Revue Québec Whisky 2016

André:
Ça fait plus de 15 ans que je gravite autour de l’industrie du whisky et cette année j’ai eu comme un coup de pelle en pleine face. L’industrie est malade. Vous allez me dire ‘’Girard, c’est la cinquantaine qui t’a tappé le coco ou quoi?‘’. Laissez-moi vous expliquer mon point de vue…

Vous trouvez ça normal que Whisky Magasine attribue le ‘’Distillery of the year‘’ à une distillerie (High West) qui ne produit même pas son whisky? Que le prix d’une bouteille double de prix entre 2 livraisons à la SAQ (Balvenie 12 ans et 15 ans, Bookers) sur la simple base de la demande, pas sur un upgrade de qualité, de vieillissement supplémentaire, ou autre. Que l’on considère qu’une production de 30,000 bouteilles peut être appelée ‘’édition limitée’’, que l’appellation ‘’Craft Distillery’’ soit si à la mode…

Ne vous laissez pas berner de cette façon, creusons un peu plus. Constellation Brands achète tellement de pub dans les magazines, il ne faut pas se surprendre que High West remporte la palme dans les publications. Tellement de gens s’abreuvent indument de magazines et de sites web hyper-subventionnés par les distributeurs, agences et distilleries qu’il ne faut pas se surprendre que certains consommateurs ne basent leur achats whisky sur des sources biaisées. Pas surprenant de voir les prix grimper de façon si insidieuse car si un whisky se vend 200$ au lieu de 100$, les gens de marketing ne sont pas caves, autant faire 100$ de plus s’ils en vendent pareil.

Acheter un whisky à 400$ et l’affubler des mots ‘’édition limitée de 30,000 bouteilles’’ ??? À ce compte-là, toutes les versions de Bookers et tous les single barrel sur le marché méritent cette appellation…

La vie en général coûte tellement cher que beaucoup de gens se sont tournés vers des biens de consommation casaniers et que l’on peut partager entre amis. Tout le mouvement ‘’acheter, local, buvez local ‘’ est bien à la mode. Vous avez remarqué comment la bière est rendue hip? Comme la bière n’est pas loin du whisky, beaucoup de nouveaux amateurs rejoindront les rangs d’amateurs de whisky et d’étiqueter les bouteilles avec un mot comme ‘’craft distillery’’ est tellement un hook facile dans le marché actuel. Y’a-t-il quelqu’un qui peut définir la signification du mot ‘’craft distillery’’? Cette appellation n’est pas brevetée de ce que j’en sais. C’est vraiment de la bouillie pour les chats.

Vous allez peut-être trouver que c’est une cheap plug ce qui suit, mais là où je veux vous amener c’est que le site web Quebecwhisky.com reçoit maintenant plus d’un demi-million de visites par an. Notre site est complètement indépendant; aucun lien avec la SAQ, distributeur, agence, distillerie. Personne ne nous paye pour nos évaluations, notre seul revenu est la passion et les commentaires des lecteurs. Personne ne paye nos bouteilles, aucune commandite, INDÉPENDANCE…

Je vous remercie chers lecteurs et trippeux de whisky de votre support et votre appui. Je vous remercie surtout de nous faire confiance et d’être une de vos sources d’information, que ce soit pour vos achats, vos recommandations ou simplement pour le plaisir de partager de l’information et d’avoir un avis indépendant.

Patrick:
Mea culpa. Oui, c’est de ma faute. De ma faute si vous payez aujourd’hui beaucoup plus cher pour vos whiskys, et pas toujours pour une meilleure qualité, comme Macallan avec sa gamme 1824. De ma faute si certains whiskys ne sont pas vendus en ayant en tête ceux qui les boivent, mais ceux qui les collectionnent, tels le « Ice » d’Highland Park. De ma faute si les bons rapports qualité/prix, tels que le Balvenie 12 ans, n’existent plus. Les « No Age Statement » trop chers, tels le Laphroaig Lore? Ma faute aussi!

Oui, vous pouvez me blâmer, mettre ma tête à prix, vous servir de ma photo comme cible d’entraînement. Mais avant de vous lancer dans des actions qui pourraient tout de même avoir des conséquences légales pour vous, j’aimerait plaider quelques circonstances atténuantes.

Je me permets donc de m’attribuer le mérite de la diversité des whiskys telle que le monde n’en a jamais connu : Pensez aux embouteillages variés (Dark Origins de Highland Park, Laphroaig Cairdeas, etc), l’explosion du nombre de micro-distilleries (plus de 900 aux États-Unis, bientôt une dizaine au Québec!), la multitudes de nouvelles distilleries en Écosse, en Irlande et au Japon, oui, c’est grâce à moi tout ça. C’est aussi grâce à moi qu’il est de plus en plus aisé de trouver de l’information sur des produits dont le procédé de fabrication était encore entouré de mystère et de magie il y a de ça quelques années à peine.

