenfiddich sortir un produit tel que le « Age of Discovery » à 40% d’alcool. On a mis l’accent sur le packaging (ce que j’aime bien), on a produit un whisky qui semble excellent, mais on a laissé le comptable gérer la fermeture du robinet d’eau. Résultat : un whisky qui goûte l’eau. Je ne peux passer sous silence un autre exemple de distillerie qui nous prend pour des cons : Dalmore! La qualité de leur whiskys a pris une débarque monumentale, mais je dois admettre que leurs bouteilles sont parmi les plus belles! Bref, de beaux produits pour de riches cons.


Pire Whisky

André:
Thor Boyo
Cette même tourbe pas agréable du whiksy Armorik, terreuse et de pourriture organique, quelques fleurs éparses, pêches, abricot, et du sucre assez rond. Nul à chier en bouche, on cherche la texture…et les arômes. Ressemble plus à une eau-de-vin qu’à un whisky.Un peu de piquant en bouche. Finale inexistante ou presque, léger végétal et vanille…et toujours ce fond de tourbe pourrie très organique.

RV:
Thor Boyo
Des produits locaux et fermiers? Vive la campagne. Pas sérieux, non prétentieux (assez pour écrire sur l’étiquette « celui qui va en boire va chier »)? Excellent… sauf que ça prend tout de même de la qualité, chose que l’on ne retrouve pas du tout dans ce « whisky » qui pousse l’audace avec un prix avoisinant les cent dollars. Assez onéreuse comme blague, aussi cher qu’un ennuyant Macallan mais qui au moins n’est pas repoussant, il s’agit ici d’un maudit français qui aurait dû rester dans son pays. Pour plus de détails et de méchancetés, consulter la critique du Thor Boyo.

Patrick:
Thor Boyo
Le problème lorsque la demande pour un produit tel que le whisky explose, est que pour répondre à cette demande croissante, plusieurs entrepreneurs s’improvisent producteurs de whisky et nous préparent un peu n’importe quoi et n’ont aucune honte à vendre le tout à un prix mirobolant. Seul point positif : avec un tel nom, on ne devrait pas se plaindre, nous avions été prévenus!


Autres spiritueux de l’année

RV:
Gelas Single Cask Double Matured
Oui, un très peu subtil essai de copier le marché des single malts: l’appelation, la bouteille… et malheureusement le prix aussi. Toutefois, le concept est appuyé d’un armagnac de très haute qualité, supérieur à beaucoup de cognacs à plus du double du prix. Pour l’amateur de whisky doux, de whisky tout court ou simplement de n’importe quel spiritueux bien conçu, cet armagnac prouve que la qualité et le terroir ne sont pas une exclusivité d’Islay.

Patrick:
Téquila 1800 Anejo, suivi de près par le Botanist, le gin de Bruichladdich
Difficile d’arrêter sa décision sur uniquement une bouteille compte tenu de l’étendue du choix…Mon spiritueux préféré a toutefois été la Tequila 1800 Anejo, mais il faut dire que mon coup de cœur va définitivement au Botanist, le gin de la distillerie Bruichladdich. Je suis heureux de voir les écossais mettre leur savoir-faire à l’œuvre sur d’autres spiritueux.


Meilleur whisky vatted/bended/grain

André:
Compass Box The Last Vatted Malt
Wow… Nez punché et relevé. De la belle tourbe d’Islay bien sucrée, du citron, des fruits. Un nez évolutif et tout en contrastes. En bouche, il est complet et généreux; beaucoup de fruits et un mix de sherry, de miel, de chocolat, de fumée, de sel et de saveurs que l’on retrouve dans les bourbons. Finale huileuse; une ode aux whiskies d’Islay; sel, tourbe et fumée. Merveilleusement délicieux.

RV:
Clan Denny North British
Une année un peu maigre au niveau des blends et des single grains, même s’il reste encore d’excellentes découvertes à faire dans le rayon des single grains, sans compter le plaisir quand on en croise un au travers de moins intéressantes bouteilles de blends plus ou moins bon marché. Par exemple, ce North British, à un prix toujours intéressant pour un whisky de 30 ans, démontre toute la profondeur dont ce type de whisky (pas assez exploité à mon goût) est capable. Si seulement Diageo pouvait commercialiser ceux qui trainent dans leurs entrepôts de Valleyfield…

Patrick:
MacKinlay’s blended malt
Une belle histoire, un beau packaging et surtout un excellent whisky. Ce whisky est supposé être une réplique d’un whisky abandonné par une expédition en Antarctique au début du XXème siècle. Est-ce que la reproduction est exacte? On s’en fout! Le whisky est excellent, offre une complexité et un raffinement exceptionnel, alors que demander de plus? Définitivement mon coup de cœur de l’année!


Meilleur whisky d’ailleurs (whiskies du monde)

André:
Mackmyra Reserve Single cask # TA-808:45
Nez de fruits couleur rubis. Wow, c’est riche comme nez, très élégant, sexy. Fruits rouges sirupeux, cerises, Cherry Blossom, nez campagnard de fruits des champs et de confiture. Texture langoureuse, soyeuse, très impressionnante. Explosion de fruits dans leur sirop, pastille aux cerises. Peut ressembler à un whisky d’affinage en fût de cognac sans le côté asséchant. Que c’est bon…….après trois verres je suis toujours estomaqué par la complexité et l’effet enrobant de ce whisky. Un whisky entier jusque dans sa finale interminable en maelstrom de fruits capiteux. Un Smörgåsbord de fruits. Comme disait Jonathan Luks, représentant de Mackmyra « Age doesn’t matter, it’s all about taste ». This is it ! Bravo!

RV:
Michel Couvreur Blossoming Auld Sherried
De bons produits du Japon (dont le tourbé Hakushu Heavily Peated), les Irlandais une fois de plus ne semble pas vouloir offrir de bons produits, mais après mon pire whisky de l’année jamais je n’aurais cru que mon meilleur whisky du monde aurait été fabriqué en Écosse mais élevé en France. Et quelle éducation! Dans la trempe des meilleurs Aberlour Abunad’h, le sherry est maitrisé et pousse le malt en terrain merveilleusement inconnu. L’éducation a malheureusement un prix (287$ dans ce cas) mais pour un single malt de plus de 20 ans, l’attente valait la peine aussi. Voyez la critique du Blossoming Auld Sherried pour vous mettre l’eau à la bouche.

Patrick:
Mackmyra Reserve Single cask # TA-808:45
Original et exceptionnel! Mackmyra fait partie des rares distilleries dont je recherche un maximum d’embouteillages.


