Revue Québec Whisky 2012

Introduction

André:
Année de « Faux pas » et d’essais douteux? Bousculés par l’apparition grandissante de nombreuses microdistilleries de part le monde, le marché Écossais tente de se renouveller. Celles-ci n’étant pas soumises aux mêmes lois et n’ayant pas à suivre une idéologie historique (parfois intouchables) des vieilles distilleries, ont le champ libre à l’essai. Après de multiples efforts parfois réussis, parfois douteux de Bruichladdich, la distillerie aurait trouvé sa niche. Personnellement, je trouve que celle-ci n’est pas encore bien définie et qu’arrivera-t-il avec l’après McEwan ? Et Laphroaig qui tente de réinventer son classique en essayant l’affinage en fût de PX (fail) et le douteux Ardbeg Galiléo Marsala Cask ou on espère poursuivre les bons résultats d’affinage de Glenmorangie en les appliquant à Ardbeg (fail #2). L’industrie Écossaise doit se réinventer, cela devient une priorité.

RV:
Après des centaines de whiskies et 10 ans d’expérience, 2012 a été un retour aux sources. Beaucoup de ceux qui m’ont le plus marqué ont été les éditions standards ou les nouvelles versions (batches) de vieux classiques. Certes le marché est toujours en mutation, il y a encore quelques éditions où le marketing dépasse le goût (entre autres la série des très ordinaires HP Saint-Magnus, Thor et autres déités douteuses) ou bien où un revendeur a dû acheter un baril 1$ parce que teinté de sulphure (Old Malt Cask et son infect Mortlach 21YO). Toutefois j’ai encore eu droit à plusieurs surprises, autant du côté des nouveaux (King’s County Bourbon) que des anciennes (Glenglassaugh Revival), même des revendeurs avec le scintillant Linkwood Côte Rôtie, peut-être le meilleur whisky embouteillé par une tierce compagnie de ma vie.

Patrick:
Somme toutes, 2012 fut une belle année pour les consommateurs de whiskys du monde et du Québec. Au niveau choix, le nombre de micro-distilleries explose, ainsi que le nombre d’embouteillages généralement intéressants provenant de nos distilleries favorites (contrairement à André, j’adore l’Ardbeg Galileo!). Même notre monopole d’état favori, la SAQ, nous a offert cette année plus de nouveautés que jamais (bon, nous sommes encore loin de pouvoir dire que le choix y est intéressant, mais il y a tout de même une légère amélioration). Nous pourrions nous plaindre que les prix suivent une courbe ascensionnelle motivée par l’appât du gain des actionnaires et des gouvernements… Mais les lois du marché indiquent que nous sommes malheureusement toujours prêts à sortir quelques dollars de plus pour nos bouteilles favorites. Bref, ma conclusion est que tant qu’il s’ouvrira régulièrement de nouvelles distilleries, nous pourrons considérer que tout va pour le mieux (mis à part notre budget personnel).


Déception de l’année

André:
Le contenant plus que le contenu
Cette dernière année aura vu de belles mises en marché livrant des produits parfois fort ordinaires, surtout pour le prix demandé. Le Highland Park Thor, en particulier qui m’a déçu au plus grand point et mes attentes étaient grandes il faut le dire, Highland Park étant ma distillerie fétiche. Un peu la même chose pour le nouveau Bruichladdich 10 The Laddie Ten, vanté par plusieurs sur le net mais qui m’aura laissé sur ma faim. Aimer le whisky c’est aussi un plaisir pour les yeux et pour la présentation mais au final, c’est ce qu’il y a dans mon verre versus ce qu’il reste dans mon porte feuille qui sera le dernier juge et cette année aura été de celles où j’en aurai eu souvent peu pour le prix déboursé.

RV:
Glenfiddich, en générale et en particulier
Après le 102 proof, je m’attendais à du renouveau de la part de Glenfiddich, quelque chose qui fasse que lorsque je vois une de leurs bouteilles, je puisse voir autre chose qu’un single malt pour bars qui ne s’y connaissent pas en whisky. Toutefois, le Age of Discovery me prouve à quel point cette distillerie fait dans l’anodin, le malt ennuyeusement poussée à sa plus anonyme forme. D’accord, l’emballage est très rétro chic, mais un meilleur marketing et une facture facilement 100$ trop cher n’excusera jamais un whisky pas vraiment meilleur que leur réserve spéciale (tout de même à 47$ en SAQ, prix qui malgré toutes les taxes commencent à être trop cher pour un single malt moins bon que certains blends ordinaires).

Patrick:
Me faire prendre pour un con
Les distilleries qui persistent à sortir des nouveautés au taux d’alcool minimum prévu par la loi, soit 40%. Les consommateurs étant de mieux en mieux éduqués sur les critères qui font d’un whisky un produit de qualité, j’ai l’impression de me faire prendre pour un con lorsque je vois Glenfiddich sortir un produit tel que le « Age of Discovery » à 40% d’alcool. On a mis l’accent sur le packaging (ce que j’aime bien), on a produit un whisky qui semble excellent, mais on a laissé le comptable gérer la fermeture du robinet d’eau. Résultat : un whisky qui goûte l’eau. Je ne peux passer sous silence un autre exemple de distillerie qui nous prend pour des cons : Dalmore! La qualité de leur whiskys a pris une débarque monumentale, mais je dois admettre que leurs bouteilles sont parmi les plus belles! Bref, de beaux produits pour de riches cons.


Pire Whisky

André:
Thor Boyo
Cette même tourbe pas agréable du whiksy Armorik, terreuse et de pourriture organique, quelques fleurs éparses, pêches, abricot, et du sucre assez rond. Nul à chier en bouche, on cherche la texture…et les arômes. Ressemble plus à une eau-de-vin qu’à un whisky.Un peu de piquant en bouche. Finale inexistante ou presque, léger végétal et vanille…et toujours ce fond de tourbe pourrie très organique.

RV:
Thor Boyo
Des produits locaux et fermiers? Vive la campagne. Pas sérieux, non prétentieux (assez pour écrire sur l’étiquette « celui qui va en boire va chier »)? Excellent… sauf que ça prend tout de même de la qualité, chose que l’on ne retrouve pas du tout dans ce « whisky » qui pousse l’audace avec un prix avoisinant les cent dollars. Assez onéreuse comme blague, aussi cher qu’un ennuyant Macallan mais qui au moins n’est pas repoussant, il s’agit ici d’un maudit français qui aurait dû rester dans son pays. Pour plus de détails et de méchancetés, consulter la critique du Thor Boyo.

Patrick:
Thor Boyo
Le problème lorsque la demande pour un produit tel que le whisky explose, est que pour répondre à cette demande croissante, plusieurs entrepreneurs s’improvisent producteurs de whisky et nous préparent un peu n’importe quoi et n’ont aucune honte à vendre le tout à un prix mirobolant. Seul point positif : avec un tel nom, on ne devrait pas se plaindre, nous avions été prévenus!


Autres spiritueux de l’année

RV:
Gelas Single Cask Double Matured
Oui, un très peu subtil essai de copier le marché des single malts: l’appelation, la bouteille… et malheureusement le prix aussi. Toutefois, le concept est appuyé d’un armagnac de très haute qualité, supérieur à beaucoup de cognacs à plus du double du prix. Pour l’amateur de whisky doux, de whisky tout court ou simplement de n’importe quel spiritueux bien conçu, cet armagnac prouve que la qualité et le terroir ne sont pas une exclusivité d’Islay.

Patrick:
Téquila 1800 Anejo, suivi de près par le Botanist, le gin de Bruichladdich
Difficile d’arrêter sa décision sur uniquement une bouteille compte tenu de l’étendue du choix…Mon spiritueux préféré a toutefois été la Tequila 1800 Anejo, mais il faut dire que mon coup de cœur va définitivement au Botanist, le gin de la distillerie Bruichladdich. Je suis heureux de voir les écossais mettre leur savoir-faire à l’œuvre sur d’autres spiritueux.


Meilleur whisky vatted/bended/grain

André:
Compass Box The Last Vatted Malt
Wow… Nez punché et relevé. De la belle tourbe d’Islay bien sucrée, du citron, des fruits. Un nez évolutif et tout en contrastes. En bouche, il est complet et généreux; beaucoup de fruits et un mix de sherry, de miel, de chocolat, de fumée, de sel et de saveurs que l’on retrouve dans les bourbons. Finale huileuse; une ode aux whiskies d’Islay; sel, tourbe et fumée. Merveilleusement délicieux.