J’entends déjà certains d’entre vous dire, « heu, Patrick, tu pousses pas un peu fort, là? ». Ma réponse est non, au contraire! Mais je dois admettre que j’avais des complices. Des milliers de complices en fait, éparpillés aux quatre coins de la planète.

Mais laissez-moi vous ramener une quinzaine d’années en arrière, vous allez comprendre : A l’époque, avec mes deux compagnons David et André, nous avons découvert le monde fabuleux des whiskys. La littérature nous indiquait que le vieillissement en fût était une forme de magie ancienne, le bourbon était une potion appréciée par les trolls du Mordor, le whisky japonais semblait faire partie d’une autre dimension quantique mais nous pouvions espérer goûter à tous les scotchs single malts d’ici quelques années. Et c’est là que les ennuis ont commencé. Sans le savoir, des milliers de personnes aux quatre coins de la planète ont entamés la même quête, en même temps. Comme nous, ne croyant pas aux explications provenant des producteurs qui relevaient presque de la science fiction ou du roman d’espionnage de la guerre froide, nous avons commencé à poser de plus en plus de questions… Et à partager les réponses via des livres et surtout, étant de notre temps, via le web.

Ce ne fut pas long que nous retrouvâmes ces gens qui partageaient la même curiosité que nous. Les associations de dégustation et de partage de l’information, tel que Québec Whisky, (avec son Club, sa page web et sa page Facebook) se sont multipliées aux quatre coins de la planète. Il est facile d’imaginer la suite : La vente des produits « ordinaires » a plutôt stagné (comme les whiskys canadiens), voire diminué (dans le cas des blended scotchs), alors que celle des produits plus spéciaux, tels les scotchs single malt, a explosé.

Bref, concernant l’augmentation des prix ou la multiplication des No Age Statement, il ne faut pas croire l’explication simpliste parlant de la croissance de la demande en Asie créant une rupture de stock. A quelques exceptions prêts, c’est de la bullshit. Non, la vraie raison pour tout ça est tout simplement que nous sommes des milliers aux quatre coins de planète à être prêts à payer le prix demandé pour ces bouteilles, tout simplement. Bref, si vous voulez voir le prix de votre dram préféré revenir au niveau d’il y a 10 ans, la réponse est simple : Arrêtez d’en boire, et convainquez un maximum de gens d’en faire autant. Vous ne pensez pas en être capable? Alors faites vous des réserves, car les prix n’ont pas fini de monter! Et pour nous, communs des mortels ayant un revenu moyen, il faudra nous rabattre progressivement sur les NAS, puis les bourbons, les blends… On gardera les single malts pour Noël!

Mon collègue André vous dit que l’industrie est malade? En me basant sur les lignes précédentes, je dirais plutôt que c’est moi le malade. Et vous! Mais sommes-nous vraiment malade? Considérant tous les nouveaux choix que nous avons, et le fait qu’il est de plus en plus facile d’obtenir de l’information au sujet de ceux-ci, je dirais plutôt que nous n’avons jamais été autant en santé! Bref, dans le but tout à fait altruiste de maintenir votre bonne santé, il me fera plaisir en 2017 de continuer mon exploration du fabuleux monde des whiskys, et de vous attirer aussi souvent que possible en dehors des sentiers battus! Mon but sera de vous faire découvrir votre futur dram préféré et qui sait, si nous sommes assez nombreux à nous joindre au mouvement, peut être que le coût de ces single malts que nous aimons trop finira-t-il par revenir à un niveau abordable?

Sur ce, bonne et joyeuse année 2017!

Martin:
Bon, on tourne la page sur 2016. D’habitude j’ai toujours un point de vue sur les choses qui se situe un peu entre celui de mes deux potes Pat et André, et cette année ne fait pas exception à la règle.

On se plaint que les small batch ne sont plus des small batch. Que les limited edition ne sont plus des limited edition. Que les whiskies NAS sont surévalués. Que les craft distilleries ne sont pas vraiment des craft distilleries. Que notre bon vieux single malt coûte plus cher que jamais. Bref que l’année 2016 en whisky était un peu de la marde.

Les gens chient un peu sur 2016 dans tous les domaines, on n’y fait pas exception. Dans le monde du métal à part deux sorties (Amon Amarth – Jomsviking et Twilight Force – Heroes of Mighty Magic) on a aussi eu un peu une année merdique. Le monde en général capotent et mettent sur le dos de Joffrey Baratheon l’hécatombe culturelle de 2016, je parle de Kilmister (IL COMPTE PAREIL), Bowie, Prince, Frey, Emerson, Walsh, Cohen, Lake, Michael, Princesse Leia et j’en passe une trallée.

Et bin faites vous à l’idée, dans tous les cas c’est pas fini. En 2017 il faudrait pas se surprendre de perdre (et je ne le souhaite pas) des McCartney, Dylan, Jagger, Richards (lui yé dû), Ozzy et même Iggy Pop. Les temps changent et on fait juste remarquer un peu plus ces choses-là grâce au côté de plus en plus insidieux des médias sociaux. C’est de même.