Meilleur whisky canadien

André:
Canadian Rockies 21 ans (Taiwan exclusive)
Thanx to the Canadian Whisky Awards et Davin de Kergommaux. Ce rare embouteillage m’a simplement renversé. Un exercice sur les céréales et la douceur du miel. À égalité avec le Forty Creek Bourbon tiré le da session « Whisky deconstructed » avec John K Hall. L’industrie du whisky Canadien est en bonne santé et merci à John K Hall pour sa grande contribution. Reste juste la SAQ qui tire de la patte afin d’entrer les reste de ces produits au Québec. Nul n’est prophète dans son pays…

RV
Forty Creek Rye Cask
Ce ne sont pas toujours les meilleurs boissons qui se rendent sur les tablettes et vivement les activités du Club de Whisky de Québec (vive l’autopromotion présomptueuse!) pour découvrir un élixir de la trempe du Forty Creek Rye Cask, tel que fabriqué par John K. Hall avant d’être blendé. Une autre de mes découvertes 2012, le rye est sûrement le grain le plus tempéramental; dans cette déclinaison il est doux, pas trop aigre ou épicé, bien dosé et bien marqué à la fois. Aussi divin à 40%, je me demande ce qu’il aurait pu arriver de mon choix de whisky de l’année si ce rye cask avait été de surcroît embouteillé cask strength.

Patrick:
Forty Creek Copper Pot Still
Les whiskys canadiens commencent à être de plus en plus intéressants et ce, en grand partie grâce à des distilleries telles que Forty Creek. Et lorsque celle-ci nous donne une superbe nouveauté à moins de 30$ (évidemment, non disponible sur les tablettes de notre monopole d’état, la SAQ), c’est en quelque sorte un coup de pied au c… à l’ensemble de l’industrie du whisky! Oui, il est possible de créer un produit « régulier », excellent et pas cher. Bravo et merci!


Meilleur whiskey américain

André:
Buffalo Trace Single Oak Project Batch 61
Il fallait le faire et BT l’ont font… une expérimentation débouchant sur 191 bouteilles différentes. Différents types de warehouse, de coupe de bois, de recette… un exercice qu’il fait bon apprécier lorsque vous pouvez trouver les dites bouteilles, pas données d’ailleurs (50$ le 375ml). Cette batch, un wheat whisky est superbe, si doux, si bien balancé. Pas trop loin par contre des bourbons traditionnels avec son voyage de fruits rouges et l’abondance de sucre. Un whisky tellement réconfortant que j’ai savouré le 375ml en une seule soirée – tout seul – devant un bon feu de foyer.

RV:
Parker’s Heritage Cognac Finish
Certainement, j’ai encore pu goûter à de très bonnes sorties de microdistilleries mais c’est une bouteille très risquée pour une mégadistillerie assez traditionnelle (Heaven Hill) que j’ai retenue comme mon meilleur whiskey américain. À une ou deux éditions spéciales par année avec une vraie rareté, un marketing qui me plait presqu’autant que le liquide dans la bouteille. Issu d’une finition en fût de spiritueux français, le Parker’s Heritage Cognac Finish a su garder le contrôle tout en laissant une très belle place au raisin du cognac et à sa part de blé qui constitue sa recette.

Patrick:
Willett Pot Still Reserve
Un peu un gagnant par défaut… Il s’agit d’un bon bourbon, mais il va sans dire que les grandes distilleries américaines ne m’ont pas impressionnées depuis longtemps. Leurs produits sont monotones, et leur seul attrait réside souvent dans leur prix. J’aurais espéré que la prolifération de micro-distilleries au pays de l’Oncle Sam les auraient un peu motivées à faire quelque chose de différent, mais non. Bof.


Meilleur scotch whisky

André:
Laphroaig Cairdeas 30 ans
Après 12 ans de dégustation et près de 1500 whiskies goûtés, on devient peut-être un peu plus difficile à impressionner. Ce Laphraoig 30 ans m’a fait hésiter aussi avec le Lagavulin 21 ans mais à environ le même prix (plus de 1000$ et 5 ans de plus au Lagavulin pour 1000$ de plus que l’édition 16 ans régulière…you kidding ?!) ce Cairdeas Limited Edition m’a mis dans tout mes états. Le paroxisme pour un amateur de whisky, ce nectar est de la trempe du Saint-Graal, difficile à trouver mais quel plaisir à savourer. Merci à Marie-Lou et PL de m’avoir rapporté le sample directement de la distillerie.

RV:
Aberlour A’bunadh batch 40
Le bon vieux A’bunadh, rien goûter de mieux dans l’année? Oui, et non. Premièrement, il s’agit du BON vieux A’bunadh, une fois de plus dans une version différente de celles des dernières années. Un peu à l’image du Glenrothes 1995 de l’an dernier, c’est un calcul difficile pour une distillerie de sortir un whisky qui doit s’inscrire dans une ligne directrice mais qui doit aussi sortir du lot pour plaire aux grands amateurs. Cette fois-ci avec des accents de pomme et de fruits, toujours avec un taux d’alcool challengeant, le Aberlour A’bunadh batch 40 se révèle comme une toute simple bouteille chaleureuse et délicieuse.

Patrick:
Lagavulin 21 ans
Il ne s’agit pas réellement d’une nouveauté 2012, mais compte tenu de la difficulté que j’ai eu à mettre la main dessus (merci Mireille), je me permets de la présenter ici. Mon whisky préféré âgé 5 ans de plus? Ca ne pouvait qu’être excellent! Les nouveautés de cette distillerie sont trop rares, mais bon, avec cette nouvelle édition, elle a le « prestige » d’offrir 2 des 3 whiskys de mon top 3 personnel toutes catégories!


Meilleur Whisky de 2012

André:
Balvenie TUN 1401 Batch #3 US Release
Difficile d’être déçu avec Balvenie, pas toujours surpris par contre, mais très rarement déçu. Balvenie suit sa ligne directrice, bien tracée avec des variantes d’embouteillages en embouteillages. Celle-ci éclipse haut la main sa sœur (par alliance) Glenfiddich et continue d’être la distillerie sous-estimée. La session dédié exclusivement à Balvenie donnée au club au printemps a renoué mon amour avec cette distillerie et ses superbes réalisations; le 30 ans, divin, le 15 ans et ses single cask, le 21 en fût de sherry, l’abordable Double Wood, les rhum finish et ce renversant TUN 1401 qui en aura étonné plus d’un…

RV:
Buffalo Trace Single Oak Project Batch 61
Un concept effronté: sortir plus d’une centaine de recettes différentes (différentes proportions de grains, différents planches de baril, différents séchage de baril, etc) et voir ce qui arrive. Dans ce 61e projet, c’est une recette de blé qui a retenu mon attention, spécialement lorsque plus tard j’ai pu goûter à exactement la même recette mis à part la teneur de blé qui avait céder le pas au seigle. Bien que malheureusement je n’ai goûté que deux recettes sur les dizaines et dizaines disponibles (peut-être pas si malheureux pour mon foie finalement), l’édition 61 n’est pas seulement la meilleure recette, non seulement le meilleur whiskey américain mais le meilleur whisky tout court que j’ai goûté en 2012. Au-delà de l’expérience très intéressante, le goût de ce Buffalo Trace Single Oak Project #61 fait foi de tout. Et vive le bourbon.