RV:
Clan Denny North British
Une année un peu maigre au niveau des blends et des single grains, même s’il reste encore d’excellentes découvertes à faire dans le rayon des single grains, sans compter le plaisir quand on en croise un au travers de moins intéressantes bouteilles de blends plus ou moins bon marché. Par exemple, ce North British, à un prix toujours intéressant pour un whisky de 30 ans, démontre toute la profondeur dont ce type de whisky (pas assez exploité à mon goût) est capable. Si seulement Diageo pouvait commercialiser ceux qui trainent dans leurs entrepôts de Valleyfield…

Patrick:
MacKinlay’s blended malt
Une belle histoire, un beau packaging et surtout un excellent whisky. Ce whisky est supposé être une réplique d’un whisky abandonné par une expédition en Antarctique au début du XXème siècle. Est-ce que la reproduction est exacte? On s’en fout! Le whisky est excellent, offre une complexité et un raffinement exceptionnel, alors que demander de plus? Définitivement mon coup de cœur de l’année!


Meilleur whisky d’ailleurs (whiskies du monde)

André:
Mackmyra Reserve Single cask # TA-808:45
Nez de fruits couleur rubis. Wow, c’est riche comme nez, très élégant, sexy. Fruits rouges sirupeux, cerises, Cherry Blossom, nez campagnard de fruits des champs et de confiture. Texture langoureuse, soyeuse, très impressionnante. Explosion de fruits dans leur sirop, pastille aux cerises. Peut ressembler à un whisky d’affinage en fût de cognac sans le côté asséchant. Que c’est bon…….après trois verres je suis toujours estomaqué par la complexité et l’effet enrobant de ce whisky. Un whisky entier jusque dans sa finale interminable en maelstrom de fruits capiteux. Un Smörgåsbord de fruits. Comme disait Jonathan Luks, représentant de Mackmyra « Age doesn’t matter, it’s all about taste ». This is it ! Bravo!

RV:
Michel Couvreur Blossoming Auld Sherried
De bons produits du Japon (dont le tourbé Hakushu Heavily Peated), les Irlandais une fois de plus ne semble pas vouloir offrir de bons produits, mais après mon pire whisky de l’année jamais je n’aurais cru que mon meilleur whisky du monde aurait été fabriqué en Écosse mais élevé en France. Et quelle éducation! Dans la trempe des meilleurs Aberlour Abunad’h, le sherry est maitrisé et pousse le malt en terrain merveilleusement inconnu. L’éducation a malheureusement un prix (287$ dans ce cas) mais pour un single malt de plus de 20 ans, l’attente valait la peine aussi. Voyez la critique du Blossoming Auld Sherried pour vous mettre l’eau à la bouche.

Patrick:
Mackmyra Reserve Single cask # TA-808:45
Original et exceptionnel! Mackmyra fait partie des rares distilleries dont je recherche un maximum d’embouteillages.


Meilleur whisky canadien

André:
Canadian Rockies 21 ans (Taiwan exclusive)
Thanx to the Canadian Whisky Awards et Davin de Kergommaux. Ce rare embouteillage m’a simplement renversé. Un exercice sur les céréales et la douceur du miel. À égalité avec le Forty Creek Bourbon tiré le da session « Whisky deconstructed » avec John K Hall. L’industrie du whisky Canadien est en bonne santé et merci à John K Hall pour sa grande contribution. Reste juste la SAQ qui tire de la patte afin d’entrer les reste de ces produits au Québec. Nul n’est prophète dans son pays…

RV
Forty Creek Rye Cask
Ce ne sont pas toujours les meilleurs boissons qui se rendent sur les tablettes et vivement les activités du Club de Whisky de Québec (vive l’autopromotion présomptueuse!) pour découvrir un élixir de la trempe du Forty Creek Rye Cask, tel que fabriqué par John K. Hall avant d’être blendé. Une autre de mes découvertes 2012, le rye est sûrement le grain le plus tempéramental; dans cette déclinaison il est doux, pas trop aigre ou épicé, bien dosé et bien marqué à la fois. Aussi divin à 40%, je me demande ce qu’il aurait pu arriver de mon choix de whisky de l’année si ce rye cask avait été de surcroît embouteillé cask strength.

Patrick:
Forty Creek Copper Pot Still
Les whiskys canadiens commencent à être de plus en plus intéressants et ce, en grand partie grâce à des distilleries telles que Forty Creek. Et lorsque celle-ci nous donne une superbe nouveauté à moins de 30$ (évidemment, non disponible sur les tablettes de notre monopole d’état, la SAQ), c’est en quelque sorte un coup de pied au c… à l’ensemble de l’industrie du whisky! Oui, il est possible de créer un produit « régulier », excellent et pas cher. Bravo et merci!


Meilleur whiskey américain

André:
Buffalo Trace Single Oak Project Batch 61
Il fallait le faire et BT l’ont font… une expérimentation débouchant sur 191 bouteilles différentes. Différents types de warehouse, de coupe de bois, de recette… un exercice qu’il fait bon apprécier lorsque vous pouvez trouver les dites bouteilles, pas données d’ailleurs (50$ le 375ml). Cette batch, un wheat whisky est superbe, si doux, si bien balancé. Pas trop loin par contre des bourbons traditionnels avec son voyage de fruits rouges et l’abondance de sucre. Un whisky tellement réconfortant que j’ai savouré le 375ml en une seule soirée – tout seul – devant un bon feu de foyer.

RV:
Parker’s Heritage Cognac Finish
Certainement, j’ai encore pu goûter à de très bonnes sorties de microdistilleries mais c’est une bouteille très risquée pour une mégadistillerie assez traditionnelle (Heaven Hill) que j’ai retenue comme mon meilleur whiskey américain. À une ou deux éditions spéciales par année avec une vraie rareté, un marketing qui me plait presqu’autant que le liquide dans la bouteille. Issu d’une finition en fût de spiritueux français, le Parker’s Heritage Cognac Finish a su garder le contrôle tout en laissant une très belle place au raisin du cognac et à sa part de blé qui constitue sa recette.

Patrick:
Willett Pot Still Reserve
Un peu un gagnant par défaut… Il s’agit d’un bon bourbon, mais il va sans dire que les grandes distilleries américaines ne m’ont pas impressionnées depuis longtemps. Leurs produits sont monotones, et leur seul attrait réside souvent dans leur prix. J’aurais espéré que la prolifération de micro-distilleries au pays de l’Oncle Sam les auraient un peu motivées à faire quelque chose de différent, mais non. Bof.


Meilleur scotch whisky

André:
Laphroaig Cairdeas 30 ans
Après 12 ans de dégustation et près de 1500 whiskies goûtés, on devient peut-être un peu plus difficile à impressionner. Ce Laphraoig 30 ans m’a fait hésiter aussi avec le Lagavulin 21 ans mais à environ le même prix (plus de 1000$ et 5 ans de plus au Lagavulin pour 1000$ de plus que l’édition 16 ans régulière…you kidding ?!) ce Cairdeas Limited Edition m’a mis dans tout mes états. Le paroxisme pour un amateur de whisky, ce nectar est de la trempe du Saint-Graal, difficile à trouver mais quel plaisir à savourer. Merci à Marie-Lou et PL de m’avoir rapporté le sample directement de la distillerie.

RV:
Aberlour A’bunadh batch 40
Le bon vieux A’bunadh, rien goûter de mieux dans l’année? Oui, et non. Premièrement, il s’agit du BON vieux A’bunadh, une fois de plus dans une version différente de celles des dernières années. Un peu à l’image du Glenrothes 1995 de l’an dernier, c’est un calcul difficile pour une distillerie de sortir un whisky qui doit s’inscrire dans une ligne directrice mais qui doit aussi sortir du lot pour plaire aux grands amateurs. Cette fois-ci avec des accents de pomme et de fruits, toujours avec un taux d’alcool challengeant, le Aberlour A’bunadh batch 40 se révèle comme une toute simple bouteille chaleureuse et délicieuse.

Patrick:
Lagavulin 21 ans
Il ne s’agit pas réellement d’une nouveauté 2012, mais compte tenu de la difficulté que j’ai eu à mettre la main dessus (merci Mireille), je me permets de la présenter ici. Mon whisky préféré âgé 5 ans de plus? Ca ne pouvait qu’être excellent! Les nouveautés de cette distillerie sont trop rares, mais bon, avec cette nouvelle édition, elle a le « prestige » d’offrir 2 des 3 whiskys de mon top 3 personnel toutes catégories!