C’est pareil avec le whisky. Question de stocks, de demande des consommateurs, d’avarice des géants et de perfidie du marketing, la tangente actuelle va continuer en 2017. Alors faites comme Pat et stockez vos préférés parce qu’une baisse de prix n’est pas à nos portes! Chose certaine, la prolifération de clubs de dégustation et d’amateurs avertis fait en sorte qu’on peut continuer encore l’exploration sur un budget plus normal, comme quoi 2016 n’a pas juste été poche. Whisky Drinkers Unite!

Wow, je me relis et je me rends compte que je suis négatif en simonac… Bof, prenons un autre dram et on aura tôt fait d’oublier tout ça!

Bonne et savoureuse année 2017!

Slàinte!


Distillerie de l’Année

André: AnCnoc/Knockdhu
Rascan, Flauther, Rutter, 22 & 24 ans, le stellaire 12 ans à 75$.. toute une palette aromatique dans une seule distillerie, que dire de plus…

Patrick: Kings County Distillery
Créativité et qualité vont de paire avec tout ce que produit cette distillerie. Visitez Brooklyn, où New York se réinvente, et visitez la Kings County Distillery, où le whisky en fait tout autant!

Martin: Glenlivet
Si on avait eu cette catégorie l’an dernier, je l’aurais aussi donné à Glenlivet. Une belle approche du problème des NAS. Une solide entrée de gamme, sans flusher les classiques avec mention d’âge, plus un ou deux single casks chers mais délicieux par année, on est pas près de les déloger.


Single Malt Scotch Whisky de l’Année

André: Mortlach 75 ans 1939
Un once in a lifetime whisky, j’ai pleuré en dégustant le whisky, c’est l’expérience d’une vie d’avoir la chance de savourer un whisky tel que celui-ci.

Patrick: Ardbeg Dark Cove
Comme quoi qu’on peut faire quelque chose de bien avec des No Age Statement.

Martin: SMWS 29.144 Laphroaig 22 ans
Avec la plupart des gros joueurs qui s’enflent la tête et qui nous servent des NAS moyens à des prix de fou, les single casks sont une valeur sûre sur laquelle se rabattre. Pour le moment. La SMWS n’est pas si accessible que ça (logistiquement et financièrement du moins) mais ses embouteillages fracassent la baraque à coup sûr.


Blended Scotch Whisky de l’Année

André: Compass Box Lady Luck
Toute la sagesse et le savoir-faire du blending dans une seule bouteille. Savoureux.

Patrick: Storm Blended Malt Scotch Whisky
Oui, il n’y a pas que les single malts dans la vie. Et quoi que la plupart des blends soient une exécrable façon de ruiner notre budget, certains blends n’ont pas à rougir de la comparaison avec les single malts, au contraire.

Martin: Compass Box the Lost Blend
Toute la sagesse et le savoir-faire du blending dans une autre bouteille que celle qu’André a choisi.


Canadian Whisky de l’Année

André: Canadian Rockies 35 ans
Le plus vieux whisky Canadien jamais mis sur le marché, directement du fût, embouteillé à plus de 78% d’alcool. Damn…

Patrick: Crown Royal Hand Selected Barrel par Davin de Kergommeaux
Ca fait des années que je le dit, Diageo a un stock de whisky canadien extraordinaire, mais Crown Royal étant l’un des meilleur vendeur au monde, ça semble tuer leur motivation à faire quelques efforts que ce soit.

Martin: Crown Royal Hand Selected Barrel par Davin de Kergommeaux
Single Cask, Single Cask, Single Cask. Choisi à la main par LA référence en whisky canadien Davin de Kergommeaux. Comme quoi Crown Royal fait parfois aussi de la bombe.


American Whisky de l’Année

André: Bookers Batch C04-J-19
Le bourbon parfait, à tout point de vue, case closed.

Patrick: Kings County Rye
Vive les micro-distilleries créatives! Ex-æquo : Booker’s Batch #C04-J-19, aussi bon qu’un bourbon peut l’être!

Martin: George T. Stagg 2012
Un whisky de 2012? Publié sur le site en 2014? Oui bin moi j’y ai goûté en janvier 2016, pis il m’a mis sur le cul. Il y a sûrement des bouteilles encore en circulation dans certains dépanneurs crados des États-Unis. La chasse est ouverte!


World Whisky de l’Année

André: Creative Whisky Co Irish Whisky 13 ans Cask Strength
La renaissance du whisky Irlandais? C’est crissant de voir autant de whisky Irlandais ennuyeux sur le marché quand tu tombes sur un whisky comme ça.

Patrick: Mars The Revival 2011 Kogamatake
Le futur du whisky japonais. Restez à l’écoute!

Martin: Creative Whisky Co Irish Whisky 13 ans Cask Strength
Un sublime cask strength irlandais. Mais encore une fois un embouteilleur indépendant remporte la palme sur une flopée d’embouteillages officiels. Un bien beau témoignage sur tout ce qu’on vous raconte depuis le début de cet article.


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