Patrick:
Ça dépend!
Selon les « points », définitivement le Lagavulin 21! Au cœur, le MacKinlay’s règne en maître. Au rapport qualité-prix, j’aurais apprécié que le Forty Creek Pot Still ait un peu plus de compétition. Enfin, pour paraphraser RV, le meilleur whisky est celui auquel je n’ai pas encore goûté! Bonne année 2013!strong

Séduction et Whisky

Votre conjoint(e) est jalouse de la passion que vous portez à votre collection de bouteilles de whiskies? Voici comment passer une soirée inoubliable avec vos deux amours en même temps! Nous allons donc (re)découvrir des whiskies que vous pourrez déguster avec l’être aimé, que vous soyez un gars qui veut partager sa première passion avec sa blonde, ou une fille qui veut s’immiscer entre son chum et ses rivales!!!

En fait, pour aider la néophyte de votre coeur à apprivoiser le whisky, le truc est souvent de bien le présenter et de le de marier avec une sucrerie. Comme premier exemple, nous utiliserons une façon de déguster le whisky que je m’étais toujours refusé: le boire congelé! Commencez par laisser une bouteille de Johnny Walker Gold 18 ans dans le congélateur pendant toute la nuit, puis servez-le dans un verre qui aura passé la nuit avec la bouteille… (tant qu’à être dans la thématique amoureuse) Puis, allez chercher un bon chocolat pas trop fort tel que le Michel Cluizel, 1er cru de plantation, chocolat au lait de 50% de cacao.

Vous avez donc maintenant tout en main pour procéder à l’expérience: Prenez le chocolat en bouche et laissez le fondre tranquillement. Puis, lorsqu’il aura bien enveloppé votre palais et votre gorge, buvez votre whisky en vidant votre verre d’un trait (je n’ai jamais bu mon whisky ainsi non plus!). La sensation devrait être surprenante pour vous et agréable pour votre amie que vous initiez.

Voici quelques notes de dégustation au sujet de ce whisky afin d’épater votre muse par vos talents gustatifs:

Johnnie Walker Gold 18 ans

40% alc./vol.
Nez: Malt et légère crème. Goût: Malt, crémeux, soupçon de raisin, caramel et miel. Finale : Malt frais, crème légère, multidimensionnelle. Glacé: Le chocolat et le whisky se marient très bien, pour nous laisser un goût rafraichissant où se mélangent le caramel, le miel et un soupçon de raisin. Commentaire: Je suis impressionné par le résultat: c’est agréable au goût et ça descend bien! Ce qui est perdu au niveau de la complexité des saveurs à cause de la température du whisky est récupéré grâce au chocolat et à la sensation très rafraichissante!

Continuons donc nos expérimentations, sans perdre de vue que nous faisons évidemment tout cela en pensant uniquement au bonheur de notre amour. Dirigeons nous vers le Speyside, la région d’Écosse qui est au whisky ce que Bordeaux est au vin. Les single malt de cette région sont réputés pour leur élégance : nous y retrouvons souvent des notes florales de bruyère, du miel et parfois une belle nuance tourbée très discrète.

Maintenant que l’élue de votre coeur s’est rendue compte qu’il était possible de ne pas détester le whisky, présentez lui les single malt de la même façon que vous les appréciez, ou presque! Ici encore, commencez par prendre un bon chocolat au lait (toujours 50% de cacao – oui, nous recommandons habituellement des chocolats plus forts en cacao aux amateurs de single malt, mais il ne s’agit pas de notre public cible aujourd’hui!). Laissez-le fondre en bouche. Puis, portez à vos lèvres un verre de Macallan Sherry Oak 12 ans.

La technique habituelle de dégustation des single malts s’applique plus que jamais : regardez, humez puis prenez une toute petite gorgée que vous garderez en bouche le temps que votre salive imbibée de chocolat enveloppe le whisky. Voici quelques notes de dégustation pour vous guider:

Macallan Sherry Oak 12 ans

40% alc./vol.
Nez: Vanille avec une note de gingembre, fruits séchés, sucre du xérès et fumée de bois. Goût: Onctueux, fruits secs et xérès généreux, nuancé d’épices et de notes fumées. Finale: Caramel écossais onctueux et fruits secs, épices et notes fumées qui se mélangent admirablement bien avec le chocolat. Commentaire final : Whisky plein de subtilités, riche et intense, qui saura plaire à l’amateur sérieux autant qu’à la débutante qui le dégustera avec un bon chocolat. Elle aura en fait l’impression de manger un chocolat aux piments, ce qui devrait aider à inspirer un fin de soirée plus… pimentée!

Si vous voulez impressionner votre charmante compagnie par votre culture, vous pourrez lui expliquer que Macallan apporte un soin presque maladif à ses whiskies! En effet, ils vont jusqu’à être propriétaires des forêts en Europe et aux Etats-Unis où poussent les chênes qui servent à fabriquer les barils utilisés pour le xérès ou le bourbon. Ces barils sont ensuite envoyés en Écosse, où ils servent à faire mûrir le Macallan.

Juste avec une telle mesure, Macallan s’identifie comme un fabriquant de premier plan. Mais ce n’est pas tout: Ils utilisent aussi une bonne proportion d’orge « Golden Promise », car selon eux, elle donne de meilleurs résultats au goût et ce, malgré qu’elle soit plus coûteuse à produire. Et ceci est loin d’être suffisant pour eux: Ils utilisent également le plus petit cœur de chauffe au monde soit seulement 16%. C’est-à-dire que 84% du produit de la distillation ne pourra aller directement dans une bouteille portant le nom « Macallan »…

Enfin, une dernière expérience qui saura conquérir le coeur le plus glacé. En fait, ici nous trichons un peu car il ne s’agit pas vraiment d’un whisky, mais plutôt d’une liqueur à base de whisky, avec un taux d’alcool comparable à celui du porto, à 25%. Il s’agit d’une belle surprise de l’une des meilleures distilleries du Speyside qui a délicieusement balancé son single malt avec du sirop d’érable et des noix de pacanes: le Macallan Amber.