Meilleur Whisky de 2012

André:
Balvenie TUN 1401 Batch #3 US Release
Difficile d’être déçu avec Balvenie, pas toujours surpris par contre, mais très rarement déçu. Balvenie suit sa ligne directrice, bien tracée avec des variantes d’embouteillages en embouteillages. Celle-ci éclipse haut la main sa sœur (par alliance) Glenfiddich et continue d’être la distillerie sous-estimée. La session dédié exclusivement à Balvenie donnée au club au printemps a renoué mon amour avec cette distillerie et ses superbes réalisations; le 30 ans, divin, le 15 ans et ses single cask, le 21 en fût de sherry, l’abordable Double Wood, les rhum finish et ce renversant TUN 1401 qui en aura étonné plus d’un…

RV:
Buffalo Trace Single Oak Project Batch 61
Un concept effronté: sortir plus d’une centaine de recettes différentes (différentes proportions de grains, différents planches de baril, différents séchage de baril, etc) et voir ce qui arrive. Dans ce 61e projet, c’est une recette de blé qui a retenu mon attention, spécialement lorsque plus tard j’ai pu goûter à exactement la même recette mis à part la teneur de blé qui avait céder le pas au seigle. Bien que malheureusement je n’ai goûté que deux recettes sur les dizaines et dizaines disponibles (peut-être pas si malheureux pour mon foie finalement), l’édition 61 n’est pas seulement la meilleure recette, non seulement le meilleur whiskey américain mais le meilleur whisky tout court que j’ai goûté en 2012. Au-delà de l’expérience très intéressante, le goût de ce Buffalo Trace Single Oak Project #61 fait foi de tout. Et vive le bourbon.

Patrick:
Ça dépend!
Selon les « points », définitivement le Lagavulin 21! Au cœur, le MacKinlay’s règne en maître. Au rapport qualité-prix, j’aurais apprécié que le Forty Creek Pot Still ait un peu plus de compétition. Enfin, pour paraphraser RV, le meilleur whisky est celui auquel je n’ai pas encore goûté! Bonne année 2013!strong

Séduction et Whisky

Votre conjoint(e) est jalouse de la passion que vous portez à votre collection de bouteilles de whiskies? Voici comment passer une soirée inoubliable avec vos deux amours en même temps! Nous allons donc (re)découvrir des whiskies que vous pourrez déguster avec l’être aimé, que vous soyez un gars qui veut partager sa première passion avec sa blonde, ou une fille qui veut s’immiscer entre son chum et ses rivales!!!

En fait, pour aider la néophyte de votre coeur à apprivoiser le whisky, le truc est souvent de bien le présenter et de le de marier avec une sucrerie. Comme premier exemple, nous utiliserons une façon de déguster le whisky que je m’étais toujours refusé: le boire congelé! Commencez par laisser une bouteille de Johnny Walker Gold 18 ans dans le congélateur pendant toute la nuit, puis servez-le dans un verre qui aura passé la nuit avec la bouteille… (tant qu’à être dans la thématique amoureuse) Puis, allez chercher un bon chocolat pas trop fort tel que le Michel Cluizel, 1er cru de plantation, chocolat au lait de 50% de cacao.

Vous avez donc maintenant tout en main pour procéder à l’expérience: Prenez le chocolat en bouche et laissez le fondre tranquillement. Puis, lorsqu’il aura bien enveloppé votre palais et votre gorge, buvez votre whisky en vidant votre verre d’un trait (je n’ai jamais bu mon whisky ainsi non plus!). La sensation devrait être surprenante pour vous et agréable pour votre amie que vous initiez.

Voici quelques notes de dégustation au sujet de ce whisky afin d’épater votre muse par vos talents gustatifs:

Johnnie Walker Gold 18 ans

40% alc./vol.
Nez: Malt et légère crème. Goût: Malt, crémeux, soupçon de raisin, caramel et miel. Finale : Malt frais, crème légère, multidimensionnelle. Glacé: Le chocolat et le whisky se marient très bien, pour nous laisser un goût rafraichissant où se mélangent le caramel, le miel et un soupçon de raisin. Commentaire: Je suis impressionné par le résultat: c’est agréable au goût et ça descend bien! Ce qui est perdu au niveau de la complexité des saveurs à cause de la température du whisky est récupéré grâce au chocolat et à la sensation très rafraichissante!

Continuons donc nos expérimentations, sans perdre de vue que nous faisons évidemment tout cela en pensant uniquement au bonheur de notre amour. Dirigeons nous vers le Speyside, la région d’Écosse qui est au whisky ce que Bordeaux est au vin. Les single malt de cette région sont réputés pour leur élégance : nous y retrouvons souvent des notes florales de bruyère, du miel et parfois une belle nuance tourbée très discrète.

Maintenant que l’élue de votre coeur s’est rendue compte qu’il était possible de ne pas détester le whisky, présentez lui les single malt de la même façon que vous les appréciez, ou presque! Ici encore, commencez par prendre un bon chocolat au lait (toujours 50% de cacao – oui, nous recommandons habituellement des chocolats plus forts en cacao aux amateurs de single malt, mais il ne s’agit pas de notre public cible aujourd’hui!). Laissez-le fondre en bouche. Puis, portez à vos lèvres un verre de Macallan Sherry Oak 12 ans.

La technique habituelle de dégustation des single malts s’applique plus que jamais : regardez, humez puis prenez une toute petite gorgée que vous garderez en bouche le temps que votre salive imbibée de chocolat enveloppe le whisky. Voici quelques notes de dégustation pour vous guider:

Macallan Sherry Oak 12 ans

40% alc./vol.
Nez: Vanille avec une note de gingembre, fruits séchés, sucre du xérès et fumée de bois. Goût: Onctueux, fruits secs et xérès généreux, nuancé d’épices et de notes fumées. Finale: Caramel écossais onctueux et fruits secs, épices et notes fumées qui se mélangent admirablement bien avec le chocolat. Commentaire final : Whisky plein de subtilités, riche et intense, qui saura plaire à l’amateur sérieux autant qu’à la débutante qui le dégustera avec un bon chocolat. Elle aura en fait l’impression de manger un chocolat aux piments, ce qui devrait aider à inspirer un fin de soirée plus… pimentée!

Si vous voulez impressionner votre charmante compagnie par votre culture, vous pourrez lui expliquer que Macallan apporte un soin presque maladif à ses whiskies! En effet, ils vont jusqu’à être propriétaires des forêts en Europe et aux Etats-Unis où poussent les chênes qui servent à fabriquer les barils utilisés pour le xérès ou le bourbon. Ces barils sont ensuite envoyés en Écosse, où ils servent à faire mûrir le Macallan.

Juste avec une telle mesure, Macallan s’identifie comme un fabriquant de premier plan. Mais ce n’est pas tout: Ils utilisent aussi une bonne proportion d’orge « Golden Promise », car selon eux, elle donne de meilleurs résultats au goût et ce, malgré qu’elle soit plus coûteuse à produire. Et ceci est loin d’être suffisant pour eux: Ils utilisent également le plus petit cœur de chauffe au monde soit seulement 16%. C’est-à-dire que 84% du produit de la distillation ne pourra aller directement dans une bouteille portant le nom « Macallan »…

Enfin, une dernière expérience qui saura conquérir le coeur le plus glacé. En fait, ici nous trichons un peu car il ne s’agit pas vraiment d’un whisky, mais plutôt d’une liqueur à base de whisky, avec un taux d’alcool comparable à celui du porto, à 25%. Il s’agit d’une belle surprise de l’une des meilleures distilleries du Speyside qui a délicieusement balancé son single malt avec du sirop d’érable et des noix de pacanes: le Macallan Amber.

Macallan Amber single malt scotch whisky liqueur

25% alc./vol.
Nez: Pacanes rôties et érable. Goût: Erable, pacanes. Caramel, un peu d’épices. Sucre. Le malt ne fait que supporter admirablement le tout. Finale: Longue et douce, sucrée… D’abord l’érable, ensuite les pacanes. Commentaire : Une excellente façon de terminer votre souper en tête à tête pour passer à autre chose!

Ces trois expériences vous permettront, je l’espère, de passer une agréable soirée en réunissant autour de vous vos principales passions. Évidemment, il est tout à fait recommandé d’ajouter à ces suggestions des chandelles, de la musique délicate, un bon feu de foyer et quelques pétales de roses!

Bonne soirée!

Juger les meilleurs whiskies canadiens: l’expérience

Le 19 janvier prochain aura lieu les Canadian Whisky Awards 2011 dans le cadre du Festival de Whisky de Victoria, en Colombie-Britannique. Lors de cet événement, les prix et les médailles seront attribuées pour les meilleurs whiskys canadiens. Pour déterminer les gagnants, des juges ont été sélectionnés parmi des auteurs, des bloggeurs et des experts dans le monde du whisky. Ils font équipe avec Davin DeKergommeaux. Davin est un auteur qui publie le www.canadianwhisky.org, contribue entre autre au Whisky Magazine, a participé au plus récent World Whisky Atlas de Dave Broom et a écrit son propre livre à paraître ce printemps. Il est un des trois Malt Maniacs Canadiens.

M. DeKergommeaux a demandé à André Girard, l’un des fondateurs du Club de Scotch Whisky de Québec, de faire partie du panel de juges pour sélectionner les meilleurs whiskies canadiens. Juger des scotchs au delà d’une note de dégustation n’est pas monnaie courante pour les amateurs de scotch. En fait, qu’est-ce que cela implique au juste d’être juge ? Quel est le processus ? André a bien voulu partager avec les membres du Club et les internautes, son expérience.

Le panel

André fait partie d’un panel de 6 juges provenant d’un océan à l’autre: de la Colombie Britannique, Lawrence Graham de whiskyintelligence.com, de l’Alberta: Chip Dykstra de therumhowlerblog.wordpress.com. Le juge de l’Ontario est Kris Shoemaker dailydramaddicts.blogspot.com. De l’Atlantique: Jason Debley jason-scotchreviews.blogspot.com. Également faisant partie du panel et représentant les États-Unis, le journaliste Mark Gillespie de whiskycast.com.

La tâche

Les juges ont reçu 32 petites bouteilles avec des échantillons des whiskies. Chaque échantillon est numéroté donc, il s’agit bien d’une dégustation à l’aveugle. Chaque juge devaient établir une note globale pour chaque échantillon avec l’option d’écrire une note de dégustation détaillée.

Il a été suggéré aux juges de déguster quatre à six whiskies à la fois et d’établir un pointage rapide, spontané, de les enregistrer et d’y revenir plus tard en goutant les ceux qui avaient reçu une note similaire lors du premier tour. L’exercice est assez objectif.

Une première

André en était à sa première expérience : « Recevoir la boite d’échantillons à la fin novembre, c’était comme Noël avant le temps! Je vivais aussi un peu de stress aussi parce que le train était maintenant bien en marche et j’étais à bord. »

André explique également que les délais ajoutaient aussi un peu de pression. Avec les vies occupées que nous avons, il est important de se faire un échéancier et surtout… « Prier pour ne pas avoir la grippe, car 10 jours sans être en mesure de gouter, ça fout en l’air ton échéancier. »

32 petites bouteilles, de couleur, d’odeur et de goût différent apportent son lot de difficultés. Il faut se trouver une méthode, une stratégie. André a donc gouté au lot de bouteilles une première fois en prenant des notes de dégustation sommaires et en attribuant une note dans une tranche de 10 points. Il a par la suite gouté une seconde fois aux whiskies s’étant vu attribué des notes semblables et selon les goûts similaires. Ce n’est pas l’idéal de boire un whisky épicé avant un autre whisky très doux et floral. Pour éviter de briser le rythme, il a séparé les échantillons par catégories similaires et il a goûté à nouveau aux whiskies du meilleur à celui qu’il a aimé le moins. Méticuleux, André a refait le même exercice une 3ième fois avec les meilleurs de chacune des catégories puis les meilleurs deuxièmes et ainsi de suite. Ceci demandait à André de boire combien de whisky par soir ? « J’étais habitué à une routine d’un whisky (en général) par soir mais là, je devais boire un minimum de quatre whiskies par soir pendant plus d’un mois. Je suis donc bien préparé pour les fêtes ! »

Les nommés

Étant donné le processus anonyme, André ne peut pas à ce moment nous parler de la qualité des produits goûtés et ceci, même s’il a su par la suite le nom lié à chacun des échantillons. Selon lui, il y a eu quand même de belles surprises et il a eu le privilège de goûter à des nouveautés qu’il ne connaissait pas. L’exercice lui a permis de revoir certaines évaluations effectuées au courant de la dernière année. Intéressant d’observer une constance, une stabilité dans les notes. Les échantillons goutés représentent bien le marché des whiskies canadiens en 2011.

Le bilan André ? « Je suis heureux d’avoir eu cette expérience, car elle m’a apporté beaucoup sur la façon d’aborder la dégustation des whiskies. Évidemment, j’aimerais bien refaire l’expérience l’an prochain ou dans un autre concours ! »

On remercie au passage Johanne McInnis, Whisky Lassie en personne, pour avoir posé avec les garçons et pour nous avoir laissé utiliser son cliché…

Que le meilleur gagne!

Dufftown, la Mecque du whisky

Après avoir été coincé à la distillerie Glenfiddich par une tempête de neige, j’ai dégusté un Glenfiddich 1959 valant plus de 3000$… le verre!
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J’ai eu la chance de visiter Dufftown, la « Mecque » du whisky, l’hiver dernier. Pourquoi la Mecque? Avec près de 10 distilleries de scotch, dont la fameuse Glenfiddich, ce village de moins de 1500 âmes produit environ 10% du whisky écossais! Voici donc le récit de cette visite plutôt exceptionnelle…

Je suis parti le 5 janvier au matin, en même temps que la Lune et les étoiles bref, vers 9h00 (l’ensoleillement ne dure que 7 heures ici, l’hiver) pour m’engager encore sur une charmante petite route pas assez large et déneigée de façon plutôt artistique : disons qu’il y a eu quelques « close miss » sur la route… En fait, pour croiser une auto, j’ai du aider la femme qui me croisait à pelleter l’accotement pour qu’elle puisse y garer son auto afin de me laisser le passage (elle était fière d’avoir 2 pneus d’hiver, contrairement à moi!). A une occasion, j’ai même perdu plus de trente minutes à cause d’un camion citerne qui était en diagonale sur la route (disons que j’étais plutôt heureux qu’il reste coincé là, alors qu’il commençait à glisser dangereusement dans ma direction!). Bref, j’ai pris près de 3 heures pour parcourir quelques 60 kilomètres… Toujours est-il qu’il est passionnant de rouler sur une route et de voir ces distilleries dont nous ne voyons que trop rarement les bouteilles au Québec, tel que Tormore, Aberlour, et autres…

Arrivé à la distillerie Glenfiddich à Dufftown, j’ai heureusement eu droit à un accueil des plus chaleureux de Ian Millar, Master Distiller et Global Ambassador avec qui j’ai effectué la visite des distilleries. La première, Glenfiddich, est celle qui produit le whisky single malt le plus vendu au monde, le Glenfiddich vieilli 12 ans. Elle produit aussi le Glenfiddich 15 ans Solera Reserve, qui figure également dans le top 5 mondial. Pas besoin de vous dire qu’elle est d’une taille impressionnante. Plus de 150 employés y travaillent et ils font vieillir près d’un million de futs de whiskys (à titre de comparaison, pour ceux qui m’ont accompagnés à Valleyfield, il y avait 450,000 futs) produits à l’aide plus de 25 alambics (à titre de comparaison encore, Glenora, en Nouvelle-Écosse, ne possède que 2 alambics qui ne fonctionnent que quelques mois par année).

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La seconde, Balvenie, aussi propriété de William Grant & Sons, est située à moins de 2 minutes à pied. En fait, vu de la route, les 3 distilleries visitées donnent l’impression d’en être qu’une seule. Ici, j’ai été particulièrement impressionné par les planchers de maltage, c’est à dire la gigantesque salle où l’orge est transformée en malt: après avoir fait baigner l’orge dans l’eau, celle-ci est étendue sur le plancher pour permettre à la germination de s’activer et ainsi libérer les sucres nécessaires à la création d’alcool. Et pour les amateurs zélés, oui, Balvenie est un whisky tourbé: j’en ai eu la preuve en voyant le four qui fait sécher le malt (il faut faire sécher le malt pour éviter de se retrouver avec un champ d’orge au lieu du plancher de maltage). En effet, le four est chauffé à l’aide de 99% de charbon et 1% de tourbe pour donner une concentration de tourbe d’environ 0.001 parties par million.

Enfin, la grande mystérieuse, Kininvie. Cette distillerie est la plus récente du groupe (construction en 1990 vs ~1887 pour les autres) et est utilisée exclusivement pour les blends tels que le Grant ou le Monkey Shoulder. Son single malt est impossible à retrouver sur le marché: tout ce qu’il fallait pour exciter ma curiosité au sujet de cette distillerie! En fait, celle-ci partage presque toutes ses installations avec Balvenie (mash tun, wash tun, etc. sont dans le même bâtiment), à l’exception des alambics qui sont dans un bâtiment différent, à quelques mètres de distance. Malheureusement, rien de bien spectaculaire…
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Par contre, la visite des entrepôts fut très spectaculaire. Nous avons commencé par l’entrepôt numéro 1, celui destiné aux touristes. J’ai pu y trouver les 3 types de futs habituellement utilisés pour faire vieillir le Glenfiddich, soit le fut ayant préalablement servi à faire vieillir le sherry, celui ayant servi au bourbon et le fût neuf. J’ai senti le whisky de chacun des fûts, et mon préféré fut définitivement l’ex-fut de bourbon: sucré, mais pas autant que le sherry, juste assez pour permettre à la complexité du whisky de s’exprimer.