Macallan Amber single malt scotch whisky liqueur

25% alc./vol.
Nez: Pacanes rôties et érable. Goût: Erable, pacanes. Caramel, un peu d’épices. Sucre. Le malt ne fait que supporter admirablement le tout. Finale: Longue et douce, sucrée… D’abord l’érable, ensuite les pacanes. Commentaire : Une excellente façon de terminer votre souper en tête à tête pour passer à autre chose!

Ces trois expériences vous permettront, je l’espère, de passer une agréable soirée en réunissant autour de vous vos principales passions. Évidemment, il est tout à fait recommandé d’ajouter à ces suggestions des chandelles, de la musique délicate, un bon feu de foyer et quelques pétales de roses!

Bonne soirée!

Juger les meilleurs whiskies canadiens: l’expérience

Le 19 janvier prochain aura lieu les Canadian Whisky Awards 2011 dans le cadre du Festival de Whisky de Victoria, en Colombie-Britannique. Lors de cet événement, les prix et les médailles seront attribuées pour les meilleurs whiskys canadiens. Pour déterminer les gagnants, des juges ont été sélectionnés parmi des auteurs, des bloggeurs et des experts dans le monde du whisky. Ils font équipe avec Davin DeKergommeaux. Davin est un auteur qui publie le www.canadianwhisky.org, contribue entre autre au Whisky Magazine, a participé au plus récent World Whisky Atlas de Dave Broom et a écrit son propre livre à paraître ce printemps. Il est un des trois Malt Maniacs Canadiens.

M. DeKergommeaux a demandé à André Girard, l’un des fondateurs du Club de Scotch Whisky de Québec, de faire partie du panel de juges pour sélectionner les meilleurs whiskies canadiens. Juger des scotchs au delà d’une note de dégustation n’est pas monnaie courante pour les amateurs de scotch. En fait, qu’est-ce que cela implique au juste d’être juge ? Quel est le processus ? André a bien voulu partager avec les membres du Club et les internautes, son expérience.

Le panel

André fait partie d’un panel de 6 juges provenant d’un océan à l’autre: de la Colombie Britannique, Lawrence Graham de whiskyintelligence.com, de l’Alberta: Chip Dykstra de therumhowlerblog.wordpress.com. Le juge de l’Ontario est Kris Shoemaker dailydramaddicts.blogspot.com. De l’Atlantique: Jason Debley jason-scotchreviews.blogspot.com. Également faisant partie du panel et représentant les États-Unis, le journaliste Mark Gillespie de whiskycast.com.

La tâche

Les juges ont reçu 32 petites bouteilles avec des échantillons des whiskies. Chaque échantillon est numéroté donc, il s’agit bien d’une dégustation à l’aveugle. Chaque juge devaient établir une note globale pour chaque échantillon avec l’option d’écrire une note de dégustation détaillée.

Il a été suggéré aux juges de déguster quatre à six whiskies à la fois et d’établir un pointage rapide, spontané, de les enregistrer et d’y revenir plus tard en goutant les ceux qui avaient reçu une note similaire lors du premier tour. L’exercice est assez objectif.

Une première

André en était à sa première expérience : « Recevoir la boite d’échantillons à la fin novembre, c’était comme Noël avant le temps! Je vivais aussi un peu de stress aussi parce que le train était maintenant bien en marche et j’étais à bord. »

André explique également que les délais ajoutaient aussi un peu de pression. Avec les vies occupées que nous avons, il est important de se faire un échéancier et surtout… « Prier pour ne pas avoir la grippe, car 10 jours sans être en mesure de gouter, ça fout en l’air ton échéancier. »

32 petites bouteilles, de couleur, d’odeur et de goût différent apportent son lot de difficultés. Il faut se trouver une méthode, une stratégie. André a donc gouté au lot de bouteilles une première fois en prenant des notes de dégustation sommaires et en attribuant une note dans une tranche de 10 points. Il a par la suite gouté une seconde fois aux whiskies s’étant vu attribué des notes semblables et selon les goûts similaires. Ce n’est pas l’idéal de boire un whisky épicé avant un autre whisky très doux et floral. Pour éviter de briser le rythme, il a séparé les échantillons par catégories similaires et il a goûté à nouveau aux whiskies du meilleur à celui qu’il a aimé le moins. Méticuleux, André a refait le même exercice une 3ième fois avec les meilleurs de chacune des catégories puis les meilleurs deuxièmes et ainsi de suite. Ceci demandait à André de boire combien de whisky par soir ? « J’étais habitué à une routine d’un whisky (en général) par soir mais là, je devais boire un minimum de quatre whiskies par soir pendant plus d’un mois. Je suis donc bien préparé pour les fêtes ! »

Les nommés

Étant donné le processus anonyme, André ne peut pas à ce moment nous parler de la qualité des produits goûtés et ceci, même s’il a su par la suite le nom lié à chacun des échantillons. Selon lui, il y a eu quand même de belles surprises et il a eu le privilège de goûter à des nouveautés qu’il ne connaissait pas. L’exercice lui a permis de revoir certaines évaluations effectuées au courant de la dernière année. Intéressant d’observer une constance, une stabilité dans les notes. Les échantillons goutés représentent bien le marché des whiskies canadiens en 2011.

Le bilan André ? « Je suis heureux d’avoir eu cette expérience, car elle m’a apporté beaucoup sur la façon d’aborder la dégustation des whiskies. Évidemment, j’aimerais bien refaire l’expérience l’an prochain ou dans un autre concours ! »

On remercie au passage Johanne McInnis, Whisky Lassie en personne, pour avoir posé avec les garçons et pour nous avoir laissé utiliser son cliché…

Que le meilleur gagne!

Dufftown, la Mecque du whisky

Après avoir été coincé à la distillerie Glenfiddich par une tempête de neige, j’ai dégusté un Glenfiddich 1959 valant plus de 3000$… le verre!
Duff1
J’ai eu la chance de visiter Dufftown, la « Mecque » du whisky, l’hiver dernier. Pourquoi la Mecque? Avec près de 10 distilleries de scotch, dont la fameuse Glenfiddich, ce village de moins de 1500 âmes produit environ 10% du whisky écossais! Voici donc le récit de cette visite plutôt exceptionnelle…

Je suis parti le 5 janvier au matin, en même temps que la Lune et les étoiles bref, vers 9h00 (l’ensoleillement ne dure que 7 heures ici, l’hiver) pour m’engager encore sur une charmante petite route pas assez large et déneigée de façon plutôt artistique : disons qu’il y a eu quelques « close miss » sur la route… En fait, pour croiser une auto, j’ai du aider la femme qui me croisait à pelleter l’accotement pour qu’elle puisse y garer son auto afin de me laisser le passage (elle était fière d’avoir 2 pneus d’hiver, contrairement à moi!). A une occasion, j’ai même perdu plus de trente minutes à cause d’un camion citerne qui était en diagonale sur la route (disons que j’étais plutôt heureux qu’il reste coincé là, alors qu’il commençait à glisser dangereusement dans ma direction!). Bref, j’ai pris près de 3 heures pour parcourir quelques 60 kilomètres… Toujours est-il qu’il est passionnant de rouler sur une route et de voir ces distilleries dont nous ne voyons que trop rarement les bouteilles au Québec, tel que Tormore, Aberlour, et autres…