Le meilleur était toutefois à venir… Après avoir traversé quelques bancs de neiges, Ian m’a invité à visiter l’entrepôt (fermé aux touristes!) où est la fameuse cuve Solera: il s’agit d’une cuve où les whiskys provenant des futs susmentionnés, après 15 ans de vieillissement, sont versés pour y être mélangés. Ce qui est particulièrement intéressant est que cette cuve est toujours gardée à moitié pleine pour assurer que votre Glenfiddich 15 ans que vous achetez à la SAQ goûte toujours la même chose. A mon grand plaisir, Ian m’a permis de goûter au whisky directement à partir de la cuve : j’ai donc eu la joie de goûter à l’un de mes whisky préféré à son état naturel, soit à plus de 60% d’alc/vol, directement dans un bécher de 2 litres… Wow!
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La dégustation n’était toutefois pas terminée: Ian a aimablement bien voulu répondre à mes questions au sujet du vieillissement du whisky en m’offrant de goûter (toujours directement tiré du fut!) au Balvenie 1968, Glenfiddich 1976, 1973 et 1959 (52% d’alc/vol). Oui, 1959, plus de 50 ans d’âge! A titre d’indication, le 21 décembre 2008, une bouteille de Glenfiddich 50 ans s’est vendue aux enchères pour $38,000US. Faites une rapide règle de 3 pour calculer combien notre verre de 2 onces valait… Oui, 3000$… Et oui, il était excellent!! Mais comment décrire une telle expérience? Une richesse d’épices et de sucres incomparable,tions!!! le tout marié ensemble par un boisé plus puissant que je n’en ai jamais vu dans un whisky. Ma note: 93%… Mais 100% au niveau des émotions! A titre indicatif le 1976 s’est mérité un 94%, mais n’a pas généré autant d’émotion.

Un peu pompette, j’ai terminé la journée par une petite marche jusqu’au charmant village de Dufftown et je suis ensuite rentré à la maison pour me réchauffer auprès d’un feu de tourbe et d’une sélection d’excellents produits de William Grant, tels que les Balvenie 12, Glenfiddich 15 Solera (mais réduit à 40%), l’intrigante Glenfiddich Malt Whisky Liqueur et l’Hendrick’s Gin, idéal pour les gin tonic.

Le lendemain, la question était « quoi faire lorsque la moitié des routes sont fermées et que vous êtes coincés dans le milieu du Speyside? » Marcher et visiter une demi-douzaine de distilleries parsi!
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Alors que je finissais mon déjeuner, Ian est venu me rencontrer pour me proposer le St Graal des whiskys (en terme de rareté, du moins): un dram « cask strength » de Kininvie, 17 ans, vieilli dans d’ex-fûts de porto. Quelques mots sur ce whisky? Il sent très intensément la planche de chêne brûlée et le gâteau aux fruits. Le fruité est très puissant, marqué par des fraises de l’Ile d’Orléans et une touche de farine. Très riche. En bouche, le porto plus intense que tout ce que j’aie pu goûter à ce jour dans un whisky. Extraordinairement puissant. Avec la force de frappe marketing de William Grant & Sons, il est étonnant que ce whisky ne soit pas embouteillé en tant que single malt. Un des meilleurs Speyside que j’aie goûté à ce jour!

Ensuite, les routes n’étant pas praticables, j’en ai profité pour faire le tour de la ville. A quelques minutes à pied de Glenfiddich est le château Balvenie. Un superbe château médiéval assez bien conservé qui m’a fait réaliser à quel point la vie devait être difficile à cette époque (surtout en kilt, avec de la neige à mi-cuisse comme avant-hier!). A souligner aussi, le coup de vue imprenable de cette colline sur 5 distilleries à la fois! (Glenfidich, Balvenie, Kininvie, Glendullan et Parkmore).

Considérant que l’ensemble du Canada ne compte qu’une seule distillerie de whisky single malt, il est assez épatant de pouvoir en visiter 7 en moins d’une heure de marche, de mon point de départ à l’arrivée!
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Évidemment, ce petit tour m’a pris un peu plus qu’une heure… Premièrement à cause que j’ai sorti un véhicule de la distillerie Glendullan du banc de neige… J’ai donc donné à ces charmants messieurs un petit cours sur « comment pousser un camion pris sur la glace » et surtout qu’il ne sert à rien de pousser avant de pelleter le mètre de neige qui est devant le véhicule!

De retour au village, j’ai fait un petit arrêt au plus écossais des pubs, le Royal Oak. Un arrêt obligatoire après la visite des distilleries! La propriétaire, la charmante Pearl, m’A offer l’un de ses 140 single malts ainsi qu’un délicieux « toastie », un genre de croque-monsieur à l’anglaise! Le tout vous fera oublier que la seule source de chauffage est un tout petit foyer qui ne dégage pas assez de chaleur pour vous permettre d’enlever votre manteau, même si vous êtes assis directement à coté, mais qui permet à la bière en fut non réfrigérée d’être à la température parfaite!

J’ai terminé la journée en prenant une couple de drams avec mon hôte (pour les curieux, Balvenie 30 ans et Glenfiddich 30 ans!). Encore merci à Ian de Glenfiddich pour m’avoir offert le refuge lors de cette tempête de neige! Surtout que, la journée de mon départ, le 7 janvier, les toits de 4 entrepôts de la distillerie s’effondraient sous le poids de la neige. Il fut alors décidé de créer un whisky spécial à partir des fûts rescapés des ces entrepôts : le Glenfiddich Snow Phoenix. À ma surprise, au nez, il semble y avoir une touche de fumée, avec un caramel et un fruit mur plutôt agréable. En bouche, une approche épicée-sucrée très agréable, qui évolue vers le raisin caramélisé et qui disparaît en prenant tout son temps. Un très bon scotch!

Un merci tout spécial à Mme Tania Giroux, représentante au Québec pour William Grant et évidemment M.Ian Millar!

Le Kentucky, pays des courses de chevaux, du poulet frit et du Bourbon

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Je suis arrivé à Louisville au Kentucky après un vol de nuit dans 3 avions différents; ce qui dissipa mes derniers doutes quant au fait qu’il ne s’agissait pas d’une destination touristique usuelle au mois de septembre…

J’étais donc un peu fatigué, mais l’excitation de visiter toutes ces distilleries de Bourbon me donnait pas mal d’énergie, comme vous pouvez surement l’imaginer!

Bon, parlant de Bourbon, quelques précisions s’imposent. Premièrement, le Bourbon est un whiskey, tout comme le scotch (mais avec un « e » dans le mot). Il provient généralement (mais pas exclusivement) du Kentucky.
La petite histoire du nom « bourbon » est d’ailleurs passablement alambiquée, si vous me permettez l’expression : En effet, les premières distilleries de whiskies étaient situées dans le canton (county) du nom de Bourbon (nommé ainsi en hommage au soutien de la France lors de la guerre d’indépendance). Leur whiskey était extrêmement populaire à la Nouvelle-Orléans grâce à leur goût si raffiné. En effet, pour être exporté vers le reste du monde, le whisky voyageait le long de la rivière Mississipi durant plusieurs mois. Et pour faciliter le transport, il était « emballé » dans des fûts neufs de chêne américain, marqués « Bourbon County ». Le vieillissement faisait donc son œuvre (le whisky but à cette époque n’était habituellement pas vieilli). Aussi, de tous les whiskies provenant à la Nouvelle Orléans, les whiskeys du conté de Bourbon étaient les seuls dont l’eau était filtrée par des pierres calcaires, ce qui faisait disparaître le goût de métal des autres whiskeys. Les consommateurs de la Nouvelle-Orléans, impressionnés par ce goût, finirent par réclamer plus de cet excellent « Bourbon’s sippin’whiskey ». Et le nom est ainsi passé à l’histoire…

De plus, le Bourbon doit toujours contenir un minimum de 51% de maïs. Il peut donc aussi contenir de l’orge, du seigle, du blé ou d’autres céréales. Aussi, il doit toujours être vieilli dans des futs de chêne neufs, brûlés, et ce au grand plaisir des écossais! (qui les récupèrent pour faire vieillir leur scotch!).

Ces whiskeys sont vieillis pour un minimum de 2 ans (contrairement à 3 ans en Écosse) et rarement plus de 12 ans. Il ne faut toutefois pas se baser sur cette donnée pour statuer que le scotch est de meilleure qualité que le Bourbon. En effet le Bourbon vieillit beaucoup plus rapidement que le scotch pour 2 principales raisons. Premièrement, à cause des températures beaucoup plus extrêmes au Kentucky qu’en Écosse. Deuxièmement, car les fûts neufs utilisés accélèrent échanges avec le bois.