Arrivé à la distillerie Glenfiddich à Dufftown, j’ai heureusement eu droit à un accueil des plus chaleureux de Ian Millar, Master Distiller et Global Ambassador avec qui j’ai effectué la visite des distilleries. La première, Glenfiddich, est celle qui produit le whisky single malt le plus vendu au monde, le Glenfiddich vieilli 12 ans. Elle produit aussi le Glenfiddich 15 ans Solera Reserve, qui figure également dans le top 5 mondial. Pas besoin de vous dire qu’elle est d’une taille impressionnante. Plus de 150 employés y travaillent et ils font vieillir près d’un million de futs de whiskys (à titre de comparaison, pour ceux qui m’ont accompagnés à Valleyfield, il y avait 450,000 futs) produits à l’aide plus de 25 alambics (à titre de comparaison encore, Glenora, en Nouvelle-Écosse, ne possède que 2 alambics qui ne fonctionnent que quelques mois par année).

Duff2
La seconde, Balvenie, aussi propriété de William Grant & Sons, est située à moins de 2 minutes à pied. En fait, vu de la route, les 3 distilleries visitées donnent l’impression d’en être qu’une seule. Ici, j’ai été particulièrement impressionné par les planchers de maltage, c’est à dire la gigantesque salle où l’orge est transformée en malt: après avoir fait baigner l’orge dans l’eau, celle-ci est étendue sur le plancher pour permettre à la germination de s’activer et ainsi libérer les sucres nécessaires à la création d’alcool. Et pour les amateurs zélés, oui, Balvenie est un whisky tourbé: j’en ai eu la preuve en voyant le four qui fait sécher le malt (il faut faire sécher le malt pour éviter de se retrouver avec un champ d’orge au lieu du plancher de maltage). En effet, le four est chauffé à l’aide de 99% de charbon et 1% de tourbe pour donner une concentration de tourbe d’environ 0.001 parties par million.

Enfin, la grande mystérieuse, Kininvie. Cette distillerie est la plus récente du groupe (construction en 1990 vs ~1887 pour les autres) et est utilisée exclusivement pour les blends tels que le Grant ou le Monkey Shoulder. Son single malt est impossible à retrouver sur le marché: tout ce qu’il fallait pour exciter ma curiosité au sujet de cette distillerie! En fait, celle-ci partage presque toutes ses installations avec Balvenie (mash tun, wash tun, etc. sont dans le même bâtiment), à l’exception des alambics qui sont dans un bâtiment différent, à quelques mètres de distance. Malheureusement, rien de bien spectaculaire…
Duff3
Par contre, la visite des entrepôts fut très spectaculaire. Nous avons commencé par l’entrepôt numéro 1, celui destiné aux touristes. J’ai pu y trouver les 3 types de futs habituellement utilisés pour faire vieillir le Glenfiddich, soit le fut ayant préalablement servi à faire vieillir le sherry, celui ayant servi au bourbon et le fût neuf. J’ai senti le whisky de chacun des fûts, et mon préféré fut définitivement l’ex-fut de bourbon: sucré, mais pas autant que le sherry, juste assez pour permettre à la complexité du whisky de s’exprimer.

Le meilleur était toutefois à venir… Après avoir traversé quelques bancs de neiges, Ian m’a invité à visiter l’entrepôt (fermé aux touristes!) où est la fameuse cuve Solera: il s’agit d’une cuve où les whiskys provenant des futs susmentionnés, après 15 ans de vieillissement, sont versés pour y être mélangés. Ce qui est particulièrement intéressant est que cette cuve est toujours gardée à moitié pleine pour assurer que votre Glenfiddich 15 ans que vous achetez à la SAQ goûte toujours la même chose. A mon grand plaisir, Ian m’a permis de goûter au whisky directement à partir de la cuve : j’ai donc eu la joie de goûter à l’un de mes whisky préféré à son état naturel, soit à plus de 60% d’alc/vol, directement dans un bécher de 2 litres… Wow!
Duff4
La dégustation n’était toutefois pas terminée: Ian a aimablement bien voulu répondre à mes questions au sujet du vieillissement du whisky en m’offrant de goûter (toujours directement tiré du fut!) au Balvenie 1968, Glenfiddich 1976, 1973 et 1959 (52% d’alc/vol). Oui, 1959, plus de 50 ans d’âge! A titre d’indication, le 21 décembre 2008, une bouteille de Glenfiddich 50 ans s’est vendue aux enchères pour $38,000US. Faites une rapide règle de 3 pour calculer combien notre verre de 2 onces valait… Oui, 3000$… Et oui, il était excellent!! Mais comment décrire une telle expérience? Une richesse d’épices et de sucres incomparable,tions!!! le tout marié ensemble par un boisé plus puissant que je n’en ai jamais vu dans un whisky. Ma note: 93%… Mais 100% au niveau des émotions! A titre indicatif le 1976 s’est mérité un 94%, mais n’a pas généré autant d’émotion.

Un peu pompette, j’ai terminé la journée par une petite marche jusqu’au charmant village de Dufftown et je suis ensuite rentré à la maison pour me réchauffer auprès d’un feu de tourbe et d’une sélection d’excellents produits de William Grant, tels que les Balvenie 12, Glenfiddich 15 Solera (mais réduit à 40%), l’intrigante Glenfiddich Malt Whisky Liqueur et l’Hendrick’s Gin, idéal pour les gin tonic.

Le lendemain, la question était « quoi faire lorsque la moitié des routes sont fermées et que vous êtes coincés dans le milieu du Speyside? » Marcher et visiter une demi-douzaine de distilleries parsi!
Duff5
Alors que je finissais mon déjeuner, Ian est venu me rencontrer pour me proposer le St Graal des whiskys (en terme de rareté, du moins): un dram « cask strength » de Kininvie, 17 ans, vieilli dans d’ex-fûts de porto. Quelques mots sur ce whisky? Il sent très intensément la planche de chêne brûlée et le gâteau aux fruits. Le fruité est très puissant, marqué par des fraises de l’Ile d’Orléans et une touche de farine. Très riche. En bouche, le porto plus intense que tout ce que j’aie pu goûter à ce jour dans un whisky. Extraordinairement puissant. Avec la force de frappe marketing de William Grant & Sons, il est étonnant que ce whisky ne soit pas embouteillé en tant que single malt. Un des meilleurs Speyside que j’aie goûté à ce jour!

Ensuite, les routes n’étant pas praticables, j’en ai profité pour faire le tour de la ville. A quelques minutes à pied de Glenfiddich est le château Balvenie. Un superbe château médiéval assez bien conservé qui m’a fait réaliser à quel point la vie devait être difficile à cette époque (surtout en kilt, avec de la neige à mi-cuisse comme avant-hier!). A souligner aussi, le coup de vue imprenable de cette colline sur 5 distilleries à la fois! (Glenfidich, Balvenie, Kininvie, Glendullan et Parkmore).

Considérant que l’ensemble du Canada ne compte qu’une seule distillerie de whisky single malt, il est assez épatant de pouvoir en visiter 7 en moins d’une heure de marche, de mon point de départ à l’arrivée!
Duff6
Évidemment, ce petit tour m’a pris un peu plus qu’une heure… Premièrement à cause que j’ai sorti un véhicule de la distillerie Glendullan du banc de neige… J’ai donc donné à ces charmants messieurs un petit cours sur « comment pousser un camion pris sur la glace » et surtout qu’il ne sert à rien de pousser avant de pelleter le mètre de neige qui est devant le véhicule!

De retour au village, j’ai fait un petit arrêt au plus écossais des pubs, le Royal Oak. Un arrêt obligatoire après la visite des distilleries! La propriétaire, la charmante Pearl, m’A offer l’un de ses 140 single malts ainsi qu’un délicieux « toastie », un genre de croque-monsieur à l’anglaise! Le tout vous fera oublier que la seule source de chauffage est un tout petit foyer qui ne dégage pas assez de chaleur pour vous permettre d’enlever votre manteau, même si vous êtes assis directement à coté, mais qui permet à la bière en fut non réfrigérée d’être à la température parfaite!

J’ai terminé la journée en prenant une couple de drams avec mon hôte (pour les curieux, Balvenie 30 ans et Glenfiddich 30 ans!). Encore merci à Ian de Glenfiddich pour m’avoir offert le refuge lors de cette tempête de neige! Surtout que, la journée de mon départ, le 7 janvier, les toits de 4 entrepôts de la distillerie s’effondraient sous le poids de la neige. Il fut alors décidé de créer un whisky spécial à partir des fûts rescapés des ces entrepôts : le Glenfiddich Snow Phoenix. À ma surprise, au nez, il semble y avoir une touche de fumée, avec un caramel et un fruit mur plutôt agréable. En bouche, une approche épicée-sucrée très agréable, qui évolue vers le raisin caramélisé et qui disparaît en prenant tout son temps. Un très bon scotch!

Un merci tout spécial à Mme Tania Giroux, représentante au Québec pour William Grant et évidemment M.Ian Millar!

Le Kentucky, pays des courses de chevaux, du poulet frit et du Bourbon

ken1
Je suis arrivé à Louisville au Kentucky après un vol de nuit dans 3 avions différents; ce qui dissipa mes derniers doutes quant au fait qu’il ne s’agissait pas d’une destination touristique usuelle au mois de septembre…

J’étais donc un peu fatigué, mais l’excitation de visiter toutes ces distilleries de Bourbon me donnait pas mal d’énergie, comme vous pouvez surement l’imaginer!

Bon, parlant de Bourbon, quelques précisions s’imposent. Premièrement, le Bourbon est un whiskey, tout comme le scotch (mais avec un « e » dans le mot). Il provient généralement (mais pas exclusivement) du Kentucky.
La petite histoire du nom « bourbon » est d’ailleurs passablement alambiquée, si vous me permettez l’expression : En effet, les premières distilleries de whiskies étaient situées dans le canton (county) du nom de Bourbon (nommé ainsi en hommage au soutien de la France lors de la guerre d’indépendance). Leur whiskey était extrêmement populaire à la Nouvelle-Orléans grâce à leur goût si raffiné. En effet, pour être exporté vers le reste du monde, le whisky voyageait le long de la rivière Mississipi durant plusieurs mois. Et pour faciliter le transport, il était « emballé » dans des fûts neufs de chêne américain, marqués « Bourbon County ». Le vieillissement faisait donc son œuvre (le whisky but à cette époque n’était habituellement pas vieilli). Aussi, de tous les whiskies provenant à la Nouvelle Orléans, les whiskeys du conté de Bourbon étaient les seuls dont l’eau était filtrée par des pierres calcaires, ce qui faisait disparaître le goût de métal des autres whiskeys. Les consommateurs de la Nouvelle-Orléans, impressionnés par ce goût, finirent par réclamer plus de cet excellent « Bourbon’s sippin’whiskey ». Et le nom est ainsi passé à l’histoire…

De plus, le Bourbon doit toujours contenir un minimum de 51% de maïs. Il peut donc aussi contenir de l’orge, du seigle, du blé ou d’autres céréales. Aussi, il doit toujours être vieilli dans des futs de chêne neufs, brûlés, et ce au grand plaisir des écossais! (qui les récupèrent pour faire vieillir leur scotch!).

Ces whiskeys sont vieillis pour un minimum de 2 ans (contrairement à 3 ans en Écosse) et rarement plus de 12 ans. Il ne faut toutefois pas se baser sur cette donnée pour statuer que le scotch est de meilleure qualité que le Bourbon. En effet le Bourbon vieillit beaucoup plus rapidement que le scotch pour 2 principales raisons. Premièrement, à cause des températures beaucoup plus extrêmes au Kentucky qu’en Écosse. Deuxièmement, car les fûts neufs utilisés accélèrent échanges avec le bois.

Les Distilleries

ken4
Je me suis donc dirigé vers la distillerie de Woodford, localisée dans la lointaine banlieue de Frankfort, la capitale de l’état. Moi qui m’attendais à une autre ville américaine sans personnalité, j’ai été bien surpris! Quelle ville superbe! Il y a énormément de vieux bâtiments, l’architecture est très belle et le site est enchanteur.

Pour atteindre la distillerie, il faut un sens de l’orientation exemplaire. En effet, la seule voie reliant la distillerie au reste du monde est une petite route d’une seule voie de large (qui ne « rencontre » pas) dont de grands bouts commencent à s’affaisser dans la rivière qu’elle longe. Un peu inquiétant, pour le moins! Les gens du Kentucky paient moins de taxes que nous, et ça parait sur les routes!

Ensuite, j’ai fini par croiser les ruines d’une superbe distillerie qui a dû être fermée il y a plus de 40 ans vu l’état de décrépitude avancée du bâtiment qui était certainement majestueux à l’époque avec sa forme de château médiéval. Charmant, mais pas rassurant!