Les Distilleries

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Je me suis donc dirigé vers la distillerie de Woodford, localisée dans la lointaine banlieue de Frankfort, la capitale de l’état. Moi qui m’attendais à une autre ville américaine sans personnalité, j’ai été bien surpris! Quelle ville superbe! Il y a énormément de vieux bâtiments, l’architecture est très belle et le site est enchanteur.

Pour atteindre la distillerie, il faut un sens de l’orientation exemplaire. En effet, la seule voie reliant la distillerie au reste du monde est une petite route d’une seule voie de large (qui ne « rencontre » pas) dont de grands bouts commencent à s’affaisser dans la rivière qu’elle longe. Un peu inquiétant, pour le moins! Les gens du Kentucky paient moins de taxes que nous, et ça parait sur les routes!

Ensuite, j’ai fini par croiser les ruines d’une superbe distillerie qui a dû être fermée il y a plus de 40 ans vu l’état de décrépitude avancée du bâtiment qui était certainement majestueux à l’époque avec sa forme de château médiéval. Charmant, mais pas rassurant!

Woodford Reserve Distillery

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J’ai quand même fini par arriver à la distillerie, qui est situé sur un site véritablement enchanteur! Le pavillon d’accueil offre une excellente présentation sur le mode de fabrication de ce whisky, et ce whiskey a la particularité d’être le seul Bourbon à utiliser exclusivement des pots still (3, comme en Irlande).


Le bourbon Woodford Reserve

Quelques données au sujet de ce Bourbon

  • Contient 72 % de maïs non sucré, 18% de seigle et 10% d’orge
  • Au moins 6-7 ans d’âge
  • 45% d’alcool

Mes notes de dégustation :
Nez: Raisins brûlés, cassonade, épices, seigle. Chêne. Goût: Plutôt sec. Épices. Un peu d’amertume venant du bois fumé en finale. Vanille. Notes d’agrumes. Finale : Délicieuse. Épices et légère amertume. Commentaire global: Excellent whisky, un peu moins sucré que la plupart des bourbons, ce qui fait mon bonheur personnellement.


Four Roses Distillery

Enfin, après un tout petit verre de dégustation à Woodford, j’ai repris la route en direction de l’énigmatique distillerie Four Roses. En effet, cette distillerie exporte 99% de sa production en Europe et en Asie, ne gardant qu’un maigre 1% pour le marché local (cette situation est présentement en train de changer… Surveillez bien quebecwhisky.com d’ici 12 mois à ce sujet!).

Les bâtiments abritant la distillerie sont extraordinaires. Ils ressemblent à de vieilles maisons mexicaines, peintes en jaune et couvertes de roses. On est loin des bâtiments industriels en tôle ondulée que je m’attendais à découvrir.

J’y ai eu droit à une visite privée très particulière : 3 guides s’occupant exclusivement de moi, dont Al Young, le Brand Amabassador.

Lors de cette tournée, j’ai eu la chance unique de pouvoir goûter au whiskey à différentes étapes de sa fabrication, soit à la sortie de l’alambic à colonne (impressionnant avec ses 5 étages de haut!) et du pot still!! (la plupart des Bourbons subissent habituellement une double distillation : la 1ère dans un alambic à colonne, et la seconde dans un pot still de type écossais).

La chaleur dans le bâtiment où a lieu la distillation est tout simplement infernale. Pour vous donner une idée, j’ai ensuite trouvé le 35C à l’extérieur très rafraichissant comparativement au four qu’est la distillerie!


Four Roses Single Barrel

Quelques données au sujet de ce whisky :

  • 6 ans de vieillissement minimum, jusqu’au double pour les meilleurs (comme le single barrel)
  • Les entrepôts servant au vieillissement n’ont qu’un seul étage, contrairement à la plupart des distilleries où ils mesurent 7 à 8 étages de haut. Ceci permet donc d’uniformiser le goût d’un baril à l’autre car dans un bâtiment plus haut, la température n’est pas la même selon les étages
  • Ce whisky est composé en général de maïs à 60%, seigle à 35% et le malt compose le 5% restant
  • 50% d’alcool

Mes notes de dégustation :
Nez: riche, épices de gâteau aux fruits, vanille. Goût: sucre de fruits (mûres), chene, vanille. Finale: fruité, légère épice, vanille. Commentaire : Côté 92 dans la Bible du Whisky, non sans raison. Ce Bourbon est de la première qualité!


En soirée, le centre-ville de Louisville a tout ce qu’on attend d’une ville américaine typique construite en fonction des banlieusard pressés de rentrer à la maison: il est complètement désert. Complètement? À une spectaculaire exception près: la 4th Street. En effet, la rue est transformée en gigantesque bar (vous devez même prouver que vous avez plus de 21 ans pour y circuler), la musique est à tue-tête à l’extérieur, la rue est éclairée par des centaines de néons et de spots, et le tout est recouvert d’une toiture géante fixée au 7ème étage (on est loin de l’ancien Mail St-Roch à Québec!).

En fait, on y retrouve 7-8 bars de musique (surtout des chaînes internationales, telles que le Hard Rock Café), des restos branchés et des kiosques de boissons énergies dans le milieu de la chaussée, piétonne, bien entendu! Le tout est sur 2 étages, accessibles par de nombreux escalators extérieurs qui donnent sur la rue.

Ainsi, après quelques délicieux bourbons et une bonne nuit de sommeil (malgré tout), je me suis dirigé vers ma 1ère distillerie de cette journée, Heaven Hill.

Heaven Hill Distillery

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En arrivant sur le site de la distillerie, l’architecture industrielle des bâtiments est frappante. Ce style est principalement dû au fait que le feu, en 1996, a détruit la distillerie ainsi que 2 des entrepôts. Il faut dire que lorsqu’un incendie se déclare dans une distillerie, la seule chose à faire est d’espérer que les voisins n’y passeront pas aussi!!! Le nouveau bâtiment principal est malheureseument hors limite aux visiteurs, mais on ne peut pas dire que ces derniers sont portés à s’y diriger!

La visite était passablement plus courte que les précédentes, compte tenu que nous n’avons visité que les entrepôts (où l’odeur qui y règne, due à la « part des anges » (l’évaporation du whisky) est vraiment délicieuse et enivrante).

Parlant de part des anges, nous avons vu un baril de 1971. Sur les 53 gallons qu’il contenait à l’origine, il n’en reste plus qu’un seul! En fait, à titre de comparaison, un fût de bourbon de 12 ans d’âge de Bourbon aura généralement perdu 47 % de son volume. Ca rends les prix des vieux whiskies beaucoup plus acceptables!!!

Au cours de mes différentes visites de distilleries, j’ai souvent eu la chance de participer à différentes étapes de la fabrication d’un whiskey. Pour la première fois, j’ai pu occuper le poste habituellement réservé aux anges!!! En effet, nous avons pu sentir directement dans un fût en cours de vieillissement. Les odeurs en émanant étaient fantastiques : Très sucrées avec un fort caramel et du maïs. Une expérience paradisiaque, il va sans dire!

Les entrepôts sur le site de la distillerie mesurent plus de 8 étages de haut. Ces bâtiments sont tellement gigantesques que des employés ont récemment retrouvés un baril de 23 ans d’âge qui y avait été perdu durant de nombreuses années. Belle surprise!

En été, les fenêtres des entrepôts sont gardées ouvertes au rez-de-chaussée et au dernier étage afin de permettre au whisky de prendre de l’expansion en se réchauffant dans les fûts et ainsi de pénétrer le bois. En hiver, à l’inverse, le froid fait que ce processus s’inverse, ce qui contribue à accélérer de façon notable le processus de vieillissement de ce whiskey. A noter, à cause des grands écarts de température que connaît le Kentucky, le vieillissement s’y accomplit environ 50% plus rapidement qu’en Écosse. En effet, les températures y varient entre -15C et +40C, soit un écart de presque 60C, alors qu’en Écosse la température variera plutôt entre 0C et 30C, soit la moitié de l’écarts de température constaté au Kentucky.

Bref, la visite est très sommaire, mais le centre d’interprétation est très instructif. Nous y apprenons énormément sur l’histoire du whisky, comme le fait que les colons qui choisissaient de s’établir au Kentucky se faisaient offrir 400 acres de terre. Pour les nombreux Irlandais et Écossais parmi les immigrants de l’époque, c’était un cadeau inespéré. Et évidemment, on peut deviner qu’ils ont apportés avec eux quelques souvenirs des vieux pays, comme la joie de la distillation des produits céréaliers.

Nous y avons aussi appris que la technique d’utilisation de fûts carbonisés a été découverte par accident à la distillerie Heaven Hill, qui est considéré comme le père spirituel du Bourbon. En effet, des barils avaient été brûlés par accident. Le propriétaire de l’époque, Elijah Craig, qui ne voulait pas perdre cet investissement, les a quand même utilisés. A sa grande surprise, ses clients se sont mis à réclamer de cet excellent whiskey, dont le goût avait été adouci par le bois carbonisé des barriques.

Enfin, pour se faire pardonner semble-t-il (!), notre guide nous a offert une dégustation où nous avons comparés des bourbons âgés de 10 et 18 ans d’âge, ce qui est fort respectable pour un Bourbon!


Elijah Craig Single Barrel 18 years old

Quelques données au sujet de ce Bourbon

  • Contient 70 à 78 % de maïs
  • Au moins 18 ans d’âge
  • Ce Single Barrel provient d’un baril qui a été entreposé au dernier étage de l’entrepôt, mis en fût le 28 septembre 1989, fût no. 2340.
  • 45% d’alcool

Mes notes de dégustation :
Nez:. Superbe, ample, fin. Épicé (cannelle), fruité (pomme), floral et vanillé. Goût: Ronde, notes de miel et de chocolat. Épices douces. Chêne brûlé. Finale : Douce amère, boisée, marquée par la réglisse et la vanille. Boisée et sucrée (maïs?) Commentaire global: Vieillissement exemplaire! Si vous pensez que les bourbons sont inférieurs aux scotchs, c’est que vous n’avez pas essayé ce whiskey! Ce whiskey à lui seul vaut presque le voyage!


Maker’s Mark Distillery

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Je crois que nous pourrions ajouter une condition pour rendre un whiskey éligible à être nommé « Bourbon »: Il faut que la distillerie soit au milieu de nulle part. Des points bonus seraient accordés si aucune route ne s’y rends! Tout ca pour dire que lorsque je suis arrivé à Maker’s Mark, on m’a dit que la visite y était très appréciée, car on reconnaissait que ca prenait beaucoup de volonté pour s’y rendre!

En fait, l’une des principale raison pour que la quasi-totalité des distilleries américaines de whiskey soient concentrées au Kentucky et au Tennessee est dû à la qualité de l’eau de source qu’on y retrouve: elle y est abondante et surtout calcaire grâce à la pierre sur laquelle ces 2 États se sont construits.

Ici encore, j’ai eu la chance de goûter le whiskey dans ses premières étapes de fabrication. J’ai pu goûter le « mash » (en gros, la « bière du distillateur » que l’on va distiller pour avoir du whiskey) à chacune de ses 3 journées d’évolution. Et il s’agit réellement d’une évolution:

Jour 1, c’est un liquide froid très léger qui goûte très légèrement les céréales;
Jour 2, le liquide est toujours relativement froid, mais il est maintenant très sucré;
Jour 3, le mash est rendu tiède (et ceci sans aucun chauffage; la chaleur ressentie provient exclusivement des réactions chimiques) et goûte « sûre ». D’où l’expression « sour mash » que l’on retrouve sur de nombreuses bouteilles. A noter que ce goût acidulé et aigre différencie les Bourbons des Scotchs écossais dont le mash est plutôt sucré au goût.

Nous avons ensuite visité la salle des alambics. Il est difficile d’imaginer la chaleur torride et l’humidité qui règne dans cette salle. Compte tenu que ma saison préférée est l’hiver, je ne m’y suis pas éternisé plus longtemps qu’il fallait!

A Maker’s Mark, tout comme dans la plupart des distilleries de Bourbon, la majeure partie des opérations sont effectuées à la main. Et pour remercier mes hôtes pour leur hospitalité, je ne me suis pas fait prier pour mettre la main à la pâte!

Enfin, les fûts de Maker’s Mark sont entreposés jusqu’à sept ans. A noter qu’après trois ans dans les étages supérieurs de l’entrepôt, les fûts sont déplacés à tous les 2 ans et 9 mois à différents endroits de l’entrepôt, le tout à la main! Quand on pense que le poids moyen d’un fût est d’au moins 500 livres, les employés ne doivent pas être chétifs!


le bourbon Maker’s Mark

Quelques données au sujet de ce Bourbon

  • Contient 70 % de maïs, 14% d’orge malté et 16% de blé rouge d’hiver. Le blé rouge d’hiver est ce qui le rend unique.
  • Au moins 6-7 ans d’âge
  • 45% d’alcool

Mes notes de dégustation :
Nez: Cassonade, vanille, fruits exotiques et miel. Malt, noix, huileux (extrêmement frais et fruité). Goût: Beurre, sucre, vanille, caramel anglais, réglisse, un peu d’épices. Fruité, goût marqué de blé. Finale : Goût sec, avec du caramel anglais, et du chêne. Commentaire global: Idéal pour une promenade, une chaude nuit d’été, sur Bourbon Street à la Nouvelle Orléans!!!


En conclusion

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Petite anecdote intéressante, ma guide chez Maker’s Mark avait déjà visité le Québec il y a quelques années… Et elle m’a dit qu’elle était impressionnée par la grande qualité de nos routes! Il faut comprendre que le Kentucky est un fief Républicain depuis plusieurs générations et que leur façon de gagner les élections est simple: ils promettent de geler les taxes! Ainsi, l’État ayant pratiquement vu ses revenus gelés depuis des décennies, il ne faut pas s’étonner que certaines routes soient littéralement en train de partir à la dérive.

Donc, en résumé, le Kentucky avait beaucoup plus à offrir que je m’y attendais Les paysages un peu monotones sont contrebalancés par une superbe architecture, une histoire relativement riche et une culture épanouie, du moins dans les grands centres. Il ne faut pas oublier la spectaculaire fracture entre les gens des villes modernes et ceux des campagnes, où le temps semble s’être arrêté. Mais partout et surtout, les gens y sont très sympathiques et chaleureux.

Entrevue avec Alistair Walker, Ambassadeur Mondial des distilleries BenRiach et GlenDronach

Entrevue avec Alistair Walker, Ambassadeur Mondial des distilleries BenRiach et GlenDronach, par Fred Laroche, membre du Club de Whisky de Québec.

Traduction de l’entrevue qui s’est déroulée en anglais.


Fred Laroche – Club de Scotch Whisky de Québec: Bonsoir Alistair, comment vas-tu?

Alistair Walker – Benriach / Glendronach: Ça va merci!

FL: C’est ta première fois à Québec n’est-ce pas? Comment t’y sens-tu jusqu’à présent?

AW: En effet, je suis passé à Montréal il y a deux ans et c’était ma toute première fois au Québec mais aujourd’hui est ma première visite dans la Capitale. J’aime beaucoup la ville. On m’a dit que ça aurait l’air très Européen et je trouve que ça ressemble beaucoup à Édimbourg ici, c’est une très belle ville, très attirante.

FL: Très bien. Pour commencer, j’aimerais que tu me parles des whiskies que nous allons déguster ce soir.

AW: D’accord. Tout d’abord, les whiskies que nous allons avoir ce soir ont été sélectionnés sur la base de la disponibilité locale en SAQ. Pour une petite distillerie comme nous, c’est déjà assez remarquable d’avoir une assez grande sélection pour baser une dégustation sur la disponibilité de nos produits localement. Cela dit, nous allons commencer par deux produits de Benriach. Le premier sera le Benriach 20 ans, qui est un whisky assez âgé. Bien que cela puisse paraître étrange de commencer avec un vieux whisky, nous basons nos dégustations sur le style du whisky et je crois que le 20 ans est ce qui se rapproche le plus du style traditionnel des whiskies du Speyside. C’est un gros whisky mais il n’a aucune agressivité. Le second de la soirée sera l’un de la série de finitions en spéciales que nous faisons. Je parle du Benriach 15 ans Tawny Port. Ce whisky termine sa maturation en fûts de porto et il est un bel exemple des expérimentations que nous faisons dans l’entrepôt numéro 30. Les 2 whiskies suivants proviennent de notre récente acquisition, la distillerie Glendronach, que nous avons acheté en 2008. Nous allons déguster le 12 ans, qui est le porteur de drapeau pour Glendronach. Ça fait très longtemps que ce whisky est disponible au Canada et ça a été un des premiers à être vendu sous l’appellation Single Malt dans les années 1860. Nous allons ensuite avoir le 15 ans, qui est une nouvelle expression que nous avons commencé à embouteiller lorsque nous avons acheté la distillerie. La différence entre les deux est que le 12 ans subit une maturation en fûts de bourbons et une finition en fûts de Xéres alors que le 15 ans passe toute sa maturation en fûts de xéres de premier remplissage. Cela lui donne une complexité très appréciable. Les deux derniers whiskies que nous allons déguster sont des Benriach. Ceux-ci sont assez particuliers puisqu’ils sont parmi les rares whiskies du Speyside à être lourdement tourbés. Le premier des deux est un whisky de 10 ans, vieilli en fût de Bourbon, il se nomme Curiositas. Le second fait également parti de nos expressions ayant subit une finition spéciale, il s’agit du Aromaticus Fumosus, qui termine sa maturation en fûts de rhum noir.