Woodford Reserve Distillery

ken2
J’ai quand même fini par arriver à la distillerie, qui est situé sur un site véritablement enchanteur! Le pavillon d’accueil offre une excellente présentation sur le mode de fabrication de ce whisky, et ce whiskey a la particularité d’être le seul Bourbon à utiliser exclusivement des pots still (3, comme en Irlande).


Le bourbon Woodford Reserve

Quelques données au sujet de ce Bourbon

  • Contient 72 % de maïs non sucré, 18% de seigle et 10% d’orge
  • Au moins 6-7 ans d’âge
  • 45% d’alcool

Mes notes de dégustation :
Nez: Raisins brûlés, cassonade, épices, seigle. Chêne. Goût: Plutôt sec. Épices. Un peu d’amertume venant du bois fumé en finale. Vanille. Notes d’agrumes. Finale : Délicieuse. Épices et légère amertume. Commentaire global: Excellent whisky, un peu moins sucré que la plupart des bourbons, ce qui fait mon bonheur personnellement.


Four Roses Distillery

Enfin, après un tout petit verre de dégustation à Woodford, j’ai repris la route en direction de l’énigmatique distillerie Four Roses. En effet, cette distillerie exporte 99% de sa production en Europe et en Asie, ne gardant qu’un maigre 1% pour le marché local (cette situation est présentement en train de changer… Surveillez bien quebecwhisky.com d’ici 12 mois à ce sujet!).

Les bâtiments abritant la distillerie sont extraordinaires. Ils ressemblent à de vieilles maisons mexicaines, peintes en jaune et couvertes de roses. On est loin des bâtiments industriels en tôle ondulée que je m’attendais à découvrir.

J’y ai eu droit à une visite privée très particulière : 3 guides s’occupant exclusivement de moi, dont Al Young, le Brand Amabassador.

Lors de cette tournée, j’ai eu la chance unique de pouvoir goûter au whiskey à différentes étapes de sa fabrication, soit à la sortie de l’alambic à colonne (impressionnant avec ses 5 étages de haut!) et du pot still!! (la plupart des Bourbons subissent habituellement une double distillation : la 1ère dans un alambic à colonne, et la seconde dans un pot still de type écossais).

La chaleur dans le bâtiment où a lieu la distillation est tout simplement infernale. Pour vous donner une idée, j’ai ensuite trouvé le 35C à l’extérieur très rafraichissant comparativement au four qu’est la distillerie!


Four Roses Single Barrel

Quelques données au sujet de ce whisky :

  • 6 ans de vieillissement minimum, jusqu’au double pour les meilleurs (comme le single barrel)
  • Les entrepôts servant au vieillissement n’ont qu’un seul étage, contrairement à la plupart des distilleries où ils mesurent 7 à 8 étages de haut. Ceci permet donc d’uniformiser le goût d’un baril à l’autre car dans un bâtiment plus haut, la température n’est pas la même selon les étages
  • Ce whisky est composé en général de maïs à 60%, seigle à 35% et le malt compose le 5% restant
  • 50% d’alcool

Mes notes de dégustation :
Nez: riche, épices de gâteau aux fruits, vanille. Goût: sucre de fruits (mûres), chene, vanille. Finale: fruité, légère épice, vanille. Commentaire : Côté 92 dans la Bible du Whisky, non sans raison. Ce Bourbon est de la première qualité!


En soirée, le centre-ville de Louisville a tout ce qu’on attend d’une ville américaine typique construite en fonction des banlieusard pressés de rentrer à la maison: il est complètement désert. Complètement? À une spectaculaire exception près: la 4th Street. En effet, la rue est transformée en gigantesque bar (vous devez même prouver que vous avez plus de 21 ans pour y circuler), la musique est à tue-tête à l’extérieur, la rue est éclairée par des centaines de néons et de spots, et le tout est recouvert d’une toiture géante fixée au 7ème étage (on est loin de l’ancien Mail St-Roch à Québec!).

En fait, on y retrouve 7-8 bars de musique (surtout des chaînes internationales, telles que le Hard Rock Café), des restos branchés et des kiosques de boissons énergies dans le milieu de la chaussée, piétonne, bien entendu! Le tout est sur 2 étages, accessibles par de nombreux escalators extérieurs qui donnent sur la rue.

Ainsi, après quelques délicieux bourbons et une bonne nuit de sommeil (malgré tout), je me suis dirigé vers ma 1ère distillerie de cette journée, Heaven Hill.

Heaven Hill Distillery

ken5
En arrivant sur le site de la distillerie, l’architecture industrielle des bâtiments est frappante. Ce style est principalement dû au fait que le feu, en 1996, a détruit la distillerie ainsi que 2 des entrepôts. Il faut dire que lorsqu’un incendie se déclare dans une distillerie, la seule chose à faire est d’espérer que les voisins n’y passeront pas aussi!!! Le nouveau bâtiment principal est malheureseument hors limite aux visiteurs, mais on ne peut pas dire que ces derniers sont portés à s’y diriger!

La visite était passablement plus courte que les précédentes, compte tenu que nous n’avons visité que les entrepôts (où l’odeur qui y règne, due à la « part des anges » (l’évaporation du whisky) est vraiment délicieuse et enivrante).

Parlant de part des anges, nous avons vu un baril de 1971. Sur les 53 gallons qu’il contenait à l’origine, il n’en reste plus qu’un seul! En fait, à titre de comparaison, un fût de bourbon de 12 ans d’âge de Bourbon aura généralement perdu 47 % de son volume. Ca rends les prix des vieux whiskies beaucoup plus acceptables!!!

Au cours de mes différentes visites de distilleries, j’ai souvent eu la chance de participer à différentes étapes de la fabrication d’un whiskey. Pour la première fois, j’ai pu occuper le poste habituellement réservé aux anges!!! En effet, nous avons pu sentir directement dans un fût en cours de vieillissement. Les odeurs en émanant étaient fantastiques : Très sucrées avec un fort caramel et du maïs. Une expérience paradisiaque, il va sans dire!

Les entrepôts sur le site de la distillerie mesurent plus de 8 étages de haut. Ces bâtiments sont tellement gigantesques que des employés ont récemment retrouvés un baril de 23 ans d’âge qui y avait été perdu durant de nombreuses années. Belle surprise!

En été, les fenêtres des entrepôts sont gardées ouvertes au rez-de-chaussée et au dernier étage afin de permettre au whisky de prendre de l’expansion en se réchauffant dans les fûts et ainsi de pénétrer le bois. En hiver, à l’inverse, le froid fait que ce processus s’inverse, ce qui contribue à accélérer de façon notable le processus de vieillissement de ce whiskey. A noter, à cause des grands écarts de température que connaît le Kentucky, le vieillissement s’y accomplit environ 50% plus rapidement qu’en Écosse. En effet, les températures y varient entre -15C et +40C, soit un écart de presque 60C, alors qu’en Écosse la température variera plutôt entre 0C et 30C, soit la moitié de l’écarts de température constaté au Kentucky.

Bref, la visite est très sommaire, mais le centre d’interprétation est très instructif. Nous y apprenons énormément sur l’histoire du whisky, comme le fait que les colons qui choisissaient de s’établir au Kentucky se faisaient offrir 400 acres de terre. Pour les nombreux Irlandais et Écossais parmi les immigrants de l’époque, c’était un cadeau inespéré. Et évidemment, on peut deviner qu’ils ont apportés avec eux quelques souvenirs des vieux pays, comme la joie de la distillation des produits céréaliers.

Nous y avons aussi appris que la technique d’utilisation de fûts carbonisés a été découverte par accident à la distillerie Heaven Hill, qui est considéré comme le père spirituel du Bourbon. En effet, des barils avaient été brûlés par accident. Le propriétaire de l’époque, Elijah Craig, qui ne voulait pas perdre cet investissement, les a quand même utilisés. A sa grande surprise, ses clients se sont mis à réclamer de cet excellent whiskey, dont le goût avait été adouci par le bois carbonisé des barriques.

Enfin, pour se faire pardonner semble-t-il (!), notre guide nous a offert une dégustation où nous avons comparés des bourbons âgés de 10 et 18 ans d’âge, ce qui est fort respectable pour un Bourbon!


Elijah Craig Single Barrel 18 years old

Quelques données au sujet de ce Bourbon

  • Contient 70 à 78 % de maïs
  • Au moins 18 ans d’âge
  • Ce Single Barrel provient d’un baril qui a été entreposé au dernier étage de l’entrepôt, mis en fût le 28 septembre 1989, fût no. 2340.
  • 45% d’alcool

Mes notes de dégustation :
Nez:. Superbe, ample, fin. Épicé (cannelle), fruité (pomme), floral et vanillé. Goût: Ronde, notes de miel et de chocolat. Épices douces. Chêne brûlé. Finale : Douce amère, boisée, marquée par la réglisse et la vanille. Boisée et sucrée (maïs?) Commentaire global: Vieillissement exemplaire! Si vous pensez que les bourbons sont inférieurs aux scotchs, c’est que vous n’avez pas essayé ce whiskey! Ce whiskey à lui seul vaut presque le voyage!


Maker’s Mark Distillery

ken6
Je crois que nous pourrions ajouter une condition pour rendre un whiskey éligible à être nommé « Bourbon »: Il faut que la distillerie soit au milieu de nulle part. Des points bonus seraient accordés si aucune route ne s’y rends! Tout ca pour dire que lorsque je suis arrivé à Maker’s Mark, on m’a dit que la visite y était très appréciée, car on reconnaissait que ca prenait beaucoup de volonté pour s’y rendre!

En fait, l’une des principale raison pour que la quasi-totalité des distilleries américaines de whiskey soient concentrées au Kentucky et au Tennessee est dû à la qualité de l’eau de source qu’on y retrouve: elle y est abondante et surtout calcaire grâce à la pierre sur laquelle ces 2 États se sont construits.

Ici encore, j’ai eu la chance de goûter le whiskey dans ses premières étapes de fabrication. J’ai pu goûter le « mash » (en gros, la « bière du distillateur » que l’on va distiller pour avoir du whiskey) à chacune de ses 3 journées d’évolution. Et il s’agit réellement d’une évolution:

Jour 1, c’est un liquide froid très léger qui goûte très légèrement les céréales;
Jour 2, le liquide est toujours relativement froid, mais il est maintenant très sucré;
Jour 3, le mash est rendu tiède (et ceci sans aucun chauffage; la chaleur ressentie provient exclusivement des réactions chimiques) et goûte « sûre ». D’où l’expression « sour mash » que l’on retrouve sur de nombreuses bouteilles. A noter que ce goût acidulé et aigre différencie les Bourbons des Scotchs écossais dont le mash est plutôt sucré au goût.

Nous avons ensuite visité la salle des alambics. Il est difficile d’imaginer la chaleur torride et l’humidité qui règne dans cette salle. Compte tenu que ma saison préférée est l’hiver, je ne m’y suis pas éternisé plus longtemps qu’il fallait!

A Maker’s Mark, tout comme dans la plupart des distilleries de Bourbon, la majeure partie des opérations sont effectuées à la main. Et pour remercier mes hôtes pour leur hospitalité, je ne me suis pas fait prier pour mettre la main à la pâte!

Enfin, les fûts de Maker’s Mark sont entreposés jusqu’à sept ans. A noter qu’après trois ans dans les étages supérieurs de l’entrepôt, les fûts sont déplacés à tous les 2 ans et 9 mois à différents endroits de l’entrepôt, le tout à la main! Quand on pense que le poids moyen d’un fût est d’au moins 500 livres, les employés ne doivent pas être chétifs!


le bourbon Maker’s Mark

Quelques données au sujet de ce Bourbon

  • Contient 70 % de maïs, 14% d’orge malté et 16% de blé rouge d’hiver. Le blé rouge d’hiver est ce qui le rend unique.
  • Au moins 6-7 ans d’âge
  • 45% d’alcool

Mes notes de dégustation :
Nez: Cassonade, vanille, fruits exotiques et miel. Malt, noix, huileux (extrêmement frais et fruité). Goût: Beurre, sucre, vanille, caramel anglais, réglisse, un peu d’épices. Fruité, goût marqué de blé. Finale : Goût sec, avec du caramel anglais, et du chêne. Commentaire global: Idéal pour une promenade, une chaude nuit d’été, sur Bourbon Street à la Nouvelle Orléans!!!


En conclusion

ken3
Petite anecdote intéressante, ma guide chez Maker’s Mark avait déjà visité le Québec il y a quelques années… Et elle m’a dit qu’elle était impressionnée par la grande qualité de nos routes! Il faut comprendre que le Kentucky est un fief Républicain depuis plusieurs générations et que leur façon de gagner les élections est simple: ils promettent de geler les taxes! Ainsi, l’État ayant pratiquement vu ses revenus gelés depuis des décennies, il ne faut pas s’étonner que certaines routes soient littéralement en train de partir à la dérive.

Donc, en résumé, le Kentucky avait beaucoup plus à offrir que je m’y attendais Les paysages un peu monotones sont contrebalancés par une superbe architecture, une histoire relativement riche et une culture épanouie, du moins dans les grands centres. Il ne faut pas oublier la spectaculaire fracture entre les gens des villes modernes et ceux des campagnes, où le temps semble s’être arrêté. Mais partout et surtout, les gens y sont très sympathiques et chaleureux.