FL: Comme tu l’as dit, c’est assez inhabituel de voir un whisky du Speyside être aussi tourbé. Personnellement, ça m’a fait redécouvrir Benriach puisque ma première expérience de ce whisky me le rappelaient comme étant très sucré et très « normal » pour un Speyside. Je suis donc très surpris de voir que vous avez poussé l’expérimentation dans ce sens. Je me demande donc s’il y a eu des occasions où vous n’avez pas obtenu les résultats escomptés ou alors où vous avez été agréablement surpris.

AW: Eh bien, je dis toujours en blague que toutes nos ratées sont vendues aux embouteilleurs indépendants… mais bien sûre, je blague (rires). A vrai dire, une grosse partie de l’expérimentation était déjà faite lorsque nous avons acheté la distillerie. Nous n’en sommes propriétaires que depuis 2004 et une grande partie de l’inventaire à notre acquisition avait déjà été distillée en utilisant du malt tourbé. Tu vois, avant nous, Benriach appartenait à Chivas, et à chaque fois que Chivas avait envie de faire une expérience avec sa recette, il semble qu’il faisait toujours cette expérience à la distillerie de Benriach. Le whisky tourbé chez Benriach est né du besoin d’avoir un produit tourbé pour certains mélanges. Au lieu de l’acheter dans une autre distillerie, ils ont décidé de le faire chez Benriach puisque la distillerie avait se propre surfaces de maltage. Une autre chose que Chivas a fait à la fin des années 90 avec quoi nous allons très prochainement lancer un nouveau produit, c’est qu’ils ont installé un alambic supplémentaire dans la distillerie à un certain point pour faire un spiritueux à triple distillation. Ils n’en n’ont fait qu’une seule fois mais en très grande quantité. Nous ne savons pas pourquoi ils ont fait ça puisqu’ils ne s’en sont jamais servi mais il date de 1998 et nous allons le lancé sous le nom de Benriach Horizons, à 50% d’alcool, 12 ans d’âge. Ce sera le premier whisky à triple distillation chez Benriach. En ce qui concerne les expérimentations, je suis conscient qu’il est important de faire très attention avec ça parce qu’un whisky prend de la valeur à son âge seul, si on lui apporte une finition en barrique et que ça en réduit la qualité, eh bien c’est difficile de corriger le tir après ça!

FL: Tu dois balancer ton travail entre Benriach et Glendronach. Comment parviens-tu à répondre aux besoins des marchés respectifs des deux distilleries?

AW: C’est assez difficile en fait. Je vais t’avouer que mon cœur penche un peu vers Benriach parce que c’est avec cette distillerie que nous avons commencé. Nous travaillions déjà avec Benriach depuis 4 ans avant que l’offre pour Glendronach ne soit déposée. Nous essayons vraiment de partager nos effectifs à parts égales entre les deux compagnies. Ce qui rend les choses difficile est que Glendronach est un whisky qui est beaucoup plus facile à vendre puisqu’il avait déjà une très bonne réputation dans la plupart des marchés d’exportation. Lorsque nous avons acheté Benriach, c’était très difficile à vendre parce qu’il n’y avait qu’un seul embouteillage qui avait été fait et c’était un vieil embouteillage de 10 ans. En revanche, ce qui est bien avec Benriach, est que nous avions à notre disposition toute cette variété de whisky alors que personne n’avait la moindre attente alors nous avions tout pour prendre les gens par surprise. Avec Glendronach, il y avait cette attente que ça doit subir une maturation en fûts de Xérès.

FL: Parlons de géographie. Je trouve que le Glendronach 12 ans est très particulier avec sa finale très sèche et saline pour un whisky du Speyside. Ce n’est définitivement pas le cas avec Benriach. Est-ce que tu crois que la localisation a quelque chose à voir là-dedans?

AW: Je ne crois pas que la localisation soit vraiment importante aujourd’hui puisque tu peux maintenant faire du whisky hautement tourbé en plein speyside. Il y a même des barrières traditionnelles qui sont tombées, des tabous, en quelques sortes! Une chose que je voudrais cependant dire, et je vais revenir à Glendronach ensuite, c’est que, lorsque nous faisons du whisky tourbé avec Benriach, nous prenons soin de se procurer de la tourbe qui vient du nord-est de l’Écosse, là où la distillerie est localisée. Je crois que c’est important de conserver cet aspect unique qui vient effectivement de la géographie. En ce qui concerne Glendronach maintenant, nous utilisons la même orge pour les deux distilleries. Les sources d’eau des deux distilleries sont très similaires. Les deux proviennent de sources sous-terraines avec une très haute teneur en minéraux. À partir de là, la différence est dans le vieillissement, principalement. Pour Glendronach, nous choisissons des fûts de chêne européen de très haute qualité puisque nous avons une réputation à respecter.

FL: Vu ton expérience relativement courte dans le monde du whisky, quels sont les territoires les plus surprenants pour toi de faire affaire avec eux?

AW: Oh, il y en a plusieurs. J’ai été très surpris d’apprendre que nous vendions beaucoup de whisky au kasakstan. Je n’aurais jamais cru que c’était un endroit propice pour le marché du Whisky. Pourtant, c’est un endroit avec beaucoup de mineurs, qui ont les moyens de se payer du whisky. Puisque le whisky est un produit qui stimule les aspirations, c’est souvent un produit auquel ces gens pensent quand ils se tournent vers l’occident. Il y a la Russie aussi. J’ai fait une dégustation là-bas, à Sochi, où se tiendront les jeux olympiques de 2014. Nous avons même fait la dégustation directement sur la plage là-bas, en plein été.

FL: Est-ce que ces visites te donnent du fil à retordre côté langage?

AW: En règle générale, pas mal tous les endroits que nous visitons sont à l’aise avec l’anglais. Il y a quelques exceptions où nous avons recours à un traducteur et ça devient extrêmement difficile de faire une dégustation quand le rythme se fait constamment briser par la traduction. Je ne vais pas souvent au Japon mais, à ma connaissance, on a souvent besoin d’un traducteur là-bas aussi. À part de ça, je te dirais que j’ai l’impression que tout ceux qui ont développé un goût pour le whisky savent également comprendre le vocabulaire qui s’y rattache en anglais.

FL: Tu fais des dégustations en privée comme celle avec nous ce soir mais il y a aussi des gens qui se rendent sur place pour déguster à la distillerie. Comment cela se passe-t-il dans le cas de Benriach et Glendronach?

AW: En fait, seule Glendronach est vraiment ouverte au public. Je ne suis pas directement impliqué dans les visites et les dégustations à la distillerie. Cependant, je sais que ce n’est pas exactement une tâche facile d’attirer les gens chez Glendronach parce que la distillerie n’est pas sur les chemins le plus populaires de l’Écosse et qu’il s’agit d’un détour, peu importe d’où tu arrives ou vers où tu te diriges. Il y a tout de même des gens qui viennent, parfois ne ce serait-ce que pour tuer le temps pendant une heure, ou alors dépenser plusieurs milliers d’Euros dans la boutique de la distillerie! Il y en a vraiment de toutes les sortes. En ce qui concerne Benriach, ça fonctionne un peu différemment parce que la distillerie n’est pas ouverte au public. Il y a une demande pour ça et nous organisons quelques visites privées mais c’est réellement du cas par cas. C’est une activité très prisée des clubs de Whisky à travers le monde et c’est le genre de foule que nous aimons attirer.

FL: J’aimerais terminer en apprenant un peu quel genre de whisky tu aimes boire. Est-ce que tu en as un en particulier que tu préfères?

AW: Je ne sais pas s’il y en a un seul que je préfère. Il y en a plusieurs que je trouve excellents et dont je ne refuse jamais un verre. Par exemple, je crois que Balvenie fait un excellent whisky et représente vraiment bien le meilleur de ce que le Speyside a à offrir. Pour mois, les whiskies tourbés sont des whiskies d’hiver. Je les aime du début de novembre jusqu’à la fin de février. J’adore le Lagavulin 16 ans et à peu près tout ce que Coal Ila a produit. En ce qui attrait nos propres whiskies, le Benriach 16 ans est celui que je rapporte le plus souvent à la maison. Ce n’est pas le plus dispendieux de notre ligne mais c’est celui que je préfère.

FL: D’accord, merci pour ton temps et bonne soirée parmi nous!

AW: Merci à vous et merci de supporter nos produits!